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17 septembre 2020 - Chine-Vatican : un accord historique ?

La Chine et le Vatican se sont entendus pour prolonger de deux ans l’accord historique conclu en 2018. Le texte permet à Pékin et Rome de se mettre d’accord sur la question ultrasensible de la nomination d’évêques, dans un contexte de durcissement du pouvoir chinois.

Il y a deux ans, il avait été salué comme un accord historique. Et il l’était. Après quasiment 70 ans d’absence de relations diplomatiques, l’accord entre la Chine et le Saint-Siège, signé le 22 septembre 2018, portant sur la nomination des évêques avait été largement salué. Mais ce texte, valable deux ans, dont le contenu a toujours été tenu secret, doit arriver à échéance dans quelques jours. Et il était jusqu’alors incertain qu’il soit reconduit. Or, ce sera bel et bien le cas,

L’accord sino-vatican sera prorogé de deux ans, et conservera exactement les mêmes termes que celui signé en 2018 entre Rome et Pékin. Et sa reconduction constitue en soi un événement. Si la question de la nomination d’évêques peut paraître technique, ce qui est en jeu aux yeux de Rome n’est rien de moins que l’unité des catholiques chinois, et l’évitement d’un éventuel schisme. Et ce dans un pays où les autorités désignent d’elles-mêmes, depuis des dizaines d’années et sans l’aval de Rome, les évêques qu’elles souhaitent, parallèlement à la création d’évêques « clandestins », restés fidèles à Rome. Par deux fois, en 2016 et 2018, les autorités chinoises avaient d’ailleurs affirmé leur volonté de nommer une quarantaine d’évêques en dehors de toute approbation de Rome. Des nominations massives qui auraient ancré dans l’Église chinoise une séparation d’avec Rome, et aurait rendu difficile une reconnaissance postérieure.

Si le pape a, selon les termes connus de l’accord, toujours le dernier mot sur les nominations épiscopales – en d’autres termes une sorte de droit de veto —, Rome s’engage de son côté à ne plus nommer d’évêques clandestins, c’est-à-dire sans accord de Pékin. Le jour même de la signature de l’accord, le 22 septembre 2018, sept évêques officiels ont ainsi été confirmés par Rome. Presque un an plus tard, en août 2019, deux nouveaux ont été ordonnés. Résultat : tous les évêques chinois sont aujourd’hui reconnus en communion avec le pape.

Les délégations chinoises et vaticanes se rencontrent régulièrement, le confinement, au printemps, n’interrompant même pas ces échanges. En novembre, plusieurs négociateurs venus du Vatican, emmenés par le représentant du pape Mgr Claudio Maria Celli, ont même reçu l’autorisation de célébrer une messe privée avec l’archevêque de Pékin, dans la cathédrale de la capitale chinoise. Une première. Un événement suivi en février d’une rencontre historique entre le ministre des affaires étrangères chinois, Wang Yi, et son homologue du Vatican, Mgr Paul Richard Gallagher. Deux nouveaux évêques pourraient également être désignés puis ordonnés dans les prochains mois.

Toutefois, il est à noter que ce renouvellement se produit dans un contexte de durcissement du pouvoir chinois, qui vient nourrir de vives critiques à l’égard du texte. Dont celles émises régulièrement, dès octobre 2018, par l’ancien évêque de Hong Kong, le cardinal Joseph Zen, qui estimait alors que l’accord pourrait mener à « l’anéantissement de la vraie Église » chinoise. Sans aller aussi loin que le cardinal chinois, certains déplorent cependant la détérioration, selon eux, des conditions de vie de certains catholiques chinois.

Ces derniers mois, le père Bernardo Cervellera, prêtre d à l’Institut pontifical pour les missions étrangères qui pilote, à Rome, le portail d’informations Asia News, a ainsi eu vent de destructions de calvaires, d’enlèvements de prêtres ou encore de présence de la police à l’entrée des églises pour interdire l’entrée des mineurs. « Le fait que cet accord reste secret est un réel problème, car les autorités chinoises peuvent se prévaloir d’une caution du Vatican pour mener ces actions », s’inquiète le prêtre. Il déplore aussi le fait que dans certains diocèses, les prêtres et les évêques doivent s’engager à ne pas évangéliser en dehors de leur territoire paroissial, et s’inscrire à l’association patriotique des catholiques chinois. « Tous ces éléments laissent à penser que cet accord ne conduit pas au respect de la liberté religieuse », regrette ce missionnaire.

Comme d’autres, il s’interroge aussi sur le silence du pape sur deux questions très sensibles ces derniers mois : le traitement de la minorité Ouïgours et la reprise en main de Hong Kong. « Je comprends que le pape ne veuille pas parler par crainte d’être instrumentalisé. Mais il est peut-être mieux de prendre le risque de l’instrumentalisation, plutôt que de se taire », poursuit-il.

« Les situations sont très diverses en fonction des provinces »

À ces critiques, les défenseurs de l’accord opposent un choix de realpolitik fait par le Vatican. Et invitent à ne pas considérer la Chine comme un bloc monochrome. « Les situations sont très diverses en fonction des provinces. Dans certains lieux, les choses se sont améliorées, dans d’autres non », tempère une source proche des négociateurs.

« Croire que la parole du pape sur Hong Kong ou les Ouïgours pourrait avoir le même effet que celle de Jean-Paul II sur la Pologne communiste constitue une erreur d’analyse. Les deux régimes n’ont rien à voir, et la Chine d’aujourd’hui n’est pas la Pologne des années 1980 », insiste, pour sa part, l’historien Massimo Faggioli, faisant référence au soutien de Jean-Paul II au syndicat anticommuniste Solidarnosc. « Par ailleurs, se pose toujours la question du lien entre une éventuelle prise de position publique du pape et la sécurité des catholiques locaux. »

« Même si la portée des mots du pape reste forte sur un plan symbolique, il n’a aucune ambassade, aucun lien, aucun outil de pression géopolitique. Le pape n’est pas un chef d’État, donc on ne peut pas attendre de lui qu’il agisse comme tel », souligne ainsi Gianni Valente, spécialiste de la Chine à l’Agence Fides, liée à la congrégation pour l’évangélisation des peuples, qui invite lui aussi à ne pas surestimer le poids de la parole du pape en Chine.

 

(Extraits de La Croix du 16 septembre 2020)

 

 

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3 septembre 2020

Le 3 septembre, c’est un convoi assez exceptionnel qui se rendra au Vatican pour rencontrer le pape François, en train, puis en bus. Parmi eux, des personnalités du monde de l’écologie, militants comme Pablo Servigne, spécialiste de collapsologie, Valérie Cabanès, juriste engagée pour la reconnaissance d’un « écocide » – un point sur lequel le pape François a lui aussi publiquement pris position, en novembre dernier, – ou encore l’actrice Juliette Binoche – elle avait signé avec d’autres personnalités en pleine crise du Covid-19 une tribune  pour appeler dirigeants et citoyens à travailler de concert à une réforme profonde des objectifs, des valeurs et des économies.

Une petite révolution silencieuse

« L’idée, explique Raphaël Cornu-Thénard, une des chevilles ouvrières du projet, architecte et fondateur d’Anuncio et du Congrès Mission, est de faire une passerelle entre l’Église et le monde profane, pour créer plus de liens entre des mouvements écolos non catholiques et l’Église. » Catholiques et non-catholiques, hommes et femmes, tous sensibles aux problématiques environnementales, mais diversement engagés. 

Outre les personnalités précédemment citées, le groupe d’une quinzaine de personnes compte aussi Éric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France, Laurent Landete, directeur général délégué du Collège des Bernardins, Gaël Giraud, directeur de recherche au CNRS et prêtre jésuite, Elena Lasida, professeure à l'Institut catholique de Paris (ICP) et docteure en sciences économiques et sociales, Xavier Houot, directeur environnement d’une grosse société, Aurélien Gonthier, jeune agriculteur dans le Loiret, Damien Nodé-Langlois, professeur de SVT, apiculteur – il travaille à la Protection judiciaire des jeunes, ainsi que Maxime et Elena de Rostolan, entrepreneurs écologistes, dans le domaine de l'agroécologie et de la permaculture.

L’histoire de cette folle épopée commence cinq ans après la publication de Laudato si’. En novembre 2019, l’assemblée plénière des évêques de Lourdes décide, sous la houlette de son nouveau président, Éric de Moulins-Beaufort, de commencer ses travaux par un jour et demi de travail sur l’écologie. Le rendez-vous est une réussite, . La formule convainc Raphaël Cornu-Thénard, Laurent Landete et Éric de Moulins-Beaufort de prolonger l’expérience par un voyage à Rome, pour rencontrer le pape François. L’objectif est de demander au pape comment il évalue la réception de ce texte majeur qu’est Laudato si'.
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Gaël Giraud, jésuite, directeur de recherche au CNRS) 

Quel est le but de cette rencontre ? « Chacun aura un petit temps d’intervention, ensuite il y aura probablement des demandes », répond Raphaël Cornu-Thénard, qui ne veut pas donner un cadre trop important afin de permettre à l’échange de se dérouler le plus librement possible........Le deuxième point est que ceux qui seront là, et qui ne sont pas forcément chrétiens, puissent dire comment ils reçoivent l’encyclique. » Enfin, conclut le prêtre jésuite, « j’aimerais lui demander ce qu’il attendrait d’un groupe comme le nôtre, où il y a des hommes, des femmes, des clercs et des laïcs, des gens engagés dans l’Église et des gens qui ne le sont pas… car cette composition est fidèle à un certain état d’esprit de l’encyclique ! » Pour chacun des membres, le pape représente quelqu'un de différent, mais pour tous, il consonne comme porteur d’un appel audacieux et d’une espérance.

(Dans l'hebdomadaire La Vie du 25 août 2020)


 

 

 

 

 

Date de dernière mise à jour : 17/09/2020