pa  LETTRE A MIREILLE   pi


                           et à toutes mes amies, à tous mes amis de par le monde.

 

 

 

Jeudi 17 janvier 2019

Mireille,

Quel remarquable polémiste que Jésus ! Plus je fréquente l’Évangile, plus je m'émerveille de la capacité qu'il avait, non seulement de répondre à ses contradicteurs, mais de leur clouer le bec.  J'en étais encore ce matin dans l'admiration, en lisant l'évangile . Voilà que les disciples de Jean-Baptiste s'unissent aux pharisiens pour reprocher à Jésus le comportement de ses propres disciples ; alors que les premiers adoptent toutes sortes de pratiques de dévotion, dont de fréquents jeûnes, les disciples du jeune Maître, eux, se dispensent de toutes ces pratiques. Ils mangent, ils boivent comme tout le monde, ils acceptent les invitations diverses, et même celles des mécréants. Bref, leur religion, telle que la préconise Jésus, est débarrassée de ces obligations qui caractérisent les groupes religieux de leur époque. Plus de prescriptions alimentaires, et même, bientôt, ils en viendront à violer la sacro-sainte loi du Sabbat. Au grand scandale des hommes religieux.

Jésus défend l'attitude libérée de ses disciples : ils ont avec eux un Maître qui se présente comme un jeune marié, et c'est le moment de faire la noce. Il ajoute que ça ne durera pas toujours. Puis il contre-attaque : ce "vin nouveau" qu'est sa propre parole fera éclater les vieilles outres que sont les pratiques anciennes de la religion. Tout va sauter. En d'autres termes, Jésus annonce la radicale nouveauté de son enseignement. Étymologiquement - rappelez-vous - le mot Évangile veut dire "bonne nouvelle", quelque chose de nouveau, quelque chose de neuf. Un vin nouveau. Pour l'accueillir, il faut des outres neuves. Plus de pratiques anciennes, plus de ces formes vieillies de la religion. L’Évangile ne s'enferme pas dans une religion, il la transforme de l'intérieur. Si nous en restons à la vieille religion, quelle idée nous faisons-nous de Dieu ? Est-ce bien celui à qui Jésus dit ; "Papa" ? Comme mon Dieu devient beau lorsqu'il ne se préoccupe plus du genre de viande ou de vin qu'il y avait sur ma table, du nombre et du moment de mes prières et génuflexions !

Le pape Jean XXIII lança un jour le mot « Aggiornamento », mot italien signifiant « mise à jour ». C'est que, bien après pharisiens et disciples de Jean, de vieilles outres pratiquaient encore une religion foisonnant de dévotions diverses, capables d'obstruer « la religion sincère et sans reproche aux yeux de Dieu notre Père : prendre soin des orphelins et des veuves en détresse et ne pas se laisser contaminer par le monde. » (Lettre de Jacques 1, 27)  Il y eut donc le Concile Vatican II qui entreprit de rajeunir l’Église. Il y réussit dans une certaine mesure, mais il reste encore beaucoup à faire. Rien n'est jamais acquis définitivement. Il faut nous garder de tout ce vieillissement, de cette sclérose qui nous guette. A vin nouveau, outres neuves.

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Dimanche 13 janvier 2019
 
Mireille,
 
Un jour, on demandait à Einstein s'il croyait en Dieu. Il répondit : « Dites-moi d'abord ce que vous mettez derrière le mot Dieu ».  La réponse est importante. Sous le mot « Dieu », en effet, on a mis tout et n'importe quoi. Pour certains de nos contemporains (pour nous limiter à eux) il y a derrière le mot Dieu l'image d'un être implacable, d'un justicier incorruptible, qui vous fera payer un jour toutes vos incartades. Pour d'autres, au contraire, Dieu est la bonté même, d'une bonté telle qu'il ferme les yeux sur toutes les fautes que vous pouvez commettre. Il y a ceux qui pensent un Dieu indifférent à toute l'aventure humaine et ceux qui le prient avec ferveur comme s'il était une espèce de magicien disposé à réparer toutes les malfaçons de la nature. Dites-moi ce que vous mettez derrière le mot Dieu.
J'aime beaucoup, personnellement, l'affirmation deux fois répétées de saint Jean - la première fois dans son Evangile, et la deuxième fois dans sa première Lettre - selon qui « Dieu, personne ne l'a jamais vu. ».Dans son Évangile il poursuit : « mais le Fils nous l'a fait connaître ». Autrement dit : tu veux savoir qui est Dieu : regarde Jésus. A plusieurs reprises l’Écriture nous déclare même que Jésus est l'image visible du Dieu invisible. Voilà donc une première manière de connaître Dieu. Dans sa première lettre (chapitre 4, versets 11-18), Jean nous indique une autre manière, plus engagée, moins intellectuelle, plus personnelle : tu veux connaître Dieu ? apprends à aimer. Si tu aimes les gens, Dieu demeure en toi. Pas besoin d'aller le chercher ailleurs, dans un ciel lointain : il est là, qui anime toute ta vie.
Connaissez-vous l'histoire de ce petit garçon de dix ans qui allait bien souvent attendre son papa à la sortie de son travail dans une mine du nord de la France. C'était à l'époque où les mines étaient encore en pleine activité. Il était là, à attendre. Les hommes sortaient, le visage tout noir de la poussière de charbon.  Un mineur passe et lui demande ce qu'il fait là. Le gosse répond : « J'attends mon papa ». Et l'homme de lui déclarer, ironiquement : « Mais regarde ceux qui sortent : ton papa, tu ne le reconnaîtras pas »!  Alors le petit garçon de répondre : « Oui, mais lui, il me reconnaîtra ».

Je pense souvent à ce gosse, lorsque, dans ma prière du bréviaire, je  lis le psaume 139. Le connaissez-vous ? Il dit tout : « Seigneur, tu me sondes et me connais,  que je m’assoie, que je me lève, tu le sais.... C’est toi qui as créé mes reins,  qui m’as tissé dans le sein de ma mère.  Je t’admire pour cet étonnant mystère, l'être étonnant que je suis ». Dieu, je ne peux rien dire de lui. Je ne le connais pas. Mais lui me connaît, car il m'aime.

 

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Jeudi 10 janvier 2019

 

Mireille,

 

Est-ce que vous êtes écolo ? Moi personnellement, je ne le suis pas. Du moins jusqu'à ces premiers jours de l'année. Jusqu'ici, je me moquais volontiers de celles et ceux que je qualifiais de « petits doux rêveurs » et de fomenteurs de peurs en tous genres. Pour moi, en effet, une vie dans laquelle on cherchait à éviter tous les risques n'était pas une vie pleine et entière. Bien au contraire, la vraie vie est une vie risquée. Au contraire, on a peur de tout : de ce qu'on mange, de ce qu'on boit, et même de l'air qu'on respire. D'où des protections innombrables instaurées contre tout. A un tel point que, par manière de boutade, je me moquais de tous ceux et de toutes celles qui tienne à vivre – ou à survivre – dans ce que j'appelais « la civilisation du préservatif ».

 

Or, je suis depuis quelques jours sur le chemin de la conversion. Il faut que je vous raconte ce qui m'est arrivé. Dimanche dernier, l'émission de chaque dimanche, « Le Jour du Seigneur », sur la 2, inaugurait une nouvelle formule avec un entretien d'une demi-heure. David, le présentateur sympathique et compétent, recevait une religieuse qui donne des cours d'écologie dans de grandes écoles, l'ESSEC, ou Centrale, par exemple, ainsi qu'un photographe réputé, Yann Artus-Bertrand. Ce dernier vient de publier une édition de Laudato-si, le livre du pape François consacré à l'écologie, livre qu'il a illustré de ses photographies.

 

Par pure curiosité, j'ai suivi cette émission... et j'ai été séduit. C'était une réflexion à trois, bien documentée, bien sûr, mais riche surtout de convictions qui n'avaient rien de cérébral. Pas des idées en l'air, mais des faits, bien étayés, capables d'ébranler mes propres convictions . Une remarque, particulièrement, au cœur du débat, m'a frappé, m'expliquant que ce qui compte, ce n'est pas de penser, ou de parler, mais de faire. D'autres réflexions m'ont obligé à des remises en question radicales. Je vous cite ce que j'ai retenu : « On vit dans une religion de la croissance, qui risque d'être destruction de la vie », ou encore : « Aujourd'hui, on gaspille, on jette, on ne répare plus rien ». Et enfin cette remarque de Jean Vanier : « Ce n'est pas tellement de l'argent dont les gens ont besoin, mais d'abord de reconnaissance ».

 

Depuis dimanche, je m'interroge. Ces gens réfléchis, compétents, qui tranquillement sont capables de m'annoncer comme possible, dans un avenir proche, la fin du monde. Des gens équilibrés qui m'invitent à réformer mes propre manières de vivre, humblement, mais résolument, par de tout-petits gestes. Des gens qui ne sont ni des illuminés, ni des prédicateurs, qui ont eux-mêmes ajusté leurs manières de vivre à ce qu'ils pensent et prédisent, voilà ce qui me pousse à m'interroger. En commençant, humblement, à ne gaspiller ni l'électricité ni le chauffage.

 

Et merci, grand merci, au « Jour du Seigneur » (le dimanche à 10h30, sur la 2 )

 

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Dimanche 6 janvier 2019

 

Mireille,

 

C'est aujourd’hui l’Épiphanie. Je ne sais pas si cette appellation officielle est la plus employée. On parle plus volontiers de la Fête des Rois. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'elle est très populaire. Un sondage réalisé en 2014 indique que 97% des Français fêtent l’Épiphanie. Probablement sans savoir ce que signifie le mot Épiphanie.

Le mot originel grec, épiphaneia, c'est une manifestation. De quelle manifestation s'agit-il ? Essentiellement, de Dieu qui se manifeste au monde en la personne de son Fils. C'est pourquoi dans les Églises orientales, on parle de Théophanie, littéralement manifestation de la divinité. Quoiqu'il en soit, l'appellation officielle est devenue tellement populaire qu'elle a donné naissance à un prénom, Tiphaine, ou Tiffany (importée d'Angleterre.)

Vous le savez sans doute, c'est par la belle histoire des Mages que Matthieu dans son évangile nous a transmis la révélation de cette manifestation en ce qu'elle a d'universel. Il nous présente ces mages – sans doute tout à la fois sages, prêtres de la religion perse, savants, devins et magiciens – venant de l'Orient, pour qui l'avenir est écrit dans les étoiles. Donc, à ses yeux, des païens. Or c'est à ces païens – et non pas aux Israélites à qui avait été révélé Jahveh dans une première alliance - qu'est manifesté le vrai Dieu en la personne d'un bébé.

Universalité de la manifestation de Dieu aux hommes. C'est ce que nous professons lorsque nous chantons le Credo : « Je crois en l’Église une, sainte, catholique et apostolique ». Le mot catholique , en grec katholikos, veut dire universel. Il ne faudrait pas dire cette profession de foi comme signe d'un particularisme religieux – catholique étant différent des orthodoxes, des protestants, des autres Eglises chrétiennes. Les protestants, qui ont la même profession de foi que les catholiques, ont donc pleinement raison de dire : « Je crois en l’Église une, sainte, universelle et apostolique »

Ah, si seulement nous pouvions manifester, personnellement et collectivement, cette complète ouverture aux autres. Non seulement aux autres chrétiens, mais à tous, croyants et incroyants, tous, enfants de Dieu. Je vous souhaite de devenir réellement catholique.

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Jeudi 3 janvier 2018

 

Mireille,

 

J'espère que vous êtes bien réveillée et que, déjà, vous êtes remise de vos fatigues festives. Vous avez sans doute bien démarré cette nouvelle année ! C'est pourquoi, personnellement, je tiens, pour exprimer ce matin les vœux que je formule pour vous, à reprendre l'antique souhait : « Bonne année, bonne santé, et le Paradis à la fin de vos jours ».

 

Pour une part, cette année qui commence dépend de ce que nous en ferons. Mais pour une autre part, cela ne dépend pas de nous. « C'est le Destin », disaient les anciens philosophes stoïciens grecs, qui établissaient toute leur philosophie sur cette distinction entre ce qui est dépendant de nous et ce qui est indépendant de notre volonté.

 

Ce que nous en ferons, de ces 365 jours ? Cela dépend de chacun. Je souhaite simplement que nous puissions bien remplir chacune de nos journées de paix, d'amour, d'attention aux autres et de joie. Le Paradis ? Oui, mais n'attendons pas la fin de nos jours. Le Paradis aujourd'hui et demain, voilà ce que je vous souhaite. Comme le chantait le Père Duval : « Ton ciel se fera sur terre avec tes bras ». Chaque jour peut être le Paradis.

 

Quant à ce qui est indépendant de nous... ! Je ne crois pas au « Destin » comme à une puissance maléfique ou bénéfique. Je ne crois pas non plus à la Fatalité. Je ne chanterai jamais « C'est écrit dans le ciel ». Il y a ainsi, dans chacune de nos vies, des interrogations auxquelles je n'ai pas de réponse. Par contre, je crois à la Providence ; à l'amour du Père pour qui « pas un moineau ne tombe sans sa permission », dit Jésus, sous forme de paradoxe. Et il ajoute : « N'ayez donc pas peur. Vous valez plus que tous les moineaux ». Je vous souhaite de vivre cette confiance en l'amour du Père. Et donc d'avoir le courage de tenir debout même dans l'adversité. Dieu veille, il a souci de ses enfants.

 

Bien ! Sur ces pieuses considérations, je m'arrête. Je vais maintenant, comme chaque matin, célébrer l'Eucharistie. Vous serez présents à ma prière, vous et tous mes amis de par le vaste monde. « Que le Seigneur vous bénisse et vous garde ; qu'il fasse briller sur vous son visage, qu'il se penche vers vous et qu'il vous apporte la paix » . (Livre des Nombres 6, 22-27)

 

 

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