Nouvelles des Eglises

15 juin 2019

Ci-dessous, un article que notre ami Gérard a rédigé pour le bulletin de sa paroisse de Pontarlier.
Il vous permettra de réfléchir personnellement sur l'avenir de notre Eglise.

 

Femmes, DIEU compte sur vous !

Traumatisme séisme, cataclysme. Les mots sont nombreux pour qualifier la tornade qui déferle sur l’Église catholique. La presse en a parlé abondamment (pas toujours avec la retenue nécessaire). Quoi qu’il en soit, les catholiques sont invités à répondre à la lettre du pape envoyée au peuple de Dieu, en août dernier. « La Croix » et « Le Pèlerin » ont lancé un questionnaire pour « Réparer l’Église ». Sans vouloir explorer toutes les différentes solutions, je m’attacherai à analyser le rôle des femmes dans l’Église, suggérant que c’est une des voies pour modifier le cap du navire Église, parfois comparé au Titanic.

Plongeons-nous par la pensée sur la situation de la femme en France avant la dernière guerre. Elle n’a pas le droit de vote acquis seulement depuis 1944. Elle ne peut exercer une activité professionnelle ni ouvrir un compte sans le consentement de son époux. La femme, placée sous le pouvoir de son mari, ne peut exercer l’autorité parentale sur ses enfants, c’est le père qui est le chef de famille. De plus, la femme n’a pas accès à la contraception. A cette époque, juridiquement et socialement, la femme est considérée comme mineure.

La condition des femmes des années 30 semble à cent lieues de celle de 2019 et pourtant, en prenant d’infinies précautions, ne pourrait-on pas oser une comparaison avec la place actuelle des femmes dans l’Église catholique ? Les femmes n’ont pas accès au sacerdoce, ne peuvent être diaconesse (contrairement à la pratique de la primitive Église). Pas plus que les laïcs hommes, elles ne sont présentes dans les instances dirigeantes, que ce soit dans les organismes diocésains ou nationaux et, a fortiori, au Vatican. On m’objectera que dans certains diocèses (dont le nôtre), des femmes exercent de véritables responsabilités : elles sont déléguées pastorales, membres du conseil pastoral diocésain, à la tête de mouvements d’action catholique, économe, chancelière… certes, mais elles ont dû se battre pour se faire accepter à ces postes (y compris par les laïcs) et n’est-ce pas l’arbre qui cache la forêt ? Si le nombre de prêtres était suffisant et si les hommes laïcs s’engageaient largement, ferait-on appel aussi massivement aux femmes ? Aujourd’hui, que serait l’Église sans elles ? Elles constituent la quasi-totalité des catéchistes, elles sont omniprésentes dans les équipes de la pastorale de la santé, des funérailles, etc. Faudra-t-il qu’elles se mettent en grève comme l’ont fait les paroissiennes de Münster en Allemagne pour que l’on remarque et reconnaisse le rôle irremplaçable qu’elles jouent dans l’Église ?

Comment ne pas s’inspirer de l’exemple du Christ ! Envers le sexe féminin, Jésus a adopté une attitude jugée scandaleuse. Alors que la femme devait rester chez son père puis chez son mari, Jésus s’entoure de femmes qui l’accompagnent avec ses disciples et les assistent de leurs biens (Luc 8, 1-3). Dans son livre « Jésus, approche historique », José Pagola écrit « qu’il est de plus en plus certain que les femmes ont pris part à la Cène » : en effet, qui aurait préparé et servi le repas, sans elles ? Leur exclusion serait d’autant plus absurde que la Pâque est l’un des banquets auxquels assistaient les femmes ; par ailleurs, l’évangéliste Jean précise que Jésus célèbre le repas pascal non pas avec les « douze » mais avec « les siens ».Contrairement aux interdictions rituelles, Jésus parle avec les femmes. Il les considère ainsi comme des personnes à part entière, leur conférant égalité et dignité. Aucune des femmes que Jésus a rencontrées ne l'a renié ni abandonné et ce sont elles, les premiers témoins de la résurrection.

Force est de constater que dans l’Église catholique, toutes les responsabilités, tout le pouvoir est entre les mains d’hommes célibataires. Est-il possible de rêver que la conférence des évêques à Lourdes ouvre ses portes, sorte du huis-clos et admette avec voix délibératives des laïcs hommes et femmes en son sein ? Et pourquoi ne pas imaginer un concile Vatican (3, 4 ?) composé de baptisés hommes et femmes, à égalité ?

Tant que les femmes dans l’Église n’auront pas le même statut que celui qui lui est reconnu par la société civile, le message de l’Évangile restera illisible pour la plupart de nos contemporains.

Jean Ferrat reprend dans une de ses chansons, les vers d’Aragon : « La femme est l’avenir de l’homme ». Pour ma part, j’ajouterais : « La femme est l’avenir de l’Église »

Gérard Cordier