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Dimanche 17 mars 2019

 

Mireille,

 

« Encore quarante jours et Ninive sera détruite ». Le célèbre avertissement du prophète dans le conte biblique du livre de Jonas, dont nous lisons un extrait en ce temps du Carême, me parait d'une rare actualité : Ninive, avant d'être le champ de ruines actuel, fut pendant des siècles la capitale de l'Irak actuel. Le livre de Jonas est un conte, et Jonas n'a jamais existé (bien que les musulmans vénèrent dans les ruines de Ninive le tombeau de Jonas). Mais les contes disent souvent une réalité plus profonde que les plus savants travaux historiques. Il ne m'est pas indifférent, ce matin, de me rappeler la grandeur passée de cette capitale de l'empire assyrien, qui domina le Moyen-Orient avant d'être prise par les Babyloniens alliés aux Mèdes (ancêtres des Kurdes d'aujourd'hui). Babylone ayant repris le rêve de domination de Ninive détruite régna à son tour, jusqu'à ce que Cyrus, venant de l'Iran actuel, ne s'en empare. L'empire perse de Cyrus fut, à son tour, conquis par les Grecs d'Alexandre. Et l'immense empire d'Alexandre le Grand (qui mourut à l'âge de 33 ans), partagé entre ses généraux, ne devait pas survivre à la conquête romaine. L'empire romain, puis les barbares, puis les Arabes, puis les Anglais, puis l'indépendance, puis une dictature... Et sans cesse guerres, invasions, destructions, misères, souffrances, esclavage.

 

"L'histoire commence à Sumer" (c'est le titre d'un bouquin que j'ai lu autrefois) : 35 siècles avant Jésus-Christ, c'est au Moyen-Orient qu'est née l'écriture. Et les bibliothèques ont fleuri. La bibliothèque de Ninive comprenait 25 000 tablettes en cunéiforme, parmi lesquelles la version la plus complète de l'épopée de Gilgamesh, actuellement au British Museum de Londres. Sumer, mais aussi Ur, patrie de notre ancêtre Abraham. Il parait que les Américains ont emporté pour leurs musées, lors de la dernière guerre, des objets rares provenant des fouilles d'Ur. Vous pouvez voir, également, au Louvre, des pièces uniques provenant de l'Irak ancien. L'Occident s'est bien servi, hélas !

 

« Encore quarante jours... » Après cette annonce, Jonas, dans le conte, s'était retiré hors de la ville. Il voulait voir le spectacle de la destruction de Ninive. Il fut déçu : il ne se passa rien, car le Saddam Hussein de l'époque s'était converti, et Dieu avait pardonné. Les gouvernants d'aujourd'hui ne sont pas près, je crois, de changer de comportement... et Trump n'est pas Dieu.

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Jeudi 14 mars 2019

 

Mireille,

 

J'ai fêté comme il se devait, avant-hier, l’anniversaire d'un événement à portée mondiale. L'un des trois événements les plus importants du XXe siècle. Vous en êtes bénéficiaire chaque jour ; et c'est grâce à cette invention que vous avez pu, aujourd'hui comme très souvent, lire cette Lettre à Mireille grâce à laquelle je peux communiquer avec vous, le jeudi et le dimanche. Eh oui, il s'agit du web, ce www. que vous formulez bien souvent.

 

Trois lettres (www) ont changé le monde. Le 12 mars 1989, un physicien, Tim Berners-Lee soumit à son patron du Cern de Genève une proposition de « système de gestion décentralisée de l’information ». « Vague mais excitant », répondit son supérieur. Ce jeune physicien britannique avait imaginé ce « système de gestion décentralisée de l’information », devenu l’acte de naissance du web (la toile en français), alors qu’il travaillait au Centre de calculs du CERN (Organisation européenne de recherche nucléaire), près de Genève. Une plaque rendant hommage à l'inventeur du World Wide Web est apposée près de son ancien bureau dans les locaux du CERN. Berners-Lee cherchait à permettre aux milliers de scientifiques dans le monde de partager à distance leurs recherches sur les travaux de l'organisation. Il allait révolutionner le monde.

La proposition deviendra l'« Hypertext project » puis le « WorldWideWeb », l’année suivante, avec une première page accessible de l’extérieur le 6 août 1991.

 

C'est six ans plus tard qu'est né notre site Murmure (le 30 décembre 1997). A l'époque, on n'avait pas les possibilités de création d'aujourd'hui, où chacun, sans aucune compétence en informatique, peut utiliser des modèles mis à sa disposition. En 1997, il fallut à Christophe, un jeune paroissien ami, une journée de travail pour que Murmure puisse voir le jour. Aujourd'hui, tout s'est prodigieusement développé. Avec, hélas, bien des inconvénients et de graves dangers. Alors que l’utopie des débuts a laissé place à un contrôle presque absolu de quelques géants, le père du Web a lancé un appel, lundi à Genève, à un « contrôle complet de leurs données » par ses usagers.

Il a notamment mis en garde contre un « avenir possible », un avenir dans lequel « votre navigateur garderait des traces de tout ce que vous achetez, votre navigateur conserverait aussi vos relevés bancaires », et « alors, votre navigateur en saurait plus sur vous qu’Amazon ».

A l’occasion de la célébration des 30 ans du Web, Tim Berners-Lee entame « mardi une tournée de trente heures – pour les trente ans du Web », qui le conduira du Cern à Londres, puis en Afrique, a expliqué un porte-parole de l’organisation.Trente ans après son invention, Berners-Lee a mis en place l’an dernier un « contrat pour le Web » destiné à assurer la véracité de l’information sur Internet. (Il y a tant de faussaires, d'escrocs en tous genres, du simple hacker au dictateur tout-puissant!)
 

Vous connaissez sans doute la réponse d’Ésope à qui on demanda un jour quelle était la meilleure des  choses. « La langue, assurément », déclara-t-il. « Et quelle est la pire des choses, alors ? » . A quoi Ésope répondit sur le champ : « La langue, également ».

En sera-t-il de même du web ?

P.S. Il parait que Facebook connaît depuis hier soir une gigantesque panne. Les commentaires, acerbes ou ironiques se multiplient. "Facebook est en panne. Le monde survivra-t-il?", se demande un journal américain !

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Dimanche 10 mars 2019

 

Mireille,

 

« Le malheur de l'homme, c'est de se comparer. Ou bien il s'estime supérieur, et c'est l'orgueil, ou bien il se juge inférieur, ce qui engendre l'envie ». Que de fois n'ai-je pas dit et répété cet adage qui m'est familier. Orgueil et envie, deux péchés capitaux parmi les sept péchés "capitaux" de notre ancien catéchisme. Étymologiquement, le mot capital désigne la tête. Le péché capital est la tête, l'origine de tous les péchés.

 

Je me souviens d'un Irakien, réfugié politique en France depuis des décennies. Son métier : calligraphe (il trace sur de beaux parchemins de belles lettres arabes). Il avait connu et subi le régime dictatorial de Saddam Hussein et il expliquait combien ce dictateur ne pensait que violence et guerre. Saddam Hussein, disait-il, était guidé par un orgueil incommensurable. Ils se croyait et se voulait supérieur à tous et à tout.

 

Il en fut de même de Staline. Le Monde a publié jadis un volumineux cahier consacré au dictateur, à son œuvre et à ses méfaits. Parmi les nombreux commentaires, témoignages, explications que comporte ce cahier, je n'ai retenu qu'une phrase : « L'un des ressorts les plus profonds de sa personnalité semble avoir été l'envie. Une haine profonde pour ceux qui étaient plus compétents et plus brillants que lui ». L'auteur de l'article, après avoir cité des faits, rapporte la réflexion de Litvinov, ministre des affaires étrangères jusqu'en 1939 : « Il ne supporte pas les gens intelligents ».

 

L'orgueil et l'envie. Je disais qu'ils faisaient le malheur de l'homme qui cherche à se comparer aux autres. J'ajouterai simplement qu'ils font le malheur de l'humanité.

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Jeudi 7 mars 2019

 

Mireille,

 

J'espère que vous n'avez pas manqué, hier, l'entrée des chrétiens en Carême : c'était hier le mercredi des Cendres. En tout cas, si vous ne l'avez pas fait, sachez qu'il n'est pas trop tard pour relire le passage de l'évangile selon saint Matthieu qu'il nous est donné de méditer dès qu'on inaugure le Carême.

 

Je suis toujours frappé d'entendre Jésus nous recommander, pour bien inaugurer le Carême, de le faire avec une totale discrétion. Première parole de Jésus, en ce jour des Cendres : "Évitez d'agir pour vous faire remarquer". Ensuite, pour bien enfoncer le clou, et dans un langage imagé, il recommandera : "Ne fais pas sonner de la trompette devant toi... ne te donne pas en spectacle...que ta main gauche ignore ce que fait ta main droite... retire toi au fond de ta maison et ferme la porte...et quand tu jeûnes, parfume-toi."

 

Je crois d'ailleurs que, de nos jours, le message a été reçu cinq sur cinq. A tel point que le Carême chrétien passe presque totalement inaperçu des médias et de l'opinion publique. Message reçu, mais seulement partiellement : très bien en ce qui concerne la discrétion nécessaire, moins bien pour ce qui regarde la finalité du Carême et sa pratique : une longue démarche de quarante jours. C'est passé tellement inaperçu que cela risque d'être inexistant. Que reste-t-il de ces trois démarches fondamentales propres à toutes les grandes religions : prière, jeûne et partage ?

 

Je me souviens du temps où je faisais le catéchisme. Quand on parlait de Mardi-Gras aux gosses du caté, ils ne savaient plus de quoi il s'agit. Alors on leur disait que c'est comme Halloween. Quand on leur parlait du Carême, ils ouvraient de grands yeux étonnés. Alors, pour leur expliquer, on leur disait : "Vous savez, c'est comme le Ramadan". Et tous comprenaient. Car tous, ils en ont entendu parler. Même à l'école. Et c'est vrai que la période du Ramadan est pour les musulmans une démarche collective et publique, la démarche de tout un peuple qui s'entraîne au jeûne, à la prière et à l'aumône. A un tel point que, dans certains pays, c'est très mal vu de ne pas faire le ramadan. La honte et le déshonneur !

 

Sans aller jusqu'à ces excès de pression collective, la démarche ouverte, publique, collective et joyeuse d'un peuple n'est pas à sous-estimer. Simplement, notre démarche de chrétien relève d'un autre ordre. D'ailleurs, ce qui importe, c'est, comme le rappelle Jésus, que "ton Père voit ce que tu fais dans le secret".

 

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Dimanche 3 mars 2019

 

J'avais tout faux ! Un jour, parlant à des amis de l'un de mes vieux camarades de classe qui "n'était pas une lumière", je disais qu'il n'avait pour lui qu'une remarquable mémoire, et que, par contre, "il ne brillait ni en lettres ni en maths, ni en sciences." Et voilà qu'en dînant hier soir, je lisais une série d'articles sur la mémoire, où l'on m'expliquait péremptoirement que "les capacités de mémorisation expliquent 75% des résultats scolaires et celles de raisonnement, 25% seulement". Autrement dit : sans mémoire d'éléphant, pas de vraie réussite scolaire.

 

Et de me citer le cas de nombreux hommes plus ou moins célèbres qui avaient reçu en cadeau du ciel une mémoire phénoménale, dont celui qui était capable d'écrire la liste des 240 députés qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain en 1940 ou de chanter tout le répertoire de Tino Rossi. Qu'un violoniste puisse jouer par cœur 40 concertos, je veux bien le croire. L'organiste Marcel Dupré, que j'ai entendu en 1942, jouait par cœur toute l'oeuvre d'orgue de Bach : il nous en avait fait la démonstration, un après-midi, nous demandant de lui indiquer n'importe quel titre de l’œuvre du maître, qu'il était capable de jouer sur le champ. Que des acteurs aient en mémoire une grande partie de leur répertoire, c'est pour eux une nécessité. Mais tous, ou presque tous, déclarent que c'est à force de travail qu'on acquiert une excellente mémoire.

 

Personnellement, je crois qu'il y a des formes de mémoire totalement différentes de l'un à l'autre, selon les centres d'intérêt et selon les besoins. Qu'un sommelier ait une mémoire olfactive et gustative, c'est indispensable ; que l'un puisse garder mémoire simplement en lisant et l'autre en écoutant, c'est élémentaire. Donc, il y a quantité de mémorisations différentes selon les individus, les besoins, le métier. Ainsi, je n'ai pas en mémoire cinq numéros de téléphone, mais par contre, il y a quelques années, j'étais encore capable de réciter 500 vers de la poésie française, de Villon à Saint John Perse. Aujourd'hui, je n'en suis plus aussi sûr : il faudra que je vérifie. Mon petit neveu me demandait un jour si j'apprenais par cœur mes homélies : il venait de m'entendre parler sans notes. Ce qui chez moi, est une habitude et un entraînement de plus de soixante-dix ans. Par contre, je ne retiens pas les prénoms, particulièrement les prénoms féminins, et je ne suis absolument pas physionomiste, ce qui me joue constamment de vilains tours.

 

Mais au fond, suis-je différent de la plupart de mes concitoyens qui, comme moi, ont une mémoire sélective ? Peut-être gardons-nous en mémoire ce qui nous intéresse, ce qui nous plaît ou ce qui nous est utile. Et c'est tant mieux. Je jette un coup d’œil sur les premières notes d'une pièce grégorienne et je peux la chanter in extenso ; par contre, j'ai été incapable de réussir un seul des 6 tests de mémoire proposés par mon hebdomadaire. Et alors ?

 

Un spécialiste m'invite, dans le même numéro, à dépasser cette problématique de "plus ou moins de mémoire" en nous invitant à "nous informer, dialoguer, argumenter quand on n'est pas d'accord, être curieux." Ce qui, à mes yeux, est une bonne recette.

 

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Jeudi 28 février 2019

 

Mireille,

 

Pendant mes années de formation, j'avais un 'directeur de conscience'. Tout séminariste devait choisir parmi les professeurs celui qui serait son 'directeur de conscience'. C'est d'ailleurs pourquoi on ne les appelait pas 'professeurs', mais 'directeurs', sans doute parce que leur responsabilité essentielle était, non pas de nous enseigner, mais de travailler à notre formation spirituelle. Dans les vagues souvenirs qui me restent de cette expérience, demeure une sensation de mortel ennui : on ne savait pas tellement quoi se dire, mon 'directeur' et moi. Si bien que, malgré toutes les recommandations qu'on nous faisait avant de nous lancer dans le ministère, je n'ai pas personnellement continué cette pratique, sauf à une certaine époque où je me suis confié avec plaisir à un vieux prêtre, passablement original, qui pratiquait, entre autres, la psychomorphologie, c'est-à-dire l'art de lire votre caractère sur votre visage, et qui, également, pensait pouvoir mieux connaître chacun, simplement en regardant ses mains. Non, il ne lisait pas dans les lignes de la main ; c'était simplement la forme de la main qui, à son avis, exprimait le mieux la personnalité de l'homme. Il avait d'ailleurs une étonnante collection de photos de mains !

 

Ces dernières années, plusieurs m'ont demandé ce que je pense de cette pratique de la 'direction de conscience', qu'on n'appelle plus ainsi, d'ailleurs. On parle plus volontiers d'accompagnement spirituel. Je réponds invariablement que c'est comme la langue d’Ésope, qui peut être, disait-il, la meilleure et la pire des choses. Tout dépend de l'accompagnateur et de la personne accompagnée. Pour bien pratiquer ce genre de choses, il faut beaucoup de discrétion et de discernement, en plus, naturellement, de l'indispensable vie spirituelle de chacun. Tout cela afin d'éviter les fausses pistes, les impasses, et les catastrophes. L'âme humaine est tellement fragile !

 

Mais voilà que j'apprends qu'il existe une version profane de la direction de conscience, très à la mode aujourd'hui : c'est le 'life coaching'. Explication : vous avez un problème quelconque, en n'importe quel domaine, vous faites alors appel à un 'coach'. En six séances d'une heure et demie, il va 'vous accompagner vers le changement, vous guider dans une meilleure connaissance de soi, pour vous redonner confiance en vous et vous aider à renouer avec l'estime de soi', dit la pub'. Il vous en coûtera de 75 à 150 euros la séance. Ceci est un simple exemple. On peut demander un 'coach' aussi bien pour changer de voiture que pour ramener une adolescente égarée dans le droit chemin, ou pour découvrir l'art des primitifs italiens.

 

'Plus c'est cher, plus c'est valable', m'expliquait un jour un psychologue devant qui je m'étonnais du prix très élevé de ses consultations ! Drôle de monde, quand même ! Mon 'directeur de conscience' d'autrefois avait au moins un avantage : c'était gratuit.

 

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Dimanche 24 février 2019

 

Mireille,

 

Il m'arrive de passer des longues minutes à contempler, par la porte-fenêtre de mon séjour, toutes les petites fleurs qui, depuis deux mois, ont pris asile dans le jardin. Eh oui, les premières venues – ce n'est pas pour rien qu'on les appelle des perce-neige – ont bravé la froidure et les intempéries de janvier. Quelle heureuse surprise, lorsque par un des rares matins neigeux, ces petites fleurs courageuses ont pointé le nez, et quel bel exemple de courage ce fut pour moi. Elles sont toujours là, en cette fin de février, elles ont grandi et ont essaimé. Depuis quelques jours elles ont vu paraître en leur compagnie quelques crocus timides. Et ce matin, voilà que j'ai découvert à leur côté la naissance de la première petite campenotte.

 

La campenotte ! Vous ne connaissez sans doute pas cette appellation : comme tout le monde, vous appelez cette fleur une jonquille. Pour nous, habitants du Pays de Montbéliard, c'est une campenotte. Ce qui est un joli nom qui vient du latin « campana », la clochette. Après les perce-neige, les crocus, c'est la troisième fleur qui, dans mon jardin, annonce le printemps. Elle est encore toute petite, elle grelotte, car malgré le plein soleil, il fait froid. Pourtant elle montre le bout de son nez. Ensuite, nous allons voir apparaître des primevères, puis des tulipes....

 

J'aime les fleurs mais, hélas, je n'ai pas la « main verte ». C'est Françoise qui a planté des oignons de tulipes, c'est Adeline qui fait pousser les géraniums qui orneront les fenêtres de la façade, ce sont d'autres mains féminines qui entretiennent la plante verte qui se plait beaucoup chez moi. Cette plante verte, je me contente de la contempler, de l'admirer, Si j'avais davantage de place, elles seraient encore plus nombreuses, mes compagnes.

 

« Qui amat flores amat mulieres. » (Celui qui aime les fleurs aime les femmes ) : tel est le stupide adage qu'aimaient proférer sentencieusement les vieux profs célibataires qui avaient mission de nous former dans notre jeunesse studieuse. J'ai toujours eu envie de leur répondre : « Si tu n'aimes pas les fleurs, tu n'aimeras jamais personne, car tu as le cœur sec, desséché, aride. »

 

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Jeudi 21 février 2019

 

Mireille,

 

Quelle belle période de journées lumineuses nous est donnée de vivre en ce mois de février ! On se croirait au printemps, n'est-ce pas. Ce matin encore, comme hier, les premiers rayons de soleil viennent éclairer la forêt que j'aperçois depuis la fenêtre de ma chambre. Elle est couverte de givre, comme d'une chevelure argentée, qui brille dans la lumière matinale. Il fait froid. Depuis plus de quinze jours, le thermomètre de chaque matin est proche du zéro. Aujourd'hui comme hier, même si le soleil ne réchauffe pas beaucoup, il éclaire, il illumine même. Et on le remarque sur le visage des personnes rencontrées.

 

Pourquoi faut-il alors que les nouvelles, ce matin comme presque chaque matin, à la radio ou dans mon journal, nous apportent des nouvelles d'une telle noirceur ! N’y a-t-il donc en ces temps que nous vivons, que violence, divisions, cris de haine, nouvelles mensongères et casse en tous genres ? Ici on s'en prend aux tombes des juifs, là on brûle des autos, et ailleurs on menace de mort les hommes politiques. Et dès qu'un fait divers a cessé d'être une nouvelle, surgit un autre sujet qui va faire l'actualité tout aussi lamentable que le précédent.

 

Pourquoi faut-il que l'ambiance soit perpétuellement à la récrimination et au défaitisme ? Bonjour tristesse ! « Entre gris clair et gris foncé », disait une chanson il y a quelques décennies. Aujourd'hui, c'est tout noir Ainsi vont nos sociétés.

 

Ainsi va notre Église. Ces temps-ci, les scandales à tous les niveaux, à commencer par le Vatican, font la une de tous les médias. Pour la première fois dans l'histoire, un cardinal est réduit à l'état laïc, tant sa conduite fut scandaleuse ; et le nonce apostolique à Paris est suspecté d'avoir eu la « main baladeuse » sur de jeunes fonctionnaires des Affaires Étrangères.Homosexualité, homophilie, pédérastie... certes, notre Église est loin d'être parfaite. Elle connaît beaucoup de malfaçons. J'en ai été le témoin et j'en ai parfois souffert.Mais jamais je n'aurais pu imaginer que le scandale avait atteint de telles proportions, et cela jusque chez des hommes d’Église dotés des plus hautes responsabilités !

 

Cependant, avec l'âge, je prends du recul. J'ai tendance à devenir plus bienveillant. Les perspectives d'avenir ? Certes, si on jette un regard lucide, elles n'apparaissent pas clairement au premier regard. Mais de là à jeter l'éponge ! Et puis, il y a déjà l'aujourd'hui : ces heures qui me sont offertes aujourd'hui, que je pourrai vivre intensément. Elles sont offertes à tous, à vous comme à moi. Et il y a le soleil, qui brille déjà dans ce bureau d'où je vous écris ; ce bureau qui reste ensoleillé du matin au soir. Aujourd'hui, il m'éclaire ; bientôt, il me réchauffera. Mais dès ce matin, il me donne du bonheur.Je souhaite que chacun de nous puisse ne jeter que des regards de bienveillance sur le présent et de confiance dans l'avenir. Car Dieu est notre présent et notre avenir. Il nous aime paternellement.

 

Important – Je vous invite à lire, sur ce site, l'article d'A CONTRE SENS, intitulé DEMOCRATIE, que vient de publier notre ami Gérard Cordier. A mes yeux, il est de toute première importance, en ces jours que nous vivons.

 

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Dimanche 17 février 2019

 

Mireille,

 

Il y avait autrefois sur les pages de notre site (l'ancien Murmure) un "grand inquisiteur". C'était Weborama. Je l'avais installé par curiosité. Peut-être aussi pour satisfaire un certain sentiment de vanité. Car, sachez-le une fois pour toutes, vous étiez repérée. Non pas nominalement, mais par catégories socioprofessionnelles, par classes d'âge, par lieu d'origine. Chaque semaine, je recevais un rapport assez détaillé m'indiquant notamment le nombre de visiteurs, le nombre de visites qu'ils ont fait, le nombre d'ouvertures de pages. Il y avait aussi le résultat des votes que vous avez fait, mais ce n’était pas significatif, car très peu nombreux sont ceux qui votent, et ce n'est pas cela qui m'intéresse le plus.

 

Ce qui répondait, au moins partiellement, à ma curiosité, c'était le lieu d'origine de tous les amis à travers le monde qui ouvrent ces pages que j'entretiens et soigne quotidiennement pour vous. C'est ainsi qu'alors j'ai appris que des gens du Portugal, du Luxembourg, des Émirats Arabes Unis, de Roumanie, du Japon, de l’Île Maurice, de Turquie, du Burkina Faso, du Brésil, de l'Espagne, d'Italie, de Suisse, du Liban, des Antilles, de Syrie, de Belgique, des USA et du Canada m'ont fait l'honneur et le plaisir de consulter mes pages. J'allais oublier les Français de France ! Mais ceux-ci ne représentaient pas la moitié des lecteurs, seulement 45%. J'ai constaté également que ce sont en majorité des hommes (52%), contre 39% de dames et 9% de demoiselles, et des retraités (51%)

 

Qu'en est-il aujourd'hui ? Je n'ai plus la curiosité de m'en enquérir. Je constate simplement par un simple compteur, qu'il y a entre 75 et 100 personnes à ouvrir chaque jour le « Nouveau Murmure », ce qui est réconfortant pour la petite équipe qui publie avec moi, à des rythmes différents les uns des autres, qui parfois se désolent de n'avoir pas de retour à leurs propres billets.

 

Oserais-je une suggestion ? Et si, par exemple, chacune et chacun de vous, fidèle amis de ce site, se faisait propagandiste de Murmure, et, si vous l'appréciez, vous en parliez autour de vous ! Nous ne cherchons pas la quantité, nous n'avons aucune velléité d'obtenir du succès. Mais peut-être, grâce à cet humble travail, la Parole de Dieu aidera quelqu'un à trouver un peu de bonheur, de confiance en la vie, de bienveillance. Bon dimanche à chacun de vous.

 

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  • Jeudi 14 février 2019

     

    Mireille,

     

    C'est aujourd'hui la Saint Valentin ; Je ne sais pas si cette fête vous est habituelle, mais je sais que beaucoup de nos contemporains la célèbrent, d'une manière ou d'une autre, bien qu'elle ait été retirée du calendrier des saints de l’Église catholique en 1969 par le pape Paul VI. En fait, on faisait jusque là mémoire de trois saints qui portent le nom de Valentin, tous trois parfaitement légendaires. Mais si c'est un jour consacré aux amoureux, il m'a paru souhaitable de consacrer ce billet à l'amour.
     

    J'ai retrouvé récemment dans mes archives une coupure de journal consacrée à Gérard Depardieu qui fut invité un jour à lire dans la cathédrale Notre-Dame de Paris les « Confessions », le chef d’œuvre de Saint Augustin, qui, lui est un saint historique. Comme on demandait à Depardieu pourquoi il aimait tant saint Augustin, il répondit : Saint Augustin, c'est pour moi la question du pourquoi. 'C'est le mystère, le mystère de la vie... J'aime le verbe de saint Augustin, sa parole de la méditation, le son qui s'en dégage..' Et de citer alors cette parole célèbre de l'évêque d'Hippone (aujourd'hui Annaba, en Algérie), évoquant ses années de jeunesse : « Je n'aimais pas encore et j'aimais à aimer. Je cherchais quoi aimer, aimant à aimer ». C'est vrai que dans cette autobiographie qu'est le livre des Confessions, saint Augustin se livre et dit l'intime de son cœur et de son âme, la profondeur de l'amour ; et le récit de sa conversion est, pour moi, bouleversant.
     

    Il avait enfin trouvé en Dieu le destinataire de son amour. Il sut dès lors être le bon pasteur de son diocèse (l'amour du prochain n'est-il pas le signe de l'amour de Dieu ?), en des jours difficiles : les invasions barbares se faisaient de plus en plus proches. Les Vandales originaires du Danemark prirent Hippone l'année même de sa mort.
     

    Tiens, je vous laisse pour aujourd'hui la phrase de saint Augustin que j'aime par-dessus tout : « Notre cœur est sans repos jusqu'à ce qu'il puisse se reposer en toi ». C'est cela, l'amour. C'est souvent le mot de ma prière.

     

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    Dimanche 10 février 2019

     

    Mireille,

     

    Ce petit jeune homme était bien sympathique. J'avais connu autrefois ses grands-parents et ce sont eux qui lui avaient conseillé de venir me voir. Ils étaient passablement préoccupés de son évolution : lui qui avait été jusque là un chrétien fervent et bien engagé dans notre monde était en train de rejeter tous les fondements de sa foi de jeune chrétien, et d'abord de sa foi en Dieu.

     

    Effectivement, lors de notre première rencontre, le jeune Dominique, espérant me provoquer, me fit une radicale profession d'athéisme. Pour lui, croire en Dieu était le comble de la stupidité. D'ailleurs, il suffisait de faire la liste des scientifiques qui se déclarent, non sans raison, agnostiques ou athées convaincus, etc... bref, mon jeune interlocuteur ne fit que reprendre les arguments passablement éculés qui avaient leur place dans certains milieux au XIXe siècle. C'est pourquoi, pour lui répondre, je lui ai demandé simplement : 'Tu me dis que tu ne crois pas en Dieu, mais, au fait, que mets-tu sous ce mot « Dieu » ?

     

    Sous ce mot Dieu, Dominique m'énuméra un certain nombre de qualificatifs, tous plus négatifs les uns que les autres, à ses yeux : Le Dieu des croyants, pour lui, était « Tout Puissant, indifférent, cruel, exigeant, punisseur, maître, juge, dictateur, etc... », puis il me proposa de dire à mon tour, comme lui, des mots capables de définir le Dieu auquel je crois. Après réflexion, je ne lui proposai qu'un seul adjectif : le mot 'différent' . Et comme je voyais mon jeune interlocuteur passablement interloqué, je lui ai précisé quelle est ma foi en celui que je nomme 'le Tout-Autre'. C’est-à-dire différent de tout ce que les hommes ont pu imaginer sur Dieu, la divinité, les divinités. Au Sinaï, Moïse le présente au peuple comme son Dieu, différent de toutes les autres divinités des peuples d’alentour, « celui qui est », alors que les autres ne sont que de vaines idoles. Donc, pour moi aujourd’hui, totalement différent de toutes les représentations mentales que j’ai en tête, que tous les hommes ont en tête. Et Dieu sait si nos contemporains se fabriquent des idoles dont ils ont vite fait de devenir des esclaves.

     

    Le Dieu en qui je crois, en qui je mets ma confiance, est la surprise et l'étonnement émerveillé de chacun de mes jours. Et le respect que j’ai pour le Tout-Autre se monnaie vis-à-vis de tous les autres, de tous ceux par lesquels Dieu vient aujourd’hui à ma rencontre. Donc, d’abord, respect. Mais il faut aller plus loin. En même temps que respect, il faut dire « distance. » Une distance qui subsiste dans la plus grande proximité. Dieu est mon ami, certes, mais ce n’est pas « mon copain ». Il y a cette distance entre nous qui vient du fait que je ne suis pas un juste, et que lui est le Juste. Distance entre le non-amour et l’Amour personnifié. Il est « Le Saint », et moi, je suis pécheur. Parce qu’il est Le Saint, je ne peux pas le comprendre totalement, je ne peux pas « en faire le tour ». « Cela » nous échappe totalement. Il est tellement « différent » !

     

     

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    Jeudi 7 février 2019

     

    Mireille,

     

    Dimanche dernier, dans mon petit billet, je vous faisais part d'un de mes regrets. Je me désole, en effet, de ne pas atteindre, grâce à « Murmure », un public jeune, souvent éloigné du message évangélique. Mes fidèles lecteurs sont souvent plus que quinquagénaires et le courrier que je reçois en est le témoin.

     

    Est-ce que j'ai eu tort de me lamenter ? A la réflexion, j'en viens à me reprocher cette attitude. Certes, c'est un fait avéré : nous assistons à un réel divorce entre générations.

    Je lis dans le journal local d'avant-hier que, pour l'opération « Entraide », qui est une activité œcuménique en faveur des nécessiteux, on comptait dans un village voisin une trentaine de bénévoles, tous assez âgés, mais une seule petite collégienne. On le constate sur tous les plans, et pas seulement en matière de convictions ou de pratiques religieuses. Aujourd'hui encore, c'était le président de notre société locale d'émulation qui déplorait ce manque d'intérêt des jeunes générations pour l'histoire locale. Et il est banal de dénoncer le divorce entre les plus de quarante ans et ceux qu'un historien appelle « la génération de mai 68 ». Et pourtant...

     

    Faisant appel à mes souvenirs, je me rappelle cette remarque d'un aimable correspondant qui me faisait remarquer que ma réflexion est trop hâtive. Et de me parler de sa propre expérience. Il est catéchiste et utilise régulièrement « murmure » pour sa catéchèse. Il est en quelque sorte un relais, lui qui a soixante ans, entre le nonagénaire que je suis et les jeunes de son groupe de 6e-5e. Et il ajoute que souvent, à ses réunions, il y a des jeunes, non baptisés, très éloignés de la religion, mais qui se posent des questions et peuvent donc, ainsi, être évangélisés.

     

    Je me souviens également de Frère Pacifik, un capucin qui est aumônier d'étudiants à Prague et qui me dit qu'il sait assez de français pour utiliser mes commentaires d'évangile à l'intention de ses étudiants. Et je n'oublie pas un ami français résidant aux USA, qui traduisait chaque semaine le commentaire d'Évangile pour les jeunes dont il s'occupe, dans sa paroisse, dans le cadre de la préparation à la confirmation. Et c'est vrai : l'Esprit souffle où il veut, quand il veut.

     

    Alors, pourquoi se lamenter ? « Dieu a besoin des hommes ». Et chacun de nous, selon ses moyens, se doit d'être messager de la Bonne Nouvelle. La catéchèse est une chose, mais elle ne remplace pas ce que les spécialistes appellent le « kérygme » : littéralement une proclamation, l'annonce « brut de décoffrage » du salut en Jésus Christ. Ma question reste entière : comment atteindre, aujourd'hui, des jeunes souvent très éloignés de toute préoccupation religieuse ?

     

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    Dimanche 3 février 2019

     

    Mireille,

     

    Je me souviens de ce matin de février, en 2002, où j'ai eu le bonheur de lire, sur le site du Vatican, un message du pape, intitulé « Internet, un nouveau carrefour pour l'annonce de l'Évangile ». C'était clair, net et précis. Après avoir comparé Internet à un « forum » romain, lieu public où étaient conduites la vie politique et les affaires, le pape évaluait l'intérêt et les risques de ce nouveau moyen de communication: « Internet peut offrir de magnifiques opportunités d'évangélisation s'il est utilisé avec compétence », écrit-il. Je ne vais pas résumer ici tout ce message. Je me contente d'en citer la fin : « J'exhorte toute l'Église à franchir courageusement ce seuil, à prendre le large dans les profondeurs d'Internet, afin qu'à présent comme par le passé, le grand engagement de l'Évangile et de la culture puisse montrer au monde « la gloire de Dieu qui est sur le visage du Christ » (Saint Paul).

     

    Lorsque j'ai eu 75 ans, je me suis demandé comment j'allais vivre mes années de retraite. On est « prêtre pour l'éternité », m'a-t-on dit au jour de mon ordination. Que faire lorsqu'on quitte un ministère actif en paroisse ? Il se trouvait que, depuis une dizaine d'années déjà, j'avais été « converti » à l'usage de l'ordinateur par de jeunes amis, et que, d'autre part, j'étais curieux de connaître ce nouveau moyen de communication qu'est Internet. C'est ce qui m'a décidé à entreprendre la construction d'une « page perso » grâce à laquelle je correspondrais chaque matin avec vous. Grâce à laquelle j'ai pu continuer à annoncer la Bonne Nouvelle. Le pape cite la parole de Jésus à Pierre : « Avance au large. » Le risque pris avec « Murmure » il y a maintenant plus de vingt ans m'a comblé de bonheur. « Vous avez reçu gratuitement, donnez gratuitement. »

    Mais (car il y a un « mais »), s'il y a du bonheur, il y a aussi une insatisfaction. Je vous en parlerai la prochaine fois.

    * * * * * *

    Le 18 janvier 2002

     

    Mireille,

     

    « La France compte quarante millions de sujets, sans compter les sujets de mécontentement », écrivait un humoriste du XIXe siècle. Comme quoi il n'y a « rien de nouveau sous le soleil ». Viticulteurs, fonctionnaires, agriculteurs, médecins, enseignants, gendarmes, cheminots, infirmières, policiers ou juges, conducteurs d'autobus ou gardiens de prison, je cherche une profession qui, de nos jours, ne manifeste pas, et souvent par la grève, son mécontentement. Personne n'est-il donc content de son sort, dans la « douce France » d'aujourd'hui ?

    Dernièrement, je déjeunais chez des amis, et chacun des deux hommes avec qui j'étais à table surenchérissait dans les récriminations. Fiscalité écrasante, insécurité, avenir bouché pour les jeunes, invasion d'immigrés, discriminations, fraudes en tous genres et impunité des hommes au pouvoir, immoralité de toutes sortes. C'était à croire que nous vivons dans un pays en totale perdition et sans aucun avenir. Or l'un de mes convives rentrait de vacances d'hiver à Tignes, et l'autre allait partir en croisière avec des amis ! De retour chez moi, je pensais à cette mamie, rencontrée il y a quelques jours, qui a vécu toute une vie de labeur sans jamais être riche, et qui me disait combien la vie, pour elle, était belle et valait la peine d'être vécue. En me disant cela, je lisais dans ses yeux la joie de vivre. « Et pourtant je vous dis que le bonheur existe », écrivait Aragon. Encore faut-il savoir le cueillir.

     

    J'ai retrouvé dans mes archives cette lettre que je vous avais adressée le 18 janvier 2002. Dix-sept ans plus tard, il n'y a pas un mot à y modifier.Qu'en pensez-vous ?

     

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  • Dimanche 27 janvier 2019
    Mireille,
    Je fus, il y a bien longtemps de cela, aumônier d'une équipe du MCC (Mouvement des Cadres Chrétiens). Dans notre région industrielle, il y avait à l'époque un certain nombre d'équipes de ce mouvement, si bien que nombreux étaient les curés qui, comme moi, assuraient ce service d'aumônerie en plus de leur charge pastorale. Un service intéressant, car ces cadres de l'industrie qui étaient membres du mouvement étaient, pour la plupart, des chrétiens engagés dans la vie économique et politique de la région.  L'équipe que j'accompagnais était composée d'hommes et de femmes à la personnalité bien affirmée : curieux de tout, désireux d'approfondir leur foi, et en même temps cherchant à insérer leur foi chrétienne dans leurs engagements professionnels ou civiques. Bref, un milieu très stimulant et ouvert. C'était l'époque du Concile Vatican II et tous se passionnaient pour les débats qui avaient lieu à Rome.
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    Un jour débarqua dans notre équipe un couple qui venait du Nord. Lui nouvel embauché chez Peugeot, elle, prof' au lycée. Ils se présentèrent comme deux nouveaux convertis. Après avoir erré d'une idéologie à une secte, après avoir essayé le bouddhisme et même fait profession d'athéisme, ils avaient connu une révélation soudaine : eux qui n'avaient eu aucune éducation chrétienne dans leur enfance, ils venaient de découvrir l'extraordinaire nouveauté du christianisme, grâce à un prêtre rencontré par hasard. Et depuis, comme un certain nombre de nouveaux convertis que j'ai connus, ils se faisaient prosélytes. Pire, même, cela virait au fanatisme.
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    Du coup, l'ambiance de l'équipe était devenue assez désagréable. Il nous était reproché d'être des chrétiens tièdes, de manquer de fortes convictions, de trop cacher notre appartenance à Jésus-Christ. Au début, nous nous sommes montrés accueillants, mais à la longue, cela devint fatigant. Heureusement pour nous, le couple prit bientôt ses distances. Je les a perdus de vue depuis bien longtemps ; mais je crois qu'ils ont rejoint les intégristes d’Écône
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    Si je vous raconte cela aujourd'hui, c'est parce que l’Église célébrait avant-hier la fête de la conversion de saint Paul. Ce jeune juif cultivé, formé à l'école de Gamaliel, un rabbin célèbre, avait tellement en haine ses compatriotes disciples de Jésus qu'il était devenu flic de la police du grand-prêtre et était parti pour Damas avec mission d'arrêter les nouveaux chrétiens et de les ramener à Jérusalem où ils seraient jugés. Et voilà que, sur le chemin de Damas, il avait rentré le Christ. Soudaine conversion. Revirement tellement brutal qu'il mit la même conviction à annoncer Jésus qu'il en avait mis à persécuter ses disciples. L’Écriture nous signale à plusieurs reprises la méfiance des premières communautés chrétiennes devant ce revirement subit. Paul avait un tempérament bien tranché. Il s'opposait aux apôtres, et il lui arriva même de faire la morale à Pierre, leur chef. S'il finit par être accepté, c'est parce qu'il sut maîtriser son comportement intransigeant, comprendre que l’Église, c'est un collectif de frères et donc reconnaître le bien-fondé des orientations que l’Église avait prises avant lui. Ce fut comme une deuxième conversion : le pharisien emporté qui se croyait supérieur aux autres en vint à réaliser que seul compte, dans l’Église, un travail missionnaire d'équipe et que celui qui veut être le premier doit se comporter comme un simple serviteur.
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  • Jeudi 24 janvier 2019

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  • Mireille,

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  • « La Liberté des hommes - Lecture politique de la Bible ». Tel est le titre d'un livre qui est paru il y a quelques années. Le sujet a attiré mon attention. Aussi j'ai tenu à me renseigner. D'autant plus que l'auteur n'y va pas par quatre chemins : du fait que la nature humaine a tendance à toujours faire le mal, tout pouvoir politique doit être limité. C'est pourquoi la Bible - toujours selon l'auteur - nous apporte une leçon fondamentale pour notre temps : un vibrant plaidoyer pour la liberté des hommes.

  • Le propos m'a étonné. Qu'on puisse faire une lecture politique d'un livre essentiellement religieux, peut-être. Mais encore ? Ne peut-on pas, de la même manière, voir dans la Bible la source de quantité de dictatures qui se disaient chrétiennes. Bien sûr, l'auteur pourra riposter en présentant le nazisme d'Hitler ou le communisme de Staline, Lénine, Mao comme foncièrement ennemis de la pensée biblique. Alors ? Ne peut-on pas faire dire à notre Bible tout et son contraire ?

  • L'auteur s'expliquait dans une interview au Figaro Littéraire : « La Bible répète sans cesse qu'il faut se méfier des hommes de pouvoir, quels qu'ils soient, parce qu'ils ne peuvent pas échapper à la tendance au mal qui est au centre de la nature humaine. Elle appelle à voir les princes tels qu'ils sont vraiment, dans toute leur humanité, et non dans la lumière trompeuse que leur donnent les oripeaux  de leur fonction ou la faveur des peuples. Elle insiste constamment sur la nécessité de rabaisser leurs prétentions et de  diviser le pouvoir entre plusieurs sources. Comme dit le psaume 146 : Ne placez pas votre confiance dans les princes ».

  • A l'appui de sa thèse, l'auteur cite quelques passages de l'Ancien et du Nouveau Testament. Mais je reste sceptique. On pourrait aligner quantité d'autres passages qui disent exactement le contraire. Surtout s'ils sont sortis de leur contexte. Saint Pierre conseille : « Obéissez au chef de l’État parce qu'il occupe le premier poste; et aux gouverneurs parce qu'ils sont  chargés de réprimer les malfaiteurs et d'encourager ceux qui agissent bien ». Et Saint Paul se présente, certes, comme un homme « libre à l'égard de tous ». Ce qui ne l'empêche pas de recommander à ses correspondants l'obéissance aux autorités civiles.

  • Connaissez-vous le passage du livre de Samuel où le peuple vient demander au prophète de lui donner un roi, pour que leur pays soit comme les autres nations (1 Samuel chapitre 8) ? Dieu dit à Samuel, qui lui fait part de leur demande : « Accepte leurs revendications, mais seulement, avertis-les solennellement  et indique-leur quels seront les droits du roi qui régnera sur eux ». Samuel rapporte au peuple les paroles du Seigneur : « Voici quels seront les droits du roi qui régnera sur vous. Il prendra parmi vos fils des soldats pour conduire ses chars de guerre, pour monter ses chevaux, pour courir devant son propre char... Il prendra aussi vos filles comme parfumeuses, cuisinières ou boulangères. Il s'appropriera les meilleurs de vos champs, de vos vignes ou de vos plantations d'oliviers... il prélèvera sur les produits de vos champs et de vos vignes une redevance de dix pour cent... Il réquisitionnera vos serviteurs et vos servantes, les plus forts de vos jeunes gens, et même vos ânes, pour travailler à son service. En un mot, vous serez ses esclaves. Alors vous viendrez vous plaindre au Seigneur, mais il ne vous répondra pas ».

  • On ne peut être plus net : Dieu se méfie des hommes de pouvoir. Seulement voilà : dans le même livre de Samuel, quelques chapitres plus loin, on remarquera l'attention paternelle que Dieu manifeste au deuxième roi d'Israël, le jeune David qu'il a désigné pour succéder à Saül qui a cessé de lui plaire. Conclusion : on peut faire dire à un livre aussi volumineux que la Bible le pour et son contraire. Alors ? Contentons-nous du merveilleux conseil de Jésus : « Rendez à César ce qui est à César, et à Dieu ce qui est à Dieu ». Et aussi : « Les chefs des nations gouvernent en maîtres et font sentir leur pouvoir. Il n'en sera pas de même entre vous... le premier doit se comporter comme le dernier... serviteur de tous ».

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Dimanche 20 janvier 2019
Mireille,
La discussion surgit, un jour, au cours d'une rencontre que j'animais. Une discussion entre deux personnes. A la première qui affirmait péremptoirement que, pour elle, la foi était quelque chose qui ne se discutait pas, qu'il fallait tout accepter sans remettre en question ce qu'enseigne la religion, l'autre a répondu vivement en déclarant que, personnellement, elle n'acceptait pas facilement ce que l’Église enseigne, et que, bien au contraire, si on a une intelligence, c'est pour s'en servir, et donc faire fonctionner son propre esprit critique.
Et vous, qu'en pensez-vous, personnellement ? La discussion fut vive ce jour-là. Deux camps se formèrent, les "pour" et les "contre". Et naturellement on me demanda mon avis. Je ne voulais blesser ni les uns ni les autres. Alors je racontai le fruit de ma science toute neuve, que je venais de découvrir dans un livre. l'histoire de deux grands philosophes-théologiens du début du Moyen-âge, qui tous deux sont inscrits au catalogue des saints : Pierre Damien et Anselme de Cantorbery. Le premier (1007-1072) affirmait avec véhémence que les données de la foi ne se discutaient pas, qu'il fallait accepter aveuglément ce qu'elle nous disait de Dieu, et que la raison n'avait pas à intervenir en cette affaire. C'est lui qui a écrit un jour qu'il avait choisi « la sainte simplicité qu'il convient de préférer à la science qui enfle ».  Un expert contemporain, Mgr Nédoncelle, a écrit que « la conception que Pierre Damien se fait de la religion équivaut à une idée fixe ». Ce qui n'a pas empêché les autorités religieuses d'en faire un docteur de l’Église.
Le second était d'avis contraire, et il en faisait de manière éclatante la démonstration. Anselme (1033-1109) était abbé du Bec Hellouin. Lui aussi est docteur de l'Eglise. Né à Aoste, il termina sa vie comme archevêque de Cantorbéry (Quand on vous dit qu'à l'époque l'Europe était une réalité plus effective que de nos jours !) Ce sont ses moines qui le supplièrent de mettre par écrit tout ce qu'il leur avait enseigné sur Dieu. Anselme ne se fit pas prier. Il écrivit un bouquin intitulé "Pourquoi un dieu fait homme ?" Il y déclare que la foi a beau être à la base de tout, c'est faire preuve de négligence que de ne point chercher à comprendre ce qu'on croit. Pour lui, "le sacré ne se rabâche pas, il s'approfondit." C'est lui qui a  écrit comme titre d'un de ses livres "La foi en quête de l'intelligence". Nous voilà loin du fidéisme borné de saint Pierre Damien.
Sa  réflexion a de quoi réjouir et conforter toutes celle et tous ceux qui cherchent à comprendre, qui mettent en action leur raison, qui utilisent leur esprit critique pour répondre aux questions qu'ils se posent.
Je suis de ceux-là.

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Jeudi 17 janvier 2019

Mireille,

Quel remarquable polémiste que Jésus ! Plus je fréquente l’Évangile, plus je m'émerveille de la capacité qu'il avait, non seulement de répondre à ses contradicteurs, mais de leur clouer le bec.  J'en étais encore ce matin dans l'admiration, en lisant l'évangile . Voilà que les disciples de Jean-Baptiste s'unissent aux pharisiens pour reprocher à Jésus le comportement de ses propres disciples ; alors que les premiers adoptent toutes sortes de pratiques de dévotion, dont de fréquents jeûnes, les disciples du jeune Maître, eux, se dispensent de toutes ces pratiques. Ils mangent, ils boivent comme tout le monde, ils acceptent les invitations diverses, et même celles des mécréants. Bref, leur religion, telle que la préconise Jésus, est débarrassée de ces obligations qui caractérisent les groupes religieux de leur époque. Plus de prescriptions alimentaires, et même, bientôt, ils en viendront à violer la sacro-sainte loi du Sabbat. Au grand scandale des hommes religieux.

Jésus défend l'attitude libérée de ses disciples : ils ont avec eux un Maître qui se présente comme un jeune marié, et c'est le moment de faire la noce. Il ajoute que ça ne durera pas toujours. Puis il contre-attaque : ce "vin nouveau" qu'est sa propre parole fera éclater les vieilles outres que sont les pratiques anciennes de la religion. Tout va sauter. En d'autres termes, Jésus annonce la radicale nouveauté de son enseignement. Étymologiquement - rappelez-vous - le mot Évangile veut dire "bonne nouvelle", quelque chose de nouveau, quelque chose de neuf. Un vin nouveau. Pour l'accueillir, il faut des outres neuves. Plus de pratiques anciennes, plus de ces formes vieillies de la religion. L’Évangile ne s'enferme pas dans une religion, il la transforme de l'intérieur. Si nous en restons à la vieille religion, quelle idée nous faisons-nous de Dieu ? Est-ce bien celui à qui Jésus dit ; "Papa" ? Comme mon Dieu devient beau lorsqu'il ne se préoccupe plus du genre de viande ou de vin qu'il y avait sur ma table, du nombre et du moment de mes prières et génuflexions !

Le pape Jean XXIII lança un jour le mot « Aggiornamento », mot italien signifiant « mise à jour ». C'est que, bien après pharisiens et disciples de Jean, de vieilles outres pratiquaient encore une religion foisonnant de dévotions diverses, capables d'obstruer « la religion sincère et sans reproche aux yeux de Dieu notre Père : prendre soin des orphelins et des veuves en détresse et ne pas se laisser contaminer par le monde. » (Lettre de Jacques 1, 27)  Il y eut donc le Concile Vatican II qui entreprit de rajeunir l’Église. Il y réussit dans une certaine mesure, mais il reste encore beaucoup à faire. Rien n'est jamais acquis définitivement. Il faut nous garder de tout ce vieillissement, de cette sclérose qui nous guette. A vin nouveau, outres neuves.

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Dimanche 13 janvier 2019
 
Mireille,
 
Un jour, on demandait à Einstein s'il croyait en Dieu. Il répondit : « Dites-moi d'abord ce que vous mettez derrière le mot Dieu ».  La réponse est importante. Sous le mot « Dieu », en effet, on a mis tout et n'importe quoi. Pour certains de nos contemporains (pour nous limiter à eux) il y a derrière le mot Dieu l'image d'un être implacable, d'un justicier incorruptible, qui vous fera payer un jour toutes vos incartades. Pour d'autres, au contraire, Dieu est la bonté même, d'une bonté telle qu'il ferme les yeux sur toutes les fautes que vous pouvez commettre. Il y a ceux qui pensent un Dieu indifférent à toute l'aventure humaine et ceux qui le prient avec ferveur comme s'il était une espèce de magicien disposé à réparer toutes les malfaçons de la nature. Dites-moi ce que vous mettez derrière le mot Dieu.
J'aime beaucoup, personnellement, l'affirmation deux fois répétées de saint Jean - la première fois dans son Evangile, et la deuxième fois dans sa première Lettre - selon qui « Dieu, personne ne l'a jamais vu. ».Dans son Évangile il poursuit : « mais le Fils nous l'a fait connaître ». Autrement dit : tu veux savoir qui est Dieu : regarde Jésus. A plusieurs reprises l’Écriture nous déclare même que Jésus est l'image visible du Dieu invisible. Voilà donc une première manière de connaître Dieu. Dans sa première lettre (chapitre 4, versets 11-18), Jean nous indique une autre manière, plus engagée, moins intellectuelle, plus personnelle : tu veux connaître Dieu ? apprends à aimer. Si tu aimes les gens, Dieu demeure en toi. Pas besoin d'aller le chercher ailleurs, dans un ciel lointain : il est là, qui anime toute ta vie.
Connaissez-vous l'histoire de ce petit garçon de dix ans qui allait bien souvent attendre son papa à la sortie de son travail dans une mine du nord de la France. C'était à l'époque où les mines étaient encore en pleine activité. Il était là, à attendre. Les hommes sortaient, le visage tout noir de la poussière de charbon.  Un mineur passe et lui demande ce qu'il fait là. Le gosse répond : « J'attends mon papa ». Et l'homme de lui déclarer, ironiquement : « Mais regarde ceux qui sortent : ton papa, tu ne le reconnaîtras pas »!  Alors le petit garçon de répondre : « Oui, mais lui, il me reconnaîtra ».

Je pense souvent à ce gosse, lorsque, dans ma prière du bréviaire, je  lis le psaume 139. Le connaissez-vous ? Il dit tout : « Seigneur, tu me sondes et me connais,  que je m’assoie, que je me lève, tu le sais.... C’est toi qui as créé mes reins,  qui m’as tissé dans le sein de ma mère.  Je t’admire pour cet étonnant mystère, l'être étonnant que je suis ». Dieu, je ne peux rien dire de lui. Je ne le connais pas. Mais lui me connaît, car il m'aime.

 

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Jeudi 10 janvier 2019

 

Mireille,

 

Est-ce que vous êtes écolo ? Moi personnellement, je ne le suis pas. Du moins jusqu'à ces premiers jours de l'année. Jusqu'ici, je me moquais volontiers de celles et ceux que je qualifiais de « petits doux rêveurs » et de fomenteurs de peurs en tous genres. Pour moi, en effet, une vie dans laquelle on cherchait à éviter tous les risques n'était pas une vie pleine et entière. Bien au contraire, la vraie vie est une vie risquée. Au contraire, on a peur de tout : de ce qu'on mange, de ce qu'on boit, et même de l'air qu'on respire. D'où des protections innombrables instaurées contre tout. A un tel point que, par manière de boutade, je me moquais de tous ceux et de toutes celles qui tienne à vivre – ou à survivre – dans ce que j'appelais « la civilisation du préservatif ».

 

Or, je suis depuis quelques jours sur le chemin de la conversion. Il faut que je vous raconte ce qui m'est arrivé. Dimanche dernier, l'émission de chaque dimanche, « Le Jour du Seigneur », sur la 2, inaugurait une nouvelle formule avec un entretien d'une demi-heure. David, le présentateur sympathique et compétent, recevait une religieuse qui donne des cours d'écologie dans de grandes écoles, l'ESSEC, ou Centrale, par exemple, ainsi qu'un photographe réputé, Yann Artus-Bertrand. Ce dernier vient de publier une édition de Laudato-si, le livre du pape François consacré à l'écologie, livre qu'il a illustré de ses photographies.

 

Par pure curiosité, j'ai suivi cette émission... et j'ai été séduit. C'était une réflexion à trois, bien documentée, bien sûr, mais riche surtout de convictions qui n'avaient rien de cérébral. Pas des idées en l'air, mais des faits, bien étayés, capables d'ébranler mes propres convictions . Une remarque, particulièrement, au cœur du débat, m'a frappé, m'expliquant que ce qui compte, ce n'est pas de penser, ou de parler, mais de faire. D'autres réflexions m'ont obligé à des remises en question radicales. Je vous cite ce que j'ai retenu : « On vit dans une religion de la croissance, qui risque d'être destruction de la vie », ou encore : « Aujourd'hui, on gaspille, on jette, on ne répare plus rien ». Et enfin cette remarque de Jean Vanier : « Ce n'est pas tellement de l'argent dont les gens ont besoin, mais d'abord de reconnaissance ».

 

Depuis dimanche, je m'interroge. Ces gens réfléchis, compétents, qui tranquillement sont capables de m'annoncer comme possible, dans un avenir proche, la fin du monde. Des gens équilibrés qui m'invitent à réformer mes propre manières de vivre, humblement, mais résolument, par de tout-petits gestes. Des gens qui ne sont ni des illuminés, ni des prédicateurs, qui ont eux-mêmes ajusté leurs manières de vivre à ce qu'ils pensent et prédisent, voilà ce qui me pousse à m'interroger. En commençant, humblement, à ne gaspiller ni l'électricité ni le chauffage.

 

Et merci, grand merci, au « Jour du Seigneur » (le dimanche à 10h30, sur la 2 )

 

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Dimanche 6 janvier 2019

 

Mireille,

 

C'est aujourd’hui l’Épiphanie. Je ne sais pas si cette appellation officielle est la plus employée. On parle plus volontiers de la Fête des Rois. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle est très populaire. Un sondage réalisé en 2014 indique que 97% des Français fêtent l’Épiphanie. Probablement sans savoir ce que signifie le mot Épiphanie.

Le mot originel grec, épiphaneia, c'est une manifestation. De quelle manifestation s'agit-il ? Essentiellement, de Dieu qui se manifeste au monde en la personne de son Fils. C'est pourquoi dans les Églises orientales, on parle de Théophanie, littéralement manifestation de la divinité. Quoiqu'il en soit, l'appellation officielle est devenue tellement populaire qu'elle a donné naissance à un prénom, Tiphaine, ou Tiffany (importée d'Angleterre.)

Vous le savez sans doute, c'est par la belle histoire des Mages que Matthieu dans son évangile nous a transmis la révélation de cette manifestation en ce qu'elle a d'universel. Il nous présente ces mages – sans doute tout à la fois sages, prêtres de la religion perse, savants, devins et magiciens – venant de l'Orient, pour qui l'avenir est écrit dans les étoiles. Donc, à ses yeux, des païens. Or c'est à ces païens – et non pas aux Israélites à qui avait été révélé Jahveh dans une première alliance - qu'est manifesté le vrai Dieu en la personne d'un bébé.

Universalité de la manifestation de Dieu aux hommes. C'est ce que nous professons lorsque nous chantons le Credo : « Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Le mot catholique , en grec katholikos, veut dire universel. Il ne faudrait pas dire cette profession de foi comme signe d'un particularisme religieux – catholique étant différent des orthodoxes, des protestants, des autres Eglises chrétiennes. Les protestants, qui ont la même profession de foi que les catholiques, ont donc pleinement raison de dire : « Je crois en l’Église une, sainte, universelle et apostolique »

Ah, si seulement nous pouvions manifester, personnellement et collectivement, cette complète ouverture aux autres. Non seulement aux autres chrétiens, mais à tous, croyants et incroyants, tous, enfants de Dieu. Je vous souhaite de devenir réellement catholique.

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Jeudi 3 janvier 2018

 

Mireille,

 

J'espère que vous êtes bien réveillée et que, déjà, vous êtes remise de vos fatigues festives. Vous avez sans doute bien démarré cette nouvelle année ! C'est pourquoi, personnellement, je tiens, pour exprimer ce matin les vœux que je formule pour vous, à reprendre l'antique souhait : « Bonne année, bonne santé, et le Paradis à la fin de vos jours ».

 

Pour une part, cette année qui commence dépend de ce que nous en ferons. Mais pour une autre part, cela ne dépend pas de nous. « C'est le Destin », disaient les anciens philosophes stoïciens grecs, qui établissaient toute leur philosophie sur cette distinction entre ce qui est dépendant de nous et ce qui est indépendant de notre volonté.

 

Ce que nous en ferons, de ces 365 jours ? Cela dépend de chacun. Je souhaite simplement que nous puissions bien remplir chacune de nos journées de paix, d'amour, d'attention aux autres et de joie. Le Paradis ? Oui, mais n'attendons pas la fin de nos jours. Le Paradis aujourd'hui et demain, voilà ce que je vous souhaite. Comme le chantait le Père Duval : « Ton ciel se fera sur terre avec tes bras ». Chaque jour peut être le Paradis.

 

Quant à ce qui est indépendant de nous... ! Je ne crois pas au « Destin » comme à une puissance maléfique ou bénéfique. Je ne crois pas non plus à la Fatalité. Je ne chanterai jamais « C'est écrit dans le ciel ». Il y a ainsi, dans chacune de nos vies, des interrogations auxquelles je n'ai pas de réponse. Par contre, je crois à la Providence ; à l'amour du Père pour qui « pas un moineau ne tombe sans sa permission », dit Jésus, sous forme de paradoxe. Et il ajoute : « N'ayez donc pas peur. Vous valez plus que tous les moineaux ». Je vous souhaite de vivre cette confiance en l'amour du Père. Et donc d'avoir le courage de tenir debout même dans l'adversité. Dieu veille, il a souci de ses enfants.

 

Bien ! Sur ces pieuses considérations, je m'arrête. Je vais maintenant, comme chaque matin, célébrer l'Eucharistie. Vous serez présents à ma prière, vous et tous mes amis de par le vaste monde. « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ; qu'il fasse briller sur vous son visage, qu'il se penche vers vous et qu'il vous apporte la paix » . (Livre des Nombres 6, 22-27)

 

 

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