Lettre à Mireille

 

 

Jeudi 17 septembre 2020 

Mireille,

Un fait divers, relaté dans un journal local. Cela se passe dans un village voisin. Vendredi dernier, vers 22 heures, un bébé de 18 mois pleure dans un appartement. La maman décide de le calmer en allant le promener dehors. Mais à l'extérieur, l'enfant crie toujours, ce qui énerve de plus belle des voisins acariâtres. Ces derniers appellent alors la gendarmerie pour signaler… du tapage nocturne. L'auteur de l'article conclut : « Il va de soi que, sur place, les gendarmes n'ont effectué aucune procédure. »"

Voilà où on en est ! On ne supporte plus rien. On ne tolère plus rien. Il eût été logique que des voisins normalement constitués s'apitoient sur cette jeune maman, qui essayait en vain de calmer son bébé. Non ! On l'accuse, on la condamne : elle et son bébé nous dérangent dans notre « splendide isolement ». Ils troublent notre sacro-sainte quiétude.

La semaine dernière, dans la salle d'attente d'un médecin, la conversation allait bon train. Toutes les personnes (de ma génération) se lamentaient sur les temps que nous vivons, et spécialement à propos des jeunes « qui ne respectent plus rien, n'est-ce pas ? » Un ami, qui me raconte cet épisode, me dit : J'ai eu beau leur expliquer que depuis que le monde est monde, il en est ainsi, et que déjà du temps de Socrate, on disait - et on écrivait - qu' « il n'y a plus de jeunesse ». On m'a répondu par un flot de doléances. Et la conclusion est venue de la bouche d'un de ses voisins : « Il faut rétablir le service militaire, pour leur apprendre ce que c'est que la vie ! »

Un jour, j'ai entendu une réflexion encore plus écœurante : « Il faudrait une bonne guerre. » On oublie simplement que les jeunes, c'est à nous les adultes, de les éduquer. Comment voulez-vous qu'ils nous acceptent et qu'ils nous respectent, si des adultes ne peuvent pas supporter un petit bébé qui pleure après 22 heures ?

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Dimanche 13 septembre 2020

Mireille,

je me suis posé la question depuis très longtemps. Chaque jour, quand nous disons le 'Notre Père, en français, nous demandons à Dieu : 'Pardonne nous nos offenses, alors qu'en latin nous disons  'Dimitte nobis debita nostra' , c'est à dire en bon français 'Remets-nous nos dettes' Demander à Dieu de nous pardonner, c'est totalement différent que de lui demander de nous remettre nos dettes, n'est-ce pas ! C'est même à mon sens, un peu réducteur.

En effet, si nous réfléchissons, nous avons tout reçu de Dieu. Que de dons, qui ont façonné notre propre personnalité. Aussi bien nos comportements dans la vie en société que notre manière d'être. L'un jouit d'une intelligence remarquable, l'autre d'une sensibilité qui le rend très attentif aux autres ; l'un est plus timide, l'autre ne passe jamais près d'un malheureux sans lui porter secours, etc.Plus largement, c'est de Dieu que nous tenons lav vie. Il ne faut pas se vanter de ces dons comme s'ils étaient notre bien propre, alors qu'ils ne sont que des dons de Dieu. Nous en sommes débiteurs. Et nous avons tout simplement à les mettre en valeur, et pas pour nous enrichir égoïstement, mais au service de tous les hommes nos frères.

« Dieu merci » C'est une expression courante. C'est particulièrement l'exoression qu'emploie l'une des aides aux personnes âgées qui viennent matin et soir me faciliter la vie pour des tâches courantes. Celle-ci, jeune fille âgée de 21 ans, de religion musulmane, est particulièrement dévouée. Pour elle, tout est don de Dieu. Ainsi, chaque matin, au réveil, elle prie Allah de lui accorder son propre souffle divin. Manière très personnelle de demander celui que nous, chrétiens, appelons l'Esprit Saint n'est-ce pas ?

Alors, « remets-nous nos dettes » ! Eh oui, notre dette envers Dieu est énorme. Comment lui remettre ce que nous lui devons ? Comme ma jeune fille, je pense que nous devons lui dire merci. Il faudrait nous souvenir du sens profons du mot merci. Ce n'est pas qu'une marque de politesse. Dire merci, c'est s'en remettre totalement en l'amour gratuit du Père. Dieu merci.

 

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Jeudi 10 septembre 2020

Mireille,

On en apprend, des choses, pour peu qu'on soit curieux ! Ainsi, je lisais récemment dans un ouvrage bien documenté, que les neurologues constatent que les "états transcendants unitaires" ont un effet bénéfique sur l'hypothalamus et le système nerveux autonome. Autrement dit, ajoute l'auteur, "des études ont montré que la participation à des activités spirituelles telles que prières, offices ou méditations peuvent faire baisser la pression sanguine et le rythme cardiaque, réduire les niveaux de cortisone hormonale et susciter des améliorations dans le système immunologique de l'individu." Les croyants auraient donc, dit-il, "uneespérance de vie supérieure, moins d'infarctus et de maladies cardiaques que les autres."

Et de citer le Dr Koenig, du centre médical de la Duke University : "Le défaut d'engagement religieux a un effet sur la mortalité équivalent à quatre années de tabac avec un paquet de cigarettes par jour. Pourquoi, ajoute-t-il, rejeter les données brutes recueillies par médecins et psychiatres d'outre-Atlantique ? Avec le sourire, il conclut : " Et l'homme dit " que l'Eternel soit ", et l'homme vit que c'était bon pour lui. Et il Le garda par-dessus lui. " CQFD.

Dieu, à quoi ça sert ? A rien, pensent certains de nos contemporains. Claudel rétorque : " Il nous sert à le servir " Ce qui est une autre manière de voir les choses. Mais, de là à penser qu'il sert à réguler notre tension et à faire baisser notre taux de cholestérol, il y a une marge ! Personnellement, je n'aime pas beaucoup ce genre d'apologétique. Il me suffit de savoir que je suis aimé de Lui "et tout le reste me sera donné par surcroît".

 

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Dimanche 6 septembre 2020

Mireille,

Les dispositions gouvernementales ont pour but de lutter contre l'invasion mortifère du covid-19, et il est naturellement souhaitable qu'elles soient parfaitement efficaces, ce qui, ces derniers jours, ne semble pas être parfaitement le cas. C'est pourquoi on peut se demander si elles sont suffisamment respectées par l'ensemble de nos compatriotes. Mais je n'ai pas mission de porter jugement sur ces comportements divers. Quant à moi, dans ma situation, il ne m'est pas difficile de vivre une certaine solitude.

Solitude, d'ailleurs toute relative. Rencontres diverses, soins et services matin et soir, visites occasionnelles sont là, pour empêcher toute monotonie, surprises en tous genres sont autant de petits bonheurs inopinés. Ainsi, il y a quelques jours, j'ai revu avec plaisir un couple, dont j'ai célébré le mariage il y a de nombreuses années : tous deux sont enseignants dans la région parisienne.

Après les civilités d'usage, Thomas, l'heureux papa de deux grands garçons, m'a demandé : «  Avez-vous lu, il y a quelques semaines, le numéro de mon mensuel consacré aux récentes révélations sur la Bible ? » Comme j'avouais mon ignorance, il a sorti un numéro de cette revue qui expliquait, dans un long document, que des chercheurs venaient de révéler que tout ce que la Bible raconte sur Abraham, Moïse, la sortie d'Egypte, Josué et Jéricho, David et le Temple de Salomon étaient purement et simplement des légendes, ou tout au moins des récits très enjolivés.

Je n'ai pas lu tout ce document, je n'ai fait que le feuilleter, mais immédiatement, j'ai expliqué à Thomas que tout cela, non seulement les chercheurs l'ont annoncé depuis des dizaines d'années, mais que, personnellement, j'ai pris soin, depuis une bonne cinquantaine d'années, dans tous mes cours de catéchisme, de bien faire distinguer aux enfants ce qui était historique de ce qui était légendaire ou proprement de style épique. Car, si historiquement on ne sait rien d'Abraham ni même de Moïse ou de Josué, il y a quelques fondements historiques, très enjolivés certes, dans les récits bibliques concernant les siècles qui suivent.

« Dans le monde francophone, les pionniers de l'enquête patiente et du savoir positif se trouvent, pour une bonne partie, dans les couvents et les congrégations, chez les pasteurs et les moines, alors que prévaut dans les milieux laïcs ou athées une inertie passéiste ( les milieux dits cultivés n'étant pas les moins crédules)…Tête-bêche paradoxal auquel conduit une laïcité mal comprise, qui proscrit de l'école publique l'histoire des religions. Veut-on, avec l'illettrisme montant, faire demain des monastères l'ultime abri des Lumières ? » écrivait Régis Debray dans un de ses ouvrages.

" Je regrette bien de n'avoir pas été au catéchisme auprès de vous ", m'a déclaré Thomas en conclusion de notre discussion. J'ai eu envie de lui dire que, personnellement, je regrette bien que l'Église n'ait plus guère les moyens de masse - tel le catéchisme autrefois - pour donner au peuple chrétien (enfants, jeunes et adultes) une formation sérieuse. "L'ignorance en matière religieuse, cette plaie ouverte au flanc de l'Église," écrivait naguère Pie XI. Que dirait-il aujourd'hui !

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Jeudi 3 septembre 2020

 

Mireille,

 

C'est avec deux jours de retard sur mes engagements que je vous rejoins en ce 3 septembre. La ponctualité de Gérard, le fidèle rédacteur de la rubrique « « A Contre Sens » de notre site ne peut qu'accentuer ma honte personnelle.

Il faut que je vous le raconte : avant-hier 1er septembre, au lever et plein de bonnes résolutions, j'ai donc ouvert l'ordinateur vers 8 heures, décidé à commencer une nouvelle année dite « scolaire » en vous écrivant au lever du jour. Et voilà que j'y découvre un mail de Gérard qui me transmet sa première réflexion qu'il a intitulée « Un air nouveau ». Mieux encore, ce mail est daté de ce 1er septembre à 05 h 54. Un record !

Un record , et un modèle. Normal, me direz-vous, puisque Gérard fut professeur tout au long de sa vie professionnelle. Qu'il soit pour nous un exemple, comme de bons élèves !

 

Que vous dire de ma vie ? Vieux retraité, célibataire par vocation, je n'ai pas eu jusqu'ici de raison de me lamenter : je suis habitué à cette forme de solitude qu'un virus meurtrier impose à tant de victimes actuelles, ces millions de mes contemporains, de toute profession, de tout continent, de toute condition sociale. J'ai pour habitude de dire que la valeur essentielle des humains réside dans la qualité de leurs relations, et que c'est dans ses contacts plus ou moins fraternels qu'on peut estimer notre prochain. Le virus omnipotant a tout cassé. Beaucoup en souffrent. Heureux sont ceux qui, même dans des conditions de solitude imposée, peuvent encore entretenir quelques relations. Un appel téléphonique, un simple courriel, une carte postale souvenir de vacances à la mer, sont autant de témoignages d'affections capables d'éliminer tout sentiment de solitude trop insupportable . Personnellement, je peux, de plus, me réjouir de tant de visites bien souvent imprévues, de conversations et d'échanges qui sont riches de confidences, ce dont il me reste à rendre grâce dans ma prière

 

 

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