Leon       Lettre à Mireille        Mains jointes

et à toutes mes amies, à tous mes amis de par le monde.

 

23 juillet - Une fois de plus, je suis piraté. Peut-être avez-vous reçu de moi un faux appel, ce matin. Veuillez ne pas en tenir compte et, surtout, ne pas y répondre. Rassurez-vous, je poursuis, avec mes vacances, ma rééducation fonctionnelle. Je vous souhaite un bel été, plein de soleil. A bientôt. Léon Paillot

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Dimanche 8 juillet 2018

Mireille,

Ai-je donc été trop présomptueux ? En vous écrivant jeudi dernier, quelques heures après mon retour d’une nouvelle hospitalisation, je vous promettais de pouvoir reprendre mes activités à votre service. Or, depuis, je me suis rendu compte de ma difficulté à me servir comme auparavant de cet ordinateur et de son clavier. Pour rédiger quelques lignes, il me faut des heures et quantité de ratures. Ce qui était jusqu’ici un plaisir est devenu servitude. Aujourd’hui j’apprends les contraintes du grand âge, quand il subit les conséquences d’un AVC malencontreux. Rendez-vous compte : il m’a fallu vingt minutes pour rédiger ce petit paragraphe !

Que faire ? Se résigner ? Jamais. Alors, comment y remédier ? On verra. Heureusement, comme tous les bons écoliers, j’entame le mois de juillet dans la perspective des vacances. Je  mettrai donc en vacances cette lettre que je vous adresse deux fois par semaine jusqu’au début de septembre. Quant aux homélies de chaque semaine, comme certaines sont déjà rédigées, j’espère pouvoir en continuer la publication chaque semaine de ces mois d’été.

Voilà ! A vous, Mireille, et à tous mes amies et amis lecteurs, je souhaite de passer de bonnes et fructueuses vacances.

Léon

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 Jeudi 5 Juillet 2018

Bonjour ! Me voici de retour, après un séjour de 12 jours à l'hôpital. Ouf. Heureux, très heureux de pouvoir retrouver, avec ma chère demeure, enfin, la liberté. J'ai fait un AVC dont le signe est une déficience de la vision : je ne vois plus l'extrême droite, ce qui perturbe passablement ma manière de voir et de me diriger, entre autres choses. L'essentiel est que je puisse de nouveau communiquer avec vous. Ma première occupation, à mon retour, fut de vous adresser, avec cette "Lettre", l'homélie pour dimanche prochain.

J'espère pouvoir continuer ma tâche. Et dans cet espoir, je vous redis mon attachement fraternel.

Léon

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Cette semaine, pas de lettre à Mireille. L'auteur est hospitalisé.

 

 

Jeudi 21 juin 2018

Mireille,

« Ce devoir de mémoire dont on nous rebat les oreilles (alors que justement l'ignorance en matière historique est crasse et soigneusement entretenue par nos élites) me paraît poser plus de questions qu'il ne nous donne de réponse.. » Telle est la conclusion du message d'un de nos sympathiques correspondants. Se rappelant l'histoire de sa famille, ou du moins ce qu'il en sait, il reste très sceptique en ce qui concerne le « devoir de mémoire ». Et de se poser la question : de quelle mémoire s'agit-il ? Je le cite encore : « J'habite à présent en Limousin, terre d'Oradour sur Glane. Quelle mémoire commémorer ? Celle de français alsaciens enrôlés de force dans la SS et qui ont participé à un massacre ? Celle des civils massacrés qui ne verront pas les bourreaux punis pour cause d'unité nationale ? ». Il raconte comment la soi-disant « mémoire » peut être déformée par les témoins, pour faire des autres, soit des victimes, soit des bourreaux, soit des traîtres, soit des héros.

Et c'est vrai ! Rien de plus déformable que le souvenir. Cherchez dans votre propre expérience : je suis certain que vous aurez des exemples de ces jours où vous racontez tel événement, selon les circonstances ou selon vos interlocuteurs, soit en noircissant les faits, soit en les enjolivant. Donc, toute mémoire est faillible. Bien plus, lorsqu'on relate des faits anciens, ce n'est jamais neutre. On aurait ainsi tendance à faire des Français de 1940 à 1945 un peuple de pétainistes au début et un peuple de résistants à la fin, ce qui est pour le moins une appréciation sommaire. Et tout le monde sait bien qu'en littérature il existe un style épique, dont l'Iliade, l'Odyssée, la Chanson de Roland sont de beaux exemples, où la part de vérité historique est bien minime.

Et pourtant, il est nécessaire de « faire mémoire ». Pour les individus comme pour les peuples. Comme pour notre Eglise. Mais le « devoir de mémoire » ne se limite pas à rappeler le passé. Il sert à vivre son présent et à envisager notre avenir. « Pour moi, plus qu'un devoir de mémoire, c'est la certitude que chacun d'entre nous peut devenir une bête immonde qui doit être inculquée », conclut notre ami. Certes. Mais ce n'est qu'une seule possibilité qui est envisagée. Il y a d'autres alternatives. En particulier, j'ajouterais simplement que le passé est aussi une leçon. Il peut nous apprendre à dépasser tout ce qu'il y a d'inhumain en chacun de nous, pour devenir chaque jour plus fraternel.

A chacun de nous d'y travailler.

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Dimanche 17 juin 2018

Mireille,

"...notre vieux curé, jamais à court d'indulgence, lui."

Ces simples mots terminent une triste histoire, relatée par un de mes quotidiens préférés. L'histoire d'une jeune femme, enfant de l'Assistance publique, employée au "château" abandonné par ses propriétaires en 1940, et qui continua à y travailler comme bonne lorsque le château fut occupé par les officiers de l'armée allemande. Rien ne permet de penser qu'elle fit autre chose que son travail de bonne. Mais un dimanche d'août 1944, sur le parvis de l'église, à la sortie de la messe, la jeune femme fut tondue et exposée aux injures, promise au déshonneur. Elle se laissa mourir, quelques mois plus tard. "Le chagrin de son mari, de retour d'Allemagne après quatre ans de captivité, au bord du trou, dans le cimetière, n'eut d'autre témoin que notre vieux curé, jamais à court d'indulgence, lui ", écrit le témoin de cette triste histoire.

"Jamais à court d'indulgence !" Quel beau compliment. Je voudrais bien qu'on en dise autant de moi, autant de vous, autant de chacun et de chacune de nous. Que le monde serait beau, alors ! C'est curieux de remarquer que le mot Indulgence possède quantité de synonymes. On parle équivalemment de bienveillance, de bonté, de compréhension, d'humanité, de miséricorde, de tolérance ou de charité. Quand je pense que certains voient dans cette attitude une certaine faiblesse ! Pour moi, je pense qu'il faut être très fort pour être toujours indulgent. Parfois à l’égard de qui le mérite, mais parfois aussi simplement à l’égard de qui en a besoin.

Simplement, il faut être humain. Nous vivons dans un monde où l'on ne se pardonne rien. On croit être humain quand on est dur ! Bien vite, les hommes deviennent cruels et même féroces. Inhumains. J'ai eu la chance de fréquenter, à une certaine époque de ma vie, un prêtre qui, comme le "vieux curé" dont parle le journaliste, n'était jamais à court d'indulgence. Pourtant, il en avait connu, des revers, dans son existence et particulièrement dans son ministère. Et certains de ses amis lui reprochaient même d'être trop bon ! Je dois pourtant témoigner : je ne l'ai jamais entendu dire du mal de quelqu'un ; et je crois même qu'il n'en pensait pas. Toujours prêt à excuser même l'inexcusable. Au début, j'en étais souvent irrité. Mais au long des années, j'ai modifié mon jugement. Je crois bien qu'il ressemblait un peu à Dieu, "qui fait luire son soleil sur les méchants comme sur les bons."

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Jeudi 14 juin 2018

Mireille,

Il y a quelques jours, nous évoquions avec quelques amis, nos années de jeunesse. Or il y avait là un jeune homme qui m'a posé la question : "Mais pourquoi vous vous êtes fait prêtre ?" Et j'ai été bien embarrassé pour lui répondre.

Bien souvent, cette question, on me l'a posée. C'était plus facile d'y répondre autrefois. Mais depuis une bonne trentaine d'années, j'ai l'impression d'une sorte d'incommunicabilité qui s'instaure entre mes jeunes interlocuteurs et moi. Autrefois, je parlais de réponse à un appel, j'osais dire vocation, générosité, don de soi. Toutes ces valeurs étaient parfaitement intelligibles et admises comme allant de soi par les gens de ma génération. Aujourd'hui, j'ai l'impression que cela paraît terriblement démodé, voire inacceptable. En tout cas, l'autre jour, je sentais presque physiquement que mes explications demeuraient incompréhensibles pour mon jeune interlocuteur.

Notre génération a grandi dans le respect de nos pères qui venaient de terminer la première guerre mondiale. Même s'ils étaient personnellement discrets, les journaux, les revues, les livres exaltaient leurs exploits. Qui de nous n'a pas vibré au souvenir de ces premiers as de l'aviation naissante, qui se conduisaient face à l'ennemi en parfaits "chevaliers du ciel" ! On rêvait de les imiter un jour. On osait parler d'héroïsme. Bergson vantait "l'appel du héros et du saint". Nous étions portés dans un tel climat que la générosité, l'esprit de sacrifice et le don de soi paraissaient naturels à toute âme bien née !

Il m'est arrivé de dire, par manière de boutade, que je me sentais parfois, aujourd'hui, un vrai dinosaure. Et je pensais de nouveau à cela avant-hier, alors que la télé rapportait un épisode glorieux des derniers jours de la guerre de 14-18. En juin 1918, un régiment de jeunes américains qui venaient de débarquer en France fut expédiés sur le front, du côté de Verdun, avec mission de défendre coûte que coûte un bout de terrain. Ils n‘avaient aucun expérience du genre de combat qui les attendait ; Et ils se battirent avec détermination ; la plupart y furent tués, mais leur générosité fut un des importants atouts de la victoire finale. Pourquoi y a-t-il eu tant de volontaires pour venir libérer un continent dont ils savaient peu de chose et lutter contre une idéologie dont ils ignoraient tout ? On leur eût parlé alors d'héroïsme, ils auraient trouvé cela bien grandiloquent, sans doute. Par contre, on pouvait leur parler de "devoir" : çà, ils connaissaient. Pour eux, tout cela était bien naturel.

Nous sommes de la même génération et nous avons été portés par le même appel. "De nos jours, serions-nous aussi courageux", se demandait avant-hier, publiquement, un homme politique. Je le souhaite.

 

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Dimanche 10 juin 2018

Mireille,

La guerre - toute guerre - est une horreur. Quand un pape crie "Plus jamais la guerre !" il se fait simplement l'écho des milliards d'êtres humains qui l'ont connue, ou qui la subissent, aujourd'hui encore. La guerre est une horreur : dans la plupart des cas, elle transforme les humains en bêtes féroces, capables de toutes les turpitudes. Je ne sais pas si les guerres "en dentelle" du XVIIIe siècle faisaient preuve de plus d'humanité, quand le général, s'adressant à l'ennemi, s'écriait : "Messieurs les Anglais, tirez les premiers !". Même s'il y avait certaines formes d'élégance et de courtoisie, il y avait des morts. Et en deux siècles, on a fait simplement des "progrès" fulgurants en la matière en inventant des moyens de destructions massives.

Ces temps-ci, nous sommes inondés de récits de massacres, de raids meurtriers, de violence en tous genres. Tous plus horribles les uns que les autres. Des centaines de victimes civiles, plus nombreuses que les combattants. Et les images qu'on nous montre me font frémir. C'est pourquoi, hier soir, avant de m'endormir, j'ai été particulièrement heureux de lire dans mon journal le récit de Georgette, qui avait sept ans lorsqu'elle s'est trouvée avec sa famille en plein milieu de la bataille de Normandie : "Nous étions cachés dans une grange quand j'ai entendu ma mère crier qu'ils allaient se tuer. Alors, malgré son interdiction, je me suis approchée pour aller voir. Dans le champ, un soldat allemand et un soldat américain avançaient parallèlement, accroupis et cachés l'un de l'autre par une haie. Tout à coup, ils se sont relevés et se sont vus. Ils ont été comme pétrifiés, et puis tout d'un coup, ils se sont serrés la main et ont continué leur chemin."

Deux hommes qui se regardent et qui, d'un seul coup, ne voient plus, en face d'eux, un ennemi, mais simplement un autre humain ! Ah, si tous les hommes, toutes les nations de la terre pouvaient, ce matin, "se relever", se regarder, et voir, en face d'eux, non pas des juifs, des musulmans, des chrétiens, des noirs ou des blancs, mais simplement de pauvres humains !

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Jeudi 7 juin 2018

Mireille,

Beaucoup de nos aimables correspondants m'écrivent au sujet des homélies que je publie chaque semaine sur ce site. Certains pour m'en remercier, d'autres pour approuver tel ou tel propos, d'autres, parfois, me font dire des choses que je n'ai pas dites ou même que je ne pense pas. Mystère de la "communication" ! Trop rares sont celles ou ceux qui contestent, critiquent, expriment leur désaccord. C'est dommage, car c'est du choc des idées que peut venir un progrès.

Tout ceci pour vous dire que, cette semaine, j'ai eu l'agréable surprise de lire, sous la "plume" d'une correspondante, ces sympathiques remarques : " J'ai une approche beaucoup moins "raisonneuse" que vous de la TRINITE. Je ne me pose pas de question puisque de toute façon personne ne peut y répondre. Quand nous verrons Dieu, le Christ et le Saint-Esprit au dernier jour, je suis sûre que ce "mystère" sera d'une grande simplicité. Votre homélie m'a parue très "technique" (pardon d'être aussi sévère). Par contre le dernier paragraphe m'a beaucoup plu : "si nous ne sommes pas amour, nous ne sommes pas". Quel dur objectif ! "

Et c'est vrai ! Quelle idée aussi, de nous pousser à parler de ce qui est au-delà de toute parole ! Et même, à la limite, quelle idée d'avoir inventé une fête liturgique de la Sainte Trinité (qui ne date que du XIVe siècle ! Un autre de mes correspondants, qui doit être très fort en science liturgique, me faisait remarquer, il y a quelques mois, que toutes les fêtes de l'année liturgique se rapportaient à des événements (Noël, Pâques, Pentecôte, par exemple) et non à des concepts théologiques. C'est (relativement) récent, et bien peu traditionnel, d'avoir instauré la fête de la "miséricorde divine" ou celle du "Coeur immaculé de Marie."

Donc, je crois qu'il est bon de rejoindre le propos de notre aimable correspondante, en cette fête de la Trinité. Il s'agit de rejoindre le "divin" qui se révèle don de soi. "En fait nous entrons dans la communion divine chaque fois que nous créons avec d'autres des liens authentiques. On se souvient de ce chant très ancien: "Là où se trouvent la charité et l'amour, là se trouve Dieu", ou encore de ces paroles de Jésus: "Quand deux ou trois sont réunis en mon nom, je suis là, au milieu d'eux".

Alors, là, tout est dit. Et c'est vital.

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Dimanche 3 juin 2018

Mireille,

La Journée de la Fraternité ! Il y a quelques années, elle était célébrée ; on en parlait. Mais je croyais qu’elle était disparue de nos célébrations nationales. Or voici que mon journal, ce matin, nous parle de « la semaine de la Fraternité et du vivre-ensemble ». C’est donc que cette célébration existe encore. Et qu’elle prend de l’ampleur, puisqu’il ne s’agit plus seulement d’une journée, mais d’une semaine. Il faut reconnaître que c'est une bonne idée, où chacun peut faire preuve d'imagination et de cordialité pour inciter les voisins à se retrouver autour d'un "pot" ou d'un véritable repas. Vous me direz, bien sûr, que l'idée n'est pas neuve, puisque Fraternité est l'un des trois maîtres mots de notre République depuis la Révolution. Seulement, comme me le disait un de mes oncles autrefois : "Fraternité Point". Et c'est vrai que dans nos sociétés urbaines où vit "la foule solitaire" (selon le titre du bouquin d'un sociologue américain) le problème de l'absence de relations est souvent un fait dramatique. Je pense à tous ces hommes, toutes ces femmes dont j'ai eu à célébrer les obsèques, qui étaient morts seuls dans leur appartement, sans que personne ne s'en rende compte et dont on retrouvait les cadavres décomposés, parfois des semaines plus tard.

Mon journaliste, lui, entreprend aujourd’hui, pour parler de cette semaine nationale, de « prendre des mots creux pour en faire des mots creusés ». Et il ajoute : « Vous savez, la fraternité, c’est difficile. Voyez les fratries qui, depuis Abel, vont toutes cahin-caha… » Pourtant, personnellement, je rêve d'un monde où toutes les journées seraient des journées de la fraternité. Non seulement entre voisins, mais sur nos lieux de travail, dans les magasins, et également... dans nos familles. Est-ce trop demander ? Il faut commencer par le commencement. Il n'y aura pas de paix possible entre nations, entre civilisations ni entre religions, si on ne commence pas par "balayer devant sa porte" : balayer toutes les séquelles de disputes, de non-dits, de rancunes ancestrales.

Une réflexion d'un évangéliste allemand, citée par le Dr Robinson, m'avait beaucoup frappé en son temps. Je la cite : " Comment puis-je trouver un Dieu de grâce ? Cette question amena les hommes à chercher désespérément une réponse. (...) Elle produisit des croisades et des guerres. Cette quête les empêchait de dormir. Est-ce que beaucoup de gens demeurent éveillés aujourd'hui pour trouver une réponse à cette question ? Nous ne nous posons plus la question. Mais une question différente nous hante aussi. Elle agite des nations entières. Comment puis-je trouver un voisin aimable ?"

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Jeudi 31 mai 2018

 

Mireille,

 

Dimanche dernier, dans ma lettre habituelle, je vous citais Confucius qui déclara un jour que « si j’étais empereur de Chine, je prendrais un décret pour définir les mots ». Ceci à propos du baptême. A la réflexion, ce propos du sage chinois peut tout autant s’appliquer au mot « mariage ». Une réalité à propos de laquelle règne de nos jours une grande confusion.

Que n'ai-je pas entendu à propos du mariage ! Il n'y a pas si longtemps, il était de bon ton, dans certains milieux "évolués" de critiquer le mariage comme étant une institution "bourgeoise". Si bien qu'on a assisté à une prolifération d'unions libres. Je ne parle pas de la généralisation de la cohabitation, qui n'est pas seulement "juvénile", mais qui se pratique à tout âge. Je pense surtout à celles et ceux qui prônaient l'union libre en réaction contre le mariage "institutionnel". Or voilà que, maintenant, tout le monde veut se marier, civilement ou religieusement, même les couples de même sexe. C'est pourquoi, comme Confucius, je souhaite qu'on définisse les mots.

J'ai fait une petite recherche à propos de l'institution du mariage qui, avant d'être une institution religieuse, est simplement un fait de société. Dans toutes les sociétés, on trouve des coutumes ancestrales concernant cette union. Mais savez-vous que, dans certaines cultures, on trouve, aujourd'hui encore, des mariages entre femmes ? Eh oui, cela existe, notamment dans certaines régions de l'Afrique. Il s'agit de l'union d'une femme stérile avec une jeune femme ; le couple ainsi formé se procure un serviteur qui, non seulement s'occupe de toutes les tâches matérielles du ménage, comme un véritable esclave, mais est chargé également de devenir le géniteur : les enfants seront les enfants, non du géniteur, mais de la femme stérile qu'ils appellent "père" et de sa compagne. Ce n'est qu'un cas particulier. Il y en a d'autres, nous disent les ethnologues.

Ils ajoutent que " la famille est bien un donné universel, en ce sens seulement qu’il n’existe aucune société qui soit dépourvue d’une institution remplissant partout une ou plusieurs des mêmes fonctions (unité économique de production et de consommation, lieu privilégié de l’exercice de la sexualité entre partenaires autorisés, lieu de la reproduction biologique, de l’élevage et de la socialisation des enfants). Et de conclure : " La seule relation nécessaire, qui entraîne des rapports de longue durée entre deux individus, est la maternité, c’est-à-dire le couple formé par la mère et l’enfant."

Définir les mots ! Pourquoi ne pas réserver le mot "mariage" à l'union d'un homme et d'une femme en vue de fonder une famille, et inventer un autre terme pour les unions homosexuelles ? J'ai lu dernièrement la réflexion d'un psychologue qui suggérait le mot "Alliance". C'est une suggestion. On peut en faire d'autres. L'essentiel est de bien définir les mots.

 

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Dimanche 27 mai 2018

 

Mireille,

 

J'aime rapporter fréquemment le mot de Confucius (je crois) : "Si j'étais empereur de Chine, je prendrais un décret pour définir les mots." Que de confusions, que de querelles stériles seraient ainsi évitées. On saurait enfin avec précision de quoi on parle. Bien des malentendus n'auraient plus lieu d'être. Il en est ainsi du mot "baptême".

Avant-hier, je déjeunais avec un petit groupe d’amis. Et précisément, au cours du repas, l’une des convives en vint à nous dire sa perplexité : elle était invitée, aujourd’hui même, dans sa famille, à un baptême républicain, et elle se demandait ce que cela pouvait bien signifier que cette démarche inhabituelle. A son interrogation il m’a fallu apporter une réponse.

Ce sont les législateurs qui, pendant la révolution française, ont créé, dans un but antireligieux, en même temps que le mariage civil qui doit obligatoirement précéder le mariage religieux, la pratique d’un « baptême républicain ». Sans succès pendant près de deux siècles. Ce n’est que lorsque certaines municipalités communistes de la banlieue parisienne ont mis à la mode, dans les années 1950, cette chose ignorée de tous qu'était le "baptême républicain", qu’on a entendu parler de cette nouveauté : un « baptême » à la mairie, sans eau ni vêtement blanc, mais avec inscription dans un registre spécial.

Bien vite, l'inspecteur ecclésiastique de notre Eglise protestante locale réagit, expliquant que le mot "baptême" était impropre pour définir la démarche de parents qui demandaient à la République l'enregistrement de ce qui ne pouvait être qu’un simple parrainage. Le mot "baptême" étant un mot issu du grec, qui signifie "plongeon", était totalement inadéquat pour désigner la démarche laïque. L'un de mes paroissiens, lui-même responsable de la préparation au baptême, écrivit, il y a quelques dizaines d’années, pour signaler au journal local ce que pouvait avoir d'inadaptée cette appellation. Il suggéra alors d'employer, pour désigner cette démarche devant le maire, l'appellation "parrainage républicain".

Je lisais récemment dans mon quotidien habituel un article consacré aux baptêmes chrétiens, qui signale que leur nombre tend à diminuer en France. Ce n’est pas pour autant que le nombre des « baptêmes civils » ait considérablement augmenté. Par contre, même si on ne fait pas baptiser l'enfant, même si on ne passe pas non plus devant le maire, très nombreux sont les parents qui tiennent à doter leur enfant d'un parrain et d'une marraine, en dehors de tout acte public, religieux ou civil. Reste de tradition ? Volonté d'ouvrir la cellule familiale à des proches ou à des amis ? Je ne sais. Moi, je trouve que c'est une bonne initiative.

La précision est utile car le baptême est le sacrement de la foi, l'entrée dans la Communauté des croyants. Pour qu'il ne devienne pas qu'une séquelle d'anciennes traditions plus ou moins superstitieuses, il est important de clarifier les choses et donc de réserver le mot "baptême" à la démarche de foi, même si cette foi des parents n'est qu'incertaine. Et l’enfant, dans tout cela ? « Il choisira quand il en aura l’âge », me disent les parents. D’accord ! A condition qu’on lui donne les éléments qui lui seront nécessaires pour qu’il puisse faire un choix raisonnable et éclairé.

C’est une question de sincérité. Il serait malhonnête, celui qui, se déclarant incroyant, ferait baptiser ses enfants simplement pour faire plaisir à la famille, comme celui qui leur imposerait ses propres opinions. Certes, nous ne sommes pas une Eglise de "purs", mais une Eglise de gens en marche vers la Vérité. Alors, soyons vrais.

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Jeudi 24 mai 2018

Mireille,

L'éphéméride que je consulte chaque matin m'apprenait, hier, que le 23 mai 547 avait eu lieu la consécration de l'église saint Vital de Ravenne. Quelle idée, me direz-vous, de rappeler, entre tant de commémorations quotidiennes d'événements importants de notre histoire, le souvenir de la consécration d'une église qui, pour être célèbre, n'en est pas moins inconnue de la plupart de nos contemporains ! La phrase qui accompagnait le rappel de cette date faisait mention de son importance historique et idéologique. A travers les riches mosaïques qui ornent les murs de cette église se dessine un message politique qui fait de l'empereur Justinien le garant de la perpétuité du règne du Christ sur la terre.

Ce n'est pas cela qui m'intéresse particulièrement lorsque je vois faire mention quelque part de Ravenne : revient alors à ma mémoire le souvenir d'une des plus fortes émotions artistiques de ma vie. Cette année-là - c'était vers 1965 - j'étais parti en vacances avec deux jeunes lycéennes qui venaient de réussir leur bac. Notre projet était d'aller en Italie, de faire un détour par la côte Adriatique avant de rejoindre un autre groupe d'amis qui campaient à Marina di Massa. Arrivés à Rimini, nous avions planté nos tentes dans un camping surpeuplé, et comme je n'ai jamais beaucoup apprécié les longues journées passées allongés sur une plage, j'avais proposé à mes jeunes lycéennes d'aller visiter Ravenne, que je ne connaissais que de renom. La première église rencontrée, c'était saint Apollinaire in classe. Comment vous décrire le choc émotionnel qui fut le mien lorsque je me trouvai en face de la mosaïque de l'abside qui représente, au milieu d'une verte prairie parsemée de fleurs, une procession de petits moutons qui marchent tournés vers l'évêque, berger de son troupeau ! Je me suis assis, et j'ai dit à mes jeunes paroissiennes d'aller se promener en ville, d'y faire du lèche-vitrine ou d'y déguster des gelati ; quant à moi, je n'avais qu'une envie, c'est de rester seul, à contempler en silence, à goûter, au milieu des "verts pâturages"; une indicible paix.

Depuis, je suis retourné souvent à Ravenne, seul ou en compagnie d'amis. Chaque fois, j'y ai découvert d'autres merveilles. Chaque fois également, je passe  faire une visite  à ma mosaïque de Saint Apollinaire in classe. Et cependant, je n'ai qu'un regret : je n'ai jamais pu retrouver l'ange aux ailes mauves qui avait fait mon admiration lors d'une de mes premières visites. Je connais par cœur saint Vital, le mausolée de Galla Placidia, le baptistère des Ariens et Saint-Apollinaire neuf. Quelqu'un pourrait-il me dire où se trouve mon ange aux ailes mauves ?

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Dimanche 20 mai 2018

Mireille,

Récemment je suis allé faire une prise de sang au laboratoire voisin. La technicienne-piqure, qui m'a prélevé quelques tubes de sang, est une personne sympathique qui, chaque fois prend le temps d'engager la conversation. L’autre jour, elle me racontait qu'elle va, en ce dimanche de Pentecôte, à la "Confirmation" d'une petite cousine. Comme elle est protestante, et qu'elle connaît mon statut sacerdotal, elle m'a demandé quelle était la différence entre la "Confirmation" au temple et la "Communion" à l'église. Comme nous n'avions guère le temps d'engager une discussion théologique sur l'authenticité de tel ou tel sacrement je me suis contenté d'expliquer que ce que nous célébrons, dans de nombreuses paroisses catholiques, en ce dimanche de Pentecôte, c'était autrefois la "Communion Solennelle", qui est devenue ensuite la "Profession de Foi", qu'on a tendance, de plus en plus, à appeler la "Fête de la Foi", signe qu'on ne sait plus trop quoi faire. Ma dame-piqure m'a précisé que, pour un protestant, la Confirmation, qui n'est pas un sacrement, est un peu comme un engagement solennel, à l'âge de l'adolescence (la Confirmation a lieu à 15 - 16 ans), pour confirmer sa foi chrétienne. Au fond, les deux démarches ont des points communs.

J'aurais pu, si nous en avions eu le temps, expliquer que le "sacrement de Confirmation", pour moi, ce n'est pas une démarche où l'on confirme son engagement, mais une "confirmation", de la part de Dieu, de tout ce qu'il a déjà fait pour le croyant depuis le jour de son baptême. On ne s'engage pas, on reçoit, on accueille, bien simplement, le don de Dieu, son Esprit. C’est ce que je me suis efforcé d’expliquer pendant des années à mes jeunes paroissiens qui, eux aussi, pensaient qu’ils allaient confirmer les engagements qu’ils avaient pris quelques années plus tôt, lors de leur Profession de Foi. Non, c’est Dieu qui confirme le lien d’amour qui nous relie à lui. Le croyons nous ?

En ce matin de Pentecôte, je voudrais bien que l'Esprit de Dieu souffle un peu plus fort sur les croyants.

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Jeudi 17 mai 2018

Mireille,

J'ai connu une famille dont les deux fils étaient évêques. Tous deux évêques remarquables. L'un d'eux m'a particulièrement impressionné parce qu'il était un homme et un esprit libre. Mais voilà que je découvre aujourd'hui une famille où les trois garçons sont devenus évêques. Basile, Grégoire et Pierre - tels étaient leurs noms - vivaient au IVe siècle et ils exercèrent leur ministère au Moyen Orient. Pierre est le moins connu ; Grégoire, piètre administrateur, fut un grand théologien et un profond mystique ; mais c'est Basile qui est le plus célèbre : l'Eglise orientale le considère comme le premier des grands docteurs œcuméniques. On a conservé de lui des traités théologiques particulièrement difficiles à comprendre, mais aussi des homélies et des ouvrages plus intelligibles, notamment en matière sociale. On se demande même s'il n'était pas résolument contre la propriété privée. Si je vous parle de lui aujourd'hui, c'est parce que je viens de lire quelques lignes qui me paraissent d'une brûlante actualité. Jugez-en par vous-même :

"Les faveurs obtenues aux élections développent le même vice (l'orgueil). Que le peuple accorde à quelqu'un une dignité, qu'il lui confie l'honneur d'une présidence quelconque, surtout s'il s'agit d'un poste important : et le voilà qui s'imagine dépasser la nature humaine, se croit porté aux nues et ne considère plus ses semblables que comme l'escabeau de sa grandeur. Parfois même on le voit s'élever contre ceux qui lui ont accordé leurs suffrages et traiter avec insolence les auteurs de son élévation. L'insensé, il ne sait pas que sa gloire est plus fragile qu'un rêve et que l'éclat qui l'entoure est plus vain que les fantômes de la nuit."

Certes, à entendre les bulletins d'information nous déverser matin, midi et soir, les doléances et les revendications de toutes professions, des cheminots aux pilotes d’Air France, du personnel hospitalier aux diverses catégories de fonctionnaires, des étudiants et des professeurs d’université, des retraités, des actifs et des demandeurs d'emploi, sans oublier les manœuvres hostiles des adversaires politiques, à lire les avalanches de chiffres qui annoncent le déclin, on peut se demander si c'est par désir de "la gloire" que nos gouvernants essaient d'exercer le pouvoir alors qu'ils sont perpétuellement en butte à la contestation la plus virulente. Alors, une fois de plus, me mettant à la place de tel ou tel ministre, je me demande : "Qu'est-ce qui le fait courir ?" L'illusion du pouvoir ? La renommée ? La certitude de laisser une trace dans l'histoire ? A force de prendre des coups, on doit finir par se lasser, non ?

Qu'il relise donc saint Basile : "L'insensé, il ne sait pas que sa gloire est plus fragile qu'un rêve et que l'éclat qui l'entoure est plus vain que les fantômes de la nuit."

Je lui souhaite courage et lucidité !

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Dimanche 13 mai 2018

Mireille,

Dans la nuit du 13 au 14 février 1945, d'incessants bombardements alliés détruisirent presque totalement la ville de Dresde, faisant des centaines de milliers de victimes. Ce fut l'un des plus terribles bombardements de la seconde guerre mondiale. Il eut lieu moins de trois mois avant la capitulation, et il avait pour but, je crois, de semer la terreur dans la population civile. Depuis, la ville a été rebâtie et a retrouvé sa beauté. Chaque année, le 13 février, on donne un concert dans la salle de l'opéra de Dresde, reconstruite à l'identique. Le mot "concert" est impropre : je devrais dire une célébration, comme une liturgie : l'orchestre est en place, les solistes et le chef d'orchestre entrent, sans applaudissements, dans un silence religieux. Et à la fin de l'œuvre, pas un applaudissement : pendant plusieurs minutes, un profond silence.

Je me souviens avoir suivi à la télévision cette célébration, il y a quelques années. Jamais je n'avais entendu le Requiem de Mozart aussi religieusement exprimé. Et savez-vous la question que je me posais, tout au long de cette audition ? Je me demandais si Mozart savait le latin ! Seul un musicologue averti pourrait me répondre, bien sûr. En tout cas, les phrases latines prenaient tout à coup toute leur expressivité, comme imprégnées de musique. Il faut avoir longtemps médité de telles paroles pour pouvoir, littéralement, les exprimer (de ex et premere = presser), pour en faire ressortir toute la gravité, ou toute la tendresse, selon le sens de la phrase.

Il y a des musiciens qui mettent de la musique sur des paroles comme on met du beurre ou de la confiture sur une tartine. N'est pas Mozart qui veut ! Pour en arriver à une telle osmose entre musique et paroles, il faut le génie. Que de fois n'ai-je pas chanté, autrefois, le "Dies irae" ou l'offertoire "Domine Jesu Christe" en grégorien ? Et voilà que tout à coup, les phrases jadis rabâchées reprenaient tout leur sens et me conduisaient à épouser la prière (de Mozart ? de l'orchestre ? du choeur ou des solistes ?), que je traduis pour vous : "O bon Jésus, tu t'en souviens, pour moi tu t'es mis en chemin : en ce jour-là, garde-moi bien. Me poursuivant à perdre haleine, tu dus t'asseoir. Que tant de peine, que ta Passion ne soient pas vaines !"

Certainement, Mozart savait le latin.

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Jeudi 10 mai 2018

Mireille,

J'avais connu Claudine alors qu'elle était adolescente. Elle avait une forte personnalité et une extraordinaire joie de vivre. Puis, lors de son mariage, elle avait quitté notre région et on s'était perdus de vue. Et voilà qu'un jour, bien longtemps après, j'apprends son drame : une veille de 14 juillet, sa fille de 18 ans part avec des copains pour faire un tour en auto, et une demi-heure plus tard, c'était la gendarmerie qui téléphonait à la maman pour lui apprendre que sa fille venait de mourir dans un accident. De quoi devenir fou !

Souvent, j'ai rencontré des parents qui portaient douloureusement la mort tragique d'un enfant et qui n'arrivaient pas à surmonter leur peine. Or, quelques années après l'accident et la mort de sa fille, Claudine, de passage dans la région, est venue me voir. J'ai été très surpris de la sérénité qu'elle manifestait, d'abord en me racontant le drame, et ensuite en me disant comment elle avait surmonté sa souffrance. "Figurez-vous, me disait-elle, que loin d'être une absente, ma fille est de plus en plus présente." Et comme je m'étonnais de cette réflexion, Claudine a précisé, m'expliquant que, non seulement elle parle sans cesse à sa fille, non seulement remonte à sa mémoire le souvenir de tel ou tel instant de leur vie commune, mais "il se passe quelque chose qu'on ne peut pas s'expliquer", a-t-elle ajouté. Non, elle ne consulte pas les voyantes ni tous les adeptes des "sciences" du paranormal. C'est quelque chose de plus intérieur, comme une présence qui la fait vivre.

Je pense à cette rencontre, en ce matin d'Ascension. Bien sûr, le départ du Christ ressuscité et sa présence désormais invisible à son Eglise sont un mystère d'un autre ordre. Mais l'expérience de Claudine, sa sérénité et même sa joie de vivre m'aident à comprendre pourquoi les amis de Jésus, une fois passé le premier moment de stupeur quand ils continuaient à avoir le nez dans les nuages, ont pu commencer à vivre une autre vie, pleine de l'assurance que leur donnait la présence mystérieuse, à leurs côtés, de celui qui venait de disparaître à leurs regards. Et ça continue !

 

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Dimanche 6 mai 2018

Mireille,

"Poussière d'étoiles." J'aime l'appellation. Même si je ne sais pas très bien ce qu'elle signifie. Car je suis nul en astronomie et autres sciences. Mais je crois que les chercheurs sont souvent des poètes. Comme Dieu lui-même.

Entre parenthèse, si je déclare que Dieu est poète, le plus grand des poètes, c'est parce que le mot "poète" vient du grec "poiein" qui signifie simplement "faire, créer". Et, certes, il a fallu un génie de la poésie pour réaliser la création. J'y pensais ces derniers jours, en lisant quelques articles consacrés au voyage d’une sonde qui, après cinq ans de voyage, a croisé la queue d’une comète avant de traverser le halo brillant de la chevelure de poussières et de gaz entourant son noyau glacé.

"Poussière d'étoiles / Sur l'océan / Pluie sidérale / Voilà le temps. / Ô Dieu la vie, Ô Dieu merci. / C'était au temps d'avant le temps /Le temps d'avant le temps." C'est ce que chante un jeune musicien. Un scientifique, lui, m'explique que "l'analyse spectrale montre à l'évidence que les éléments présents dans les étoiles (...) sont ceux que nous constatons sur la terre." Nous sommes tous de la poussière d'étoiles et "la chimie des êtres vivants procède des mêmes lois que celles qui gouvernent le monde inanimé."

Jean Delumeau commentait ces révélations en expliquant que "la nature, qui, à certains égards, semble donner l'impression du gâchis, opère de façon très économe à partir d'un nombre limité de matériaux de base. En revanche, elle fait preuve d'une inépuisable ingéniosité lorsqu'il s'agit de les assembler." Et François Jacob parlait de "bricolage cosmique". Moi, je veux bien. Cela me réjouit de penser que Dieu m'a "bricolé" à partir de peu de choses. Un tout petit peu de matière. C'est pourquoi, avec François d'Assise, je me sentirai encore davantage "petit frère de tout au monde" et je parlerai à "mes sœurs les étoiles, que Dieu a placées dans le ciel, brillantes, précieuses et belles."

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Jeudi 3 mai 2018

Mireille,

"Ce sont les instruits incultes qui abîment le plus l'humain". Cette phrase, trouvée dans un bouquin intitulé "La maladie de l'Islam", est la conclusion d'un constat. Par un enseignement au rabais, on a voulu combler le fossé entre l'élite et le peuple, explique l'auteur, ce qui provoque des dégâts considérables... dans le monde musulman.

Un enseignement au rabais ! La critique de l'enseignement dans une large partie du monde musulman, je n'aurai pas la prétention (injuste) de l'appliquer à l'enseignement tel qu'il se donne actuellement dans le monde occidental. Là n'est pas ma question. Cependant je pense à ces générations d'"instruits incultes" que je connais. Même des très instruits, bardés de diplômes ; ingénieurs, médecins, professions libérales à qui on n'a donné qu'une culture au rabais, tant leur spécialisation s'est acquise au détriment d'une ouverture d'esprit, d'une curiosité, d'un savoir plus large et plus éclectique.

La culture dont je parle ? Pas nécessairement ma culture, qui est une culture classique, celle qu'on donnait à l'époque où je faisais mes études. Il y a maintes formes de culture. Mais toujours, la culture, c'est un moyen de communiquer avec autrui. Il m'est excessivement pénible, parfois, d'essayer sans succès d'entrer en communication avec des personnes qui n'ont pas les mêmes références. Encore une fois, ce n'est pas une question d'intelligence ou d'instruction ; ce n'est pas une question d'âge ou de situation sociale. C'est, accessoirement, une question d'outils, mais plus fondamentalement, une question d'ouverture d'esprit. Certaines formations conduisent à de telles spécialisations qu'elles donnent des esprits obtus. La vraie formation, au contraire, doit permettre à l'esprit de s'ouvrir aux autres. Non seulement aux personnes quelles qu'elles soient, mais aussi au passé comme au présent de notre monde. A notre histoire et à notre avenir. Je lisais il y a quelques jours la réflexion d'un écrivain : "Le cerveau, c'est comme un parachute : il n'est utile que s'il est ouvert".

"Se soustraire à la fascination de la puissance. Habiter ce monde sans le dominer. Renouer une relation fraternelle aux êtres dans une sorte d'amitié franciscaine pour la création. Retrouver le gracieux, le gracié, l'imprévu, l'inouï... Commencer d'entrevoir une réponse à cette simple question : quels signes de grâce pouvons-nous trouver et donner dans le monde de la consommation maxima, lequel, nous le savons bien, est aussi le monde du désir sans fin". Je lisais ce beau texte de Paul Ricœur, hier matin. Le passage suivant m'a particulièrement frappé : "Me ré enraciner dans la mémoire de notre culture. L'innovation technique efface le passé, fait de nous des êtres au futur ; mais l'homme de culture doit arbitrer sans cesse le rapport entre la mémoire (culture) et le projet (utopie). C'est dans la mesure où nous retournons aux sources que nous sommes les hommes de la perspective".

 

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Dimanche 29 avril 2018

Mireille,

Je dois vous avouer que, depuis quelques semaines, je me sens particulièrement mal à l'aise quand je réfléchis aux conflits sociaux qui secouent notre pays. Bien sûr, je lis les journaux, j'écoute la radio, je regarde les journaux télévisés du soir. Et me voilà, essayant de me faire une opinion personnelle, au milieu d'un déferlement d'opinions contradictoires. On se traite de menteurs, les grévistes s'exaspèrent et en viennent, parfois, à des actions regrettables et désavouées par les syndicats. Les personnes qui sont obligées d'utiliser les transports en commun réagissent différemment, certaines, exaspérées, d'autres, résignées. D'autres enfin assurent "comprendre" les motivations des grévistes.

Je suis mal à l'aise parce que je sais bien qu'il n'y a pas, d'un côté les "bons" et de l'autre les "mauvais" et que même si certains ont intérêt à semer la pagaille, les motivations de la plupart sont sincères, et donc respectables. Je ne me laisserai donc pas aller à passionner le débat. Mais en moi-même, je sais bien que je ne peux pas m'en désintéresser. Il est donc nécessaire de se faire une opinion. Une opinion éclairée.

Et voilà qu’hier matin, lisant, comme chaque matin après avoir célébré l'eucharistie un texte des "Lectures pour chaque jour de l'année", je tombe sur un page du Père Chenu (Marie-Dominique, un théologien dominicain mis à l'index par Rome avant d'être appelé comme expert au Concile où il inspira plusieurs textes majeurs. Le Père Chenu est mort en 1990). Une page très dense que je n'ai pas l'intention de vous citer in extenso, mais qui m'a éclairée. Concrètement, il me demande ce matin de ne pas m'arrêter à la surface des événements mais de me rappeler que l'action divine "s'accomplit par et dans une histoire qui embraye positivement sur l'histoire terrestre", cette histoire que nous vivons quotidiennement. Il ajoute que "les événements, surtout lorsqu'ils composent une trame continue et collective, lorsqu'ils provoquent une évolution radicale et rapide des rapports humains... sont le matériau de l'histoire de Dieu dans le monde". Par conséquent, même si nous portons des jugements sévères "sur les idéologies qui les suscitent", il ne faut pas oublier les valeurs qui laborieusement en émergent, "car l’Esprit Saint, qui renouvelle la face de la terre, est présent à ces transformations, dans un aggiornamento permanent... La Vérité s'est faite événement dans l'histoire des hommes.",

Autrement dit : "Dieu est à l'œuvre en cet âge..."

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Jeudi 26 avril 2018

Mireille,

C’était il y a quelques années. L'un de mes petits-neveux venait d'entrer en 5e au collège. Intelligent, vif d'esprit et bon élève, il savait également être provocateur. Ainsi, un jour, la prof de français ayant demandé à ses élèves de choisir les cinq mots qui leur plaisent le plus, et les cinq qu'ils n'aiment pas, elle s'était attirée cette réponse de mon petit-neveu :

Cinq mots que j'aime : vacances, repos, foot, copains, jeux. Cinq mots que je n'aime pas : école, travail, effort, guerre, devoirs.

Sans doute n'avait-il pas osé ajouter : "profs'". J'aurais aimé avoir la réaction de la pauvre prof'. Mais sans doute était-elle déjà blasée. Dur métier ! Il y a quelques jours, une jeune "professeur des écoles" nous mimait quelques minutes de son travail. Il eût fallu avoir un magnétophone, pour vous rapporter fidèlement son monologue devant les vingt-trois enfants de sa classe. Je transcris, approximativement : "Fermez vos cahiers... fermez vos cahiers... j'ai dit : fermez vos cahiers... Karim, on ferme son cahier...Karim, on ferme son cahier...Myriam reste assise... reste assise...Myriam assieds-toi ... j'ai dit : assieds-toi..." Ainsi de suite pendant plusieurs minutes. Et d'ajouter : je passe autant de temps à obtenir un peu de calme, un minimum de discipline, qu'à faire de l'enseignement proprement dit. Elle est en ZEP, et chaque soir, elle sort de sa classe épuisée, et aphone. Comme je lui demandais s'il n'y avait pas d'autres possibilités, elle nous a expliqué qu'elle ne pouvait compter que sur elle, qu'il y avait bien longtemps que toute la pédagogie apprise avait volé en éclats, et que, même, on ne pouvait pas compter sur les parents. "Ainsi, a-t-elle ajouté, la semaine dernière, j'avais dit à une maman que sa fille était insupportable en classe : le lendemain, la gamine est arrivée avec des "bleus" énormes aux deux bras. Alors, vous comprenez, si les enfants sont battus... !

Je racontais cela à un ami, instituteur chevronné, la cinquantaine. Il ne s'en est pas étonné, il connaît. Il m'a dit combien c'était beaucoup plus difficile aujourd'hui qu'il y a une vingtaine d'années. Même pour eux, vieux routiers de l'école primaire. A plus forte raison pour les jeunes qui débutent dans la "carrière", qu'on expédie trop souvent dans les coins difficiles. Il m'a dit aussi combien il était heureux d'avoir un contact direct avec les enfants. Et il a ajouté simplement : "Au moins, aujourd'hui, j'ai l'impression que je sers à quelque chose."

Voilà, Mireille ! Il existe encore des instit’ heureux. Quelle chance, pour leurs jeunes élèves.

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Dimanche 22 avril 2018

Mireille,

C'était il y a quelques années déjà ! Ce jeune garçon, que je connaissais depuis sa prime enfance, était venu me voir pendant les vacances de Noël, alors qu'il était en fac' depuis deux ans. On avait parlé d'un tas de choses lorsqu'il me déclara à brûle-pourpoint : "Vous savez, avec les copains, je n'arrive plus à dire que je suis chrétien. J'ai peur qu'on se moque de moi." Et de m'expliquer quelle était la mentalité générale dans son milieu d'étudiants, et combien c'était pratiquement impossible de manifester sa foi. Il m'a alors raconté un certain nombre de réactions, tantôt ironiques, tantôt méprisantes, dont il avait été témoin au cours des derniers mois.

Je n'ai pas été étonné. Mais j'ai été, une fois de plus, très peiné. Une fois de plus, vous dis-je, parce que des réactions similaires sont aujourd'hui monnaie courante. Dans tous les milieux, et de la part de gens de tous les âges. Se déclarer chrétien, et particulièrement catholique, c'est souvent s'exposer à toutes les moqueries. Il y a quelques années, René Rémond protestait vivement dans un petit livre, "Le christianisme en accusation." Il écrivait : "Il y a aujourd'hui une culture du mépris à l'encontre du catholicisme... Le conformisme est dans le persiflage, le sarcasme et la dérision... Contre le catholicisme toutes les insultes sont permises... Elles sont particulièrement répandues dans les milieux de la création artistique, chez les animateurs de variétés et aussi une partie des journalistes. On ne passe rien à la religion catholique."

Récemmeent, je lisais, dans la dépêche d'une agence de presse, que "selon le président de la Commission britannique formée d'observateurs des médias, les humoristes anglais sont "précautionneux, de crainte d'offenser les musulmans. Ils s'auto censurent, ils sont timides." Par contre, ajoute-t-il, "je les ai vu déverser le mépris sur les symboles de la chrétienté plus que sur d'autres religions". Les valeurs chrétiennes seraient "une cible plus acceptable."

Et pourtant ! Sans vouloir revendiquer pour le christianisme tous les progrès qui ont façonné notre monde occidental, car, tout de même, "c'est en terre chrétienne que sont nées la science moderne, la formulation des droits de l'homme et la libération de la femme" (Jean Delumeau), nous avons tous, personnellement, un autre titre de fierté, bien plus grand encore : à chacun de nous, Dieu a dit "Tu es mon fils." C'est ce qui fait ma grandeur, de savoir que je suis fils de Dieu. C'est pour cette raison que je dois me respecter, personnellement, et aussi que j'ai le droit d'exiger le respect de tous. 

 

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Jeudi 19 avril 2018

Mireille,

Tout en déjeunant, l’autre jour, j'écoutais d'une oreille distraite, comme chaque matin, ma radio préférée, quand tout à-coup des bribes d'informations ont commencé à retenir mon attention. Le chroniqueur racontait qu'un cardiologue grec, médecin de l'équipe olympique de son pays, vient de publier une étude selon laquelle le dopage le plus efficace, pour les sportifs de haut niveau, serait l'écoute de la musique de Mozart ! Et d'ajouter, toujours selon la même source, qu'un quart d'heure quotidien de musique classique est plus efficace pour l'organisme que beaucoup de procédés destinés à mener les athlètes au sommet de la gloire : une ou plusieurs médailles, de bronze, d'argent ou d'or, aux Jeux Olympiques.

Je ne sais comment ni par quelles méthodes ce médecin grec a pu faire de telles évaluations ; et je me demande quelle influence un quatuor de Mozart peut avoir sur mes muscles (si j'en avais les moyens, j'essaierais de vérifier), mais ce que je sais, c'est que la musique - toute musique - a une influence certaine sur mon psychisme. Par exemple, je rédige plus facilement ce billet matutinal en écoutant, comme je le fais  souvent, un concerto pour piano. De même, j'ai constaté que la musique m'apaise lorsque j'aurais tendance à me laisser emporter par le stress. Je me souviens avoir découvert, et même expérimenté occasionnellement, chez une personne qui soignait toutes sortes de déséquilibres ou d'insuffisances, du bégaiement aux fautes d'orthographe, une méthode qui consistait essentiellement à écouter, en position de relaxation, les concertos pour violon de Mozart au moyen de casques ultra-perfectionnés, dans un studio aménagé à cet effet.

Que la musique puisse soigner, équilibrer, et même guérir, je le crois volontiers. Pour moi, elle est plus que cela. D'abord, elle est langage universel. Je m'émerveillais récemment en écoutant la Passion selon saint Jean de Bach interprétée par un orchestre et un chœur japonais. Par-delà l'espace et le temps, il y a cette langue commune qu’est la musique, grâce à laquelle tout le monde peut s'entendre. Bien plus, je peux, non seulement écouter de la musique, mais également la faire. Chacun de nous le peut, même sans instrument, car chacun de nous possède le plus merveilleux instrument : sa voix. Donc, un simple conseil, pour les athlètes : à défaut de musique enregistrée (après tout, ce n'est que de la musique en conserve), qu'ils chantent, qu'ils fassent leur propre musique. Je ne sais pas si elle dopera les muscles de leurs jambes. En tout cas, elle enrichira certainement les muscles de leur larynx. Et dans leur tête, ils seront au mieux de leur forme.

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Dimanche 15 avril 2018
 

Mireille,
 

Et Dieu lui-même jeune ensemble qu’éternel
Regardait ce que c’est qu’un monde qui dit oui.
Fleuriste il regardait d’un regard paternel
L’épanouissement d’un monde épanoui.

Vous connaissez sans doute ces vers de Charles Péguy : ils sont extraits d’un long poème qu’il avait intitulé EVE. C’est génial , de qualifier ainsi Dieu : à ses yeux, il est « jeune ensemble qu’éternel ». Notre pape François connaît probablement cette expression du poète : il vient de publier un petit livre qu’il a intitulé « Dieu est jeune ». J’en ai lu de nombreux passages que j’ai savourés, moi qui suis désormais parvenu à un âge avancé. Aussi, je vous conseille cette lecture réconfortante.
 

Premièrement parce que François se place résolument à contre courant de la mentalité actuelle, pour qui les vieux sont des gens dépassés, qui ont fait leur temps, anachroniques, inutiles, bref, comme on dit, des « croulants ». En anglais, « has been », ils ont été ! Je le constate bien souvent, et j’en souffre, parfois, surtout quand c’est à mon égard l’attitude désinvolte de gens qui ont des responsabilités dans la société.
 

Le pape François déclare : « Une voie possible est à mon avis le dialogue, le dialogue des jeunes avec les anciens : une interaction entre les jeunes et les vieux, y compris en passant temporairement par-dessus les adultes – la génération intermédiaire. Les jeunes et les anciens doivent se parler, et ils doivent le faire de plus en plus souvent : c'est véritablement une urgence ! Et ce sont les vieux autant que les jeunes qui doivent prendre l'initiative. Il y a un passage de la Bible (Joël 3, 1) qui dit : « Vos vieillards auront des songes, et vos jeunes gens des visions. » Mais cette société exclut les uns et les autres, elle exclut les jeunes au même titre qu'elle exclut les vieux. Pourtant, le salut des vieux est de donner aux jeunes la mémoire, c’est ce qui fait des vieux les véritables rêveurs de l’avenir; tandis que le salut des jeunes est de prendre ces enseignements, ces songes, et de les porter en avant dans la prophétie »
 

C’est comme si le pape voulait faire le saut par-dessus le monde des actifs, qui, à ses yeux cèdent à la mode du « jeunisme », qui refusent de grandir. « Il y a trop de parents qui sont des adolescents dans leur tête, qui jouent à la vie éphémère éternelle et qui, consciemment ou non, rendent leurs enfants victimes de ce jeu pervers, écrit-il. Car d'un côté ils élèvent des enfants dans la culture de l'éphémère, et de l'autre ils les font grandir de plus en plus déracinés, dans cette société que je qualifie précisément de « déracinée ».
 

« Nous ne savons pas les faire rêver et nous ne sommes pas capables de les enthousiasmer », confie même le vieux pape qui voudrait tant que les jeunes deviennent « protagonistes », lui qui les appelle à « l’authenticité », au « service » et au « témoignage… Pour comprendre un jeune aujourd’hui, il faut le comprendre en mouvement », affirme-t-il. « Un jeune a quelque chose d’un prophète. Il a les ailes d’un prophète, la capacité à prophétiser, à dire, mais aussi à faire ». Si François relève les aspirations des jeunes, il ne cache pas les souffrances d’une génération de jeunes « asservis », « déracinés », « formatés », confinés dans une culture du « paraître » et de l’« éphémère » ou, au contraire, renvoyés dans la « rigidité ».

 « Je pense que nous devrions demander pardon aux jeunes parce que nous ne les prenons pas au sérieux. Nous ne les aidons pas toujours à trouver leur voie ni les moyens qui leur permettraient de ne pas finir dans l’exclusion »
 

A méditer.

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Jeudi 12 avril 2018

 

Mireille,

Est-ce un signe des temps ? Depuis quelques semaines, je tombe au hasard de mes lectures sur des informations diverses concernant, toutes, l'art de vivre longtemps. Je pense que cela ne date pas d'aujourd'hui et qu'une des aspirations les plus universelles des humains est le désir de vivre vieux, et si possible en bonne forme.

Il y a quelques années, on s'intéressait à Jeanne Calmant, qui était alors notre doyenne nationale. Sa recette pour vivre plus que centenaire était simple : elle mangeait chaque jour du chocolat et buvait un peu de porto. L'autre jour, une étude "scientifique" démontrait que pour devenir vieux, il fallait ne pas beaucoup dormir. Les statistiques prouveraient que dormir largement moins de huit heures par jour est un facteur de longévité. La sagesse des anciens disait déjà que "l'avenir est à ceux qui se lèvent tôt".

Mais voilà que des chercheurs américains révèlent les conclusions de nouvelles études statistiques. Elles établissent un lien entre la longévité humaine et l'inclination de chacun à faire le bien autour de soi. En clair, plus on donnerait aux autres, plus on aurait de chances de repousser un peu plus l'heure de la mort. Beau sujet de sermon ! L'étude, menée par l'université du Michigan, a consisté à suivre pendant 5 ans 1000 personnes âgées. Durant cette période, les individus qui avaient avoué ne pas s'intéresser aux autres et vivre purement et simplement pour eux ont été deux fois plus nombreux à mourir que les personnes généreuses, capables de se dévouer quotidiennement pour leurs proches, leurs voisins ou les plus démunis.

L'université de Boston, elle, a mené une étude sur les rapports entre le caractère et l'espérance de vie. Leur conclusion : tous ceux et celles qui manifestent mauvaise humeur et hostilité ont des problèmes d'ordre cardio-vasculaire et vivent moins longtemps que ceux et celles qui ont bon caractère.

Donc, si j'ai bien compris, pour vivre très vieux (et si possible en bonne forme), il suffirait d'être toujours de bonne humeur, de se lever tôt, de se montrer généreux, de manger du chocolat et de boire du porto (à consommer avec modération).

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Dimanche 8 avril 2018

Mireille,

"Etes-vous cyberdépendant ?" C'est ce que me demandait, il y a quelques jours, un hebdomadaire. Et de m'indiquer un test à subir pour évaluer mon état de dépendance. Je me suis prêté bien volontiers au jeu. Et effectivement - la réponse ne m'a pas surpris - je suis cyberdépendant. Pas à 100%; mais suffisamment cependant pour que l'auteur du test m'invite à un sérieux examen de conscience. Ce que j'ai fait. Bien sûr, je réponds "oui" si on me demande "Est-ce que vous ouvrez votre ordinateur chaque jour ?" "Oui" encore à la question : "Parlez-vous souvent d'Internet avec vos interlocuteurs ?" Quant à me demander si je rêve à la cybercommunication, là, franchement, je peux répondre "non". De même, quand on me demande si j'en oublie le boire et le manger. En résumé, j'avoue, mais je n'ai ni remords ni contrition. J'assume ma condition. Bien plus, je crois que je la revendique.

Lu dans un quotidien, également il y a quelque jours : de plus en plus de "seniors" sont gagnés par le virus. Ce qui était l'apanage des jeunes générations est en train de devenir une conquête des hommes et des femmes, passé l'âge de la retraite. Cela n'a rien pour m'étonner. Bien au contraire, je m'en réjouis. Témoins, les nombreux retraités avec lesquels je corresponds. Moi qui suis parmi les doyens, je me réjouis de voir à quel point la contagion gagne rapidement, à tel point que nombre de septuagénaires, voire d'octogénaires, sont adeptes de la Toile. Ils y trouvent, raconte l'article que j'ai lu, une ouverture d'esprit et une réponse à leur curiosité qui risque de manquer à ceux qui n'osent pas se lancer. On me dit le grand succès des clubs informatique auprès des anciens. Tant mieux.

"Etes-vous cyberdépendant ?" Un jour prochain, je l'espère, la question paraîtra incongrue. Au début du XVIe siècle, on pouvait, certes, demander aux gens : "Etes-vous fans de lecture ?" Il n'y avait que quelques décennies que l'imprimerie avait été inventée. Auparavant, pourquoi aurait-il été nécessaire de savoir lire, puisque les livres étaient extrêmement rares ? Quelques années plus tard, la question ne se posait déjà que très rarement. Il devenait nécessaire de savoir lire.

Luther et Calvin l'ont bien compris : grâce au livre imprimé, à commencer par la Bible, la Parole de Dieu devenait accessible à tous. Les pays gagnés à la Réforme ont été les premiers à promouvoir l'apprentissage de la lecture parmi les enfants du peuple. Aujourd'hui, une révolution comparable à celle de Gutenberg est en train de se produire sous nos yeux. Puissent les Eglises prendre le train ! Nos successeurs, sans être "cyberdépendants", se serviront d'Internet comme nous, aujourd'hui, du journal, de la revue ou du livre. Tant mieux.

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Jeudi 5 avril 2018

Mireille,

Le 11 novembre 1942, les Allemands, qui n'occupaient jusque là que la moitié Nord de la France, envahirent le Sud et occupèrent ainsi la totalité de notre pays. Ce matin-là, au début du cours de théologie, notre professeur, après nous avoir annoncé la nouvelle, ouvrit sa Bible et lut un psaume, comme un appel à la vengeance divine. Les mots sont restés gravés dans ma mémoire :

« Que les fidèles exultent, glorieux, criant leur joie à l’heure du triomphe. Qu’ils proclament les éloges de Dieu, tenant en mains l’épée à deux tranchants. Tirer vengeance des nations, infliger aux peuples un châtiment, charger de chaînes les rois, jeter les princes dans les fers, leur appliquer la sentence écrite, c’est la fierté de ses fidèles. » (psaume 149)

Je me souviens d'autant plus de ce passage du psaume 149 que l'Eglise, aujourd'hui encore, nous invite à le réciter à l’office de Laudes, tous les matins de l’octave de Pâques, comme un dimanche matin chaque mois. Personnellement, il m’est difficile de prononcer ces paroles.

Je sais très bien qu'il faut lire ces textes, si nombreux dans la Bible - appels à la vengeance, annonce que Dieu est un vaillant guerrier, qu'il combat à la tête de son peuple choisi, etc. - dans un sens "spirituel", et non pas au sens littéral. Oui, mais voilà ! On dit aussi cela du Djihad. Pour certains, certes, il ne s'agit que d'une guerre spirituelle, d'un combat contre soi-même pour un perfectionnement moral. Mais pour beaucoup - et d'abord dans l'esprit de combien d'imams - il s'agit d'une vraie guerre contre les forces du mal, contre ceux qu'ils nomment les infidèles, c'est-à-dire tous ceux qui ne sont pas de vrais musulmans. Mais lorsque le président des USA, quelques heures avant de déclencher sa guerre contre l’Irak, en 2003, déclara : "Que Dieu bénisse notre pays et tous ceux qui le défendent", il s'entendit répliquer par Saddam Hussein s'adressant aux Irakiens : "Par la volonté de Dieu, ces jours ajouteront à votre passé immémorial votre part de gloire et de victoire, tout ce qui honore le croyant devant Dieu et avilit les infidèles, les ennemis de Dieu et de l'humanité..."

Alors, mon Dieu, le Dieu en qui j'ai mis toute ma confiance, est-il un Dieu guerrier, "le vaillant des combats", selon l'appellation biblique ? « Gott mit uns », Dieu avec nous (et contre nos ennemis) ? Vaste question.  Et si je veux raison garder, au risque de simplifier, je me dis que tout cela vient de ce qu'on appelle le fondamentalisme. Disons : une lecture littérale du Coran… ou de la Bible.

A proscrire, radicalement !

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Dimanche 1er avril 2018

Mireille,

"Christ est ressuscité. Alléluia ! Il a vaincu la mort". Oui, mais ! Mais tout cela, n'est-ce pas illusion ? La mort reste notre horizon le plus inéluctable. J'ai beau chercher tous les stratagèmes possibles, il demeure, en définitive, que je suis mortel, et que mon horizon est limité. Nous pouvons essayer de défendre à tout prix cette vie terrestre qui est la nôtre, notre existence se réduira à un combat sans merci, elle deviendra comme une chambre mortuaire qui sans cesse se rétrécit. La peur de la mort nous tuera bien avant que la mort elle-même ne nous touche. A force de nous raccrocher désespérément à l'existence, nous serons à bout de souffle, nous nous étoufferons, nous nous épuiserons toujours plus, non plus à vivre, mais à vouloir toujours plus assurer notre vie, à nous rassurer, à nous réassurer, et plus notre vie sera assurée, plus elle sera gagnée par la mort. Un combat perdu d'avance.

Alors, l'amour, en face de cette réalité ? Le signe de Jésus, dans sa mort et sa résurrection, nous donne une piste. Un chemin, certes, pas très clairement tracé, mais un chemin sûr. A son fils mourant sur une croix, qui d'abord se sent seul et abandonné (" Mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ? "), avant de retrouver les mots de la confiance filiale (" Entre tes mains, Père, je remets ma vie "), le Père répond : " Toi, mon enfant bien-aimé, tu ne mourras pas ". Je ne veux pas que tu meures.

Je ne veux pas que tu meures ! A chacun de nous, enfants bien-aimés de Dieu, le Père redit les mêmes mots. Réfléchissez ! Si Dieu m'aime - et c'est ma conviction la plus profonde - ce n'est pas seulement pour quelques dizaines d'années, pour la trop courte durée de mon existence. Amour, comme dans les chansons, rime avec toujours. " Je t'ai aimé d'un amour éternel ", nous dit-il. Pas jusqu'au jour où la maladie, un accident, la vieillesse et la mort surgissent dans notre existence. Ou alors, ce ne serait pas un amour vrai de sa part. Un amour éternel !

Comme pour son Fils Jésus au matin de Pâques, Dieu redit à chacun de nous, ce matin : " Tu es mon enfant bien-aimé. Si je t'aime, ce n'est pas pour quelques années, c'est pour toujours, d'un amour éternel. Je ne veux pas que tu meures, mais que tu vives." Mireille, je vous souhaite de JOYEUSES PAQUES.

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Jeudi 29 mars 2018

Mireille,

Jeudi-Saint, fête du sacerdoce. C'est ma fête... et c'est votre fête. Car, s'il y a un ministère sacerdotal institué, qui est conféré à des hommes par leur ordination, il ne faut pas oublier que tous les baptisés font partie, de droit, d'un peuple de prêtres. On le chante : "Peuple de prêtres, Peuple de rois, Assemblée des saints, Peuple de Dieu". Mais est-ce qu'on le réalise, concrètement ? Pourtant, c'est une dignité et, en même temps, une responsabilité, qui nous est commune, prêtres et laïcs, selon des modalités diverses, pour des objectifs différents certes. Mais c'est toujours le même et unique sacerdoce, car il n'y a qu'un prêtre : Jésus-Christ.

Sans vouloir vous faire ce matin un cours d'histoire, il me plaît de rappeler, simplement, que dans l'antiquité, c'est le père de famille qui est le prêtre de sa maison. Donc, pas de monopole sacerdotal pour qui que ce soit. Par contre, Jésus nous est présenté dans le Nouveau Testament comme le prêtre parfait : celui qui réalise en sa personne la relation entre Dieu et l'homme. On parlera de "Pontife" : le mot latin "pontifex" désigne celui qui fait un pont. C'est clair et parlant.

Etre un pont entre Dieu et l'humanité : voilà la vocation du Peuple de Dieu auquel nous appartenons depuis notre baptême. Peuple chargé de la louange, mais aussi peuple porteur de la Parole, non pour la garder jalousement, mis pour la donner. "Faites ceci en mémoire de moi", nous dit Jésus. Pas seulement dans la célébration de l'Eucharistie, mais par la consigne qu'il nous donne après le lavement de pieds : servir nos frères humains. "C'est un exemple que je vous ai donné, nous dit-il, afin que vous fassiez vous aussi ce que j'ai fait pour vous."

Je vous souhaite une bonne fête!

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Dimanche 25 mars 2002

Mireille,

Les silences de Pie XII ! Quand on évoque le pontificat de ce pape qui eut à conduire l’Eglise pendant les années terribles de la dernière guerre mondiale, on pense immédiatement à son attitude face au génocide perpétré par les nazis : les six millions de juifs massacrés dans des conditions d’une horrible cruauté. Pourquoi Pie XII, qui savait, n’a-t-il pas réagi pour condamner le plus fermement possible les initiateurs de la Shoah ? Beaucoup d’historiens sérieux ont tenté d’apporter une réponse valable à cette question. Je ne sais pas si les hypothèses qu’ils ont présentées jusqu’à ce jour sont pleinement satisfaisantes. Peut-être un jour il sera possible d’affiner leur jugement. Quoi qu’il en soit, dans l’état de nos connaissances actuelles il semble qu’on en reste à peser le dilemme qui fut celui de Pie XII : contribuer à sauver les juifs qu'il pouvait sauver, sans pour autant porter de condamnation officielle, à la face du monde, du génocide qui était en train de s'effectuer. Attitude typique d'un diplomate de métier ? Je n'ai pas à juger, personnellement.

Un ami avec qui j’évoquais cette question me déclara péremptoirement : « Le Christ, lui, se serait certainement placé résolument parmi les victimes. » Je le crois, moi aussi. Mais c'est le Christ ! En ce matin des Rameaux, tous les chrétiens du monde vont chanter « Hosanna au Fils de David », comme l'ont fait les habitants de Jérusalem un jour de printemps de l'année 30. Et puis après ! Les mêmes, peut-être, criaient « A mort ! » le vendredi suivant. Ils voulaient qu'on fasse mourir ce Jésus qu’ils avaient acclamé ? Le Christ les avait devancés. « On veut me prendre la vie ? Eh bien, c'est moi qui la donne. »

Donner sa vie. C'est-à-dire se faire solidaire de toutes les victimes. Depuis ce jour de l'année 30, les hommes qui se réclament d'un nommé Jésus, s'ils sont sincères, ne peuvent qu'être solidaires de toutes les victimes. Victimes, aujourd'hui, des idéologies totalitaires, des fondamentalismes qui prolifèrent au nom de la religion, des égoïsmes nationalistes ou, plus près de chez nous, des attitudes sectaires de nos voisins. Relire René Girard, je crois vous l'avoir déjà dit. Il précise bien que là se joue l'avenir du christianisme. Chacun de nous doit se situer : du côté des victimes, ou du côté des bourreaux imbéciles ?

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Jeudi 22 mars 2018

Mireille,

"Pour aborder une telle oeuvre, il faut le faire avec beaucoup d'humilité." Cette réflexion d'un grand pianiste, entendue l'autre jour à la radio, a tout-à-coup éveillé mon attention, jusque là passablement distraite. Il parlait d'une oeuvre de Bach, particulièrement difficile à interpréter. Et ce grand pianiste, l'un des plus grands de sa génération, expliquait que pour entrer dans l'intelligence de cette oeuvre, il faut se faire petit, humble et modeste.

J'ai aimé une telle réflexion. Elle est particulièrement importante, je crois, dans une époque comme la nôtre où l'humilité est une vertu passablement dépréciée. C'est à qui en fera le plus pour paraître, se vanter, dominer, et manifester, dans ses paroles, ses actes et ses attitudes, qu'il est le meilleur, ou le plus fort, ou le plus intelligent. "Vanité des vanités !" Il faudrait une fois pour toutes comprendre que, pour "se réaliser" (comme on dit), il faut se faire petit. J'ai connu des  médecins "spécialistes", qui étaient inaccessibles, trop imbus qu'ils étaient de leur savoir-faire ; par contre, un grand patron de CHU, professeur renommé, prenait le temps de vous recevoir, de vous mettre à l'aise, de vous expliquer et de répondre à vos questions.  Les grands hommes sont humbles. Et "toute grande oeuvre d'art est le fruit d'une humilité profonde", écrivait un auteur du siècle dernier. Combien de peintres ou de musiciens célèbres se sont considérés comme de modestes artisans ! Si vous aviez dit à Jean-Sébastien Bach qu'il était un génie, il vous aurait sans doute regardé avec étonnement et incrédulité. Lui, il était "cantor", à la fois maître d'école, organiste, chef de choeur et compositeur ; et il pensait que si son travail était destiné "ad majorem Dei gloriam" (à la plus grande gloire de Dieu), selon la devise (AMDG) qu'il inscrivait à la fin de tant de ses plus grandes  compositions, ce travail était également nécessaire pour nourrir sa nombreuse famille et assurer les fins de mois. Un génial artisan, qui ne s'est jamais considéré autrement que comme un artisan.

Mère Teresa dit cela d'une autre manière : "Se connaître nous fait plier le genou, posture indispensable à l'amour. Car la connaissance de Dieu engendre l'amour, et la connaissance de soi engendre l'humilité." Vous le savez sans doute : le mot humilité a pour racine le mot latin humus, la terre. Est humble celui qui est terrestre, et qui le sait. Souviens-toi que tu es poussière. Au ras des pâquerettes. Il n'y a pas de quoi faire le malin ni "se pousser du col"        

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Dimanche 18 mars 2018

Mireille,

Elle était là, chez moi, ce matin à 7h30 comme chaque matin. Le bruit d’une clé dans la serrure, la brève sonnerie quand on ouvre la porte et un sonore « bonjour » : c’est l’aide à domicile qui vient m’apporter, avec ses services, sa bonne humeur contagieuse et une présence qu’elle a su rendre indispensable. Lorsque j’ai enfin quitté les services hospitaliers pour retrouver ma maison, j’ai accepté, sans trop savoir de quoi il s’agissait, les services d’une association locale, A Tout Cœur, qui propose une aide à domicile pour toutes les personnes qui, comme moi actuellement, ont besoin de services divers, sans lesquels il leur serait impossible de demeurer chez eux. Et depuis la mi-novembre, matin et soir, une aide à domicile vient m’assister pour des besoins élémentaires. Bien sûr, à mesure que passent les mois, je fais des progrès et l’aide que l’on m’apporte se limite à quelques services indispensables, mais pendant une heure chaque matin et une demi-heure chaque soir, l’une ou l’autre des aides, membres de l’association, ne chôme pas.

Pourtant, à mes yeux, ce ne sont pas les services matériels qui sont les plus importants. Ce qui compte le plus, dans mon cas, c’est une présence pleine de petites attentions, une bonne humeur communicative, telle ou telle remarque pleine de gentillesse. Depuis le début, j’ai ainsi reçu à domicile successivement quatre personnes. Deux d’entre elles avaient quarante ans, les deux autres, beaucoup plus jeunes, avaient 28 et 20 ans. Avec chacune d’entre elles, les relations ont été dès les premiers jours d’une simplicité et d’une cordialité remarquables. Je m’attendais à des relations purement « commerciales », d’employées effectuant un travail pour des clients plus ou moins exigeants, et voilà que tout autre est le type de nos relations ;  tant de petits gestes amicaux, un croissant tout frais qui m’attend au petit déjeuner, deux campenottes cueillies dans mon jardin sur la table, une petite fiole d’huile d’olive en provenance directe du Maroc… Pourtant elles me disent aussi combien elles sont parfois mal reçues par des clients autoritaires, et combien c’est désagréable d’avoir à faire à des célibataires racistes… ou sales. Non ce n’est pas une tâche facile et agréable que la leur ! Mais ici, depuis le moment où l’on se demande réciproquement si nous avons bien dormi, la conversation ne tarit pas sur quantité de sujets, aussi bien sur le temps qu’il fait que sur nos santés réciproques. Souvent il nous arrive d’aborder des thèmes plus profonds. Et je m’étonne toujours de constater avec quelle spontanéité des jeunes femmes musulmanes m’expliquent leurs pratiques religieuses. Oui, j’aurai beaucoup appris tout au long de ces longs mois de rééducation : ils ne sont pas seulement consacrés à la rééducation de la marche et de l’usage d’une cheville cassée mais aussi d’une autre forme de rééducation qui m’oblige à me débarrasser de quantité d’idées reçues, grâce à l’écoute admirative de l’une ou l’autre de ces « auxiliaires de vie »

J’ai lu récemment dans La Croix, à l’occasion de la journée de manifestation qui a eu lieu jeudi dernier, un article consacré à ces nouveaux métiers « tournés vers l’humain », les « auxiliaires de vie » de l’aide à domicile. « On est là pour donner du confort et du réconfort aux personnes âgées », dit une ancienne secrétaire qui s’est reconvertie dans ce service et qui déclare que « c’est un beau métier, au service des autres. » Le président de leur Union syndicale ajoute : « Notre travail est essentiel puisqu’on répond au souhait de la plus grande partie de personnes, celui de rester à leur domicile…Malheureusement nous avons beaucoup de mal pour recruter. Notre métier est mal connu alors qu’il est pourtant d’une très grande richesse sur le plan humain ». Babeth, elle, précise : « Psychologiquement, il  faut être solide. Avoir toujours le sourire même quand on arrive chez des gens qui vous disent qu’ils préféreraient ne plus être là. Il faut savoir créer du lien avec des gens qui le plus souvent, n’ont pas souhaité cette aide. » Et tout cela pour des salaires souvent minables. Pourtant, malgré les contraintes, « au quotidien, on côtoie de la gentillesse, des sourires, des histoires de vie qui vous font chaud au cœur. On n’est reconnu par personne, sauf par ceux qu nous aidons. Et c’est grâce à eux que tous les matins, quand je monte dans ma voiture, je n’ai pas l’impression d’aller au boulot. Mais juste l’envie d’aider comme j’aimerais qu’on aide un jour mes parents », écrit encore Babeth.

Chaque matin, à 7h30, Cosette accompagne son « bonjour » d’un rire sonore qui me fait du bien. Merci à vous, Cosette, Memount, Audrey, Camille, mes fleurs de printemps.

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Jeudi 15 mars 2018

Mireille,

J’ai découvert récemment un remède particulièrement efficace contre la déprime qui menace bien souvent nos contemporains. Il s’agit – tenez-vous bien – des Conférences de Carême qui sont données chaque dimanche de carême à Notre-Dame de Paris. Et cela depuis 1836. Le premier conférencier fut Lacordaire, qui était, entre autres, un remarquable orateur. Depuis se sont succédés quantité de prêtres, d’évêques, de cardinaux, de religieux, tous plus ou moins ennuyeux à mes yeux. Un seul a retenu mon attention : le P. Sanson, un oratorien ami des philosophes modernistes Blondel et Laberthonière condamnés par Rome, qui, en 1925, se fit subreptisment leur interprète sous les voûtes de Notre-Dame. Depuis quelques décennies, ce sont des laïcs, hommes et, plus rarement femmes, qui ont pris le relais. Cependant je n’ai jamais eu la curiosité de m’intéresser à ce genre de conférences jusqu’à ces dernières semaines. Jusqu’à ce que je lise, par hasard, les titres des conférences données cette année par Fabrice Hadjadj, un philosophe, né en 1971 dans une famille de tradition juive, de parents alors militants maoïstes à l'université Paris-Nanterre. Il se déclarait lui-même athée et anarchiste jusqu'en 1998, date à laquelle il se convertit au christianisme. Aujourd’hui il se présente comme « juif de nom arabe et de confession catholique » Voici les titres des quatre conférences :

 1 – Pourquoi des conférences de Carême à l’ère de l’intelligence artificielle (18 février)
 2 - Du pain, du vin et des abeilles, ou la bonne nouvelle de la terre (25 février)
 3 - Et le Verbe s'est fait charpentier, ou la Bonne Nouvelle de nos mains (4 mars)
 4 - Petite élévation au-dessous de la ceinture, ou la Bonne Nouvelle des sexes. (11 mars)

Et là, alors, j’ai été séduit. Chaque dimanche, j’ai attendu l’heure de la conférence et je l’ai savourée. C‘est pourquoi je vous invite à découvrir, à votre tour, ces propos pleins de considérations pertinentes et d’humour caustique . Ouvrez donc, sur Google, KTO, les conférences de carême, puis : « texte de la conférence de carême 11 mars 2018 ». Vous allez sourire, puis rire aux éclats et vous régaler, avant de longuement digérer ces riches propos. Et pour vous mettre l’eau à la bouche, voici le début de la première de ces conférences à Notre-Dame, datée du 18 février :

  « On peut se demander pourquoi nous sommes là. Et même pourquoi nous en sommes encore là. Pourquoi un homme, une fois de plus, prend la parole sous les voûtes de Notre-Dame. Tout dans cette situation paraît rétrograde et poussiéreux. Tout semble n’avoir plus de légitimité que pour le musée ou la carte postale. D’abord, il s’agit d’un homme… un pauvre type comme il en sort depuis 200 ou 300 000 ans du ventre des femmes, alors que nous sommes à l’époque des « biotechnologies » et des « systèmes intelligents ». Et puis cet homme prend la parole, quoi de plus désuet ? quoi de plus douteux ? Prendre encore la parole comme on prend l’eau… faisant toujours des phrases, alors que nous sommes à l’époque où les « décideurs » savent convaincre avec de magnifiques présentations PowerPoint et où les jeunes filles communiquent enfin clairement leurs sentiments grâce à des « émojis ». Et puis cet homme est si attardé qu’il prend la parole sous des voûtes gothiques. Cette architecture … n’a rien des fonctionnalités d’une salle de réunion. Ses vieilles stalles ne possèdent ni prises électriques ni Wi-Fi. Elles nous assignent encore à un lieu matériel, Et ce lieu matériel oblige l’homme qui y prend la parole à ne pas parler trop vite, à cause de la réverbération. Il doit ralentir son débit, à l’heure du haut débit. Voilà qui le condamne d’entrée de jeu. Enfin, pour comble, il prend parole sous les voûtes de Notre-Dame, autant dire dans les jupes de sa mère, et il le fait à la demande d’un archevêque de Paris, figure archaïque de l’autorité paternelle, qui a la fantaisie de se coiffer avec des mitres et qui estime même, dans son obscurantisme, que le chapelet est plus puissant que le smartphone. Cette conférence se passe donc aujourd’hui, 18 février 2018, mais elle aurait pu aussi bien se passer – elle passait d’ailleurs beaucoup mieux – au Moyen Âge. Alors pourquoi en sommes-nous encore là ? »

 

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Dimanche 11 mars 2018

Mireille,

Miséricorde ! Depuis hier matin, ce mot me poursuit. Hier, en effet, je lisais dans la lettre de saint Jacques : " Nous sommes des gens qui vont être jugés par une loi de liberté. Car le jugement est sans miséricorde pour celui qui n'a pas fait miséricorde, mais la miséricorde se moque du jugement. "

Miséricorde : le mot, certes, a vieilli. Témoin cette traduction du Magnificat, dans les psaumes de Gélineau, reprise jusqu’à maintenant dans toute la liturgie en français, où les mots latins : « Et misericordia ejus a progenie in progenies… » sont devenus « son amour s’étend d’âge en âge sur ceux qui le craignent » Et des traductions récentes emploient le mot pitié. Hélas ! C'est réduire de moitié le sens originel du mot miséricorde. Une fois de plus, hier, je regrettais de ne pas savoir l'hébreu, parce que des spécialistes m'expliquent la richesse concrète qu'Israël mettait sous le mot. Il dit, non seulement la pitié qu'on éprouve, mais également la fidélité. Le sens premier du mot hébreu exprime, m'apprend-on, l'attachement instinctif d'un être à un autre. Et ce sentiment, d'après les Sémites, a son siège dans le sein maternel, comme dans les entrailles du père. Ce n'est que plus tard que les Grecs et les Latins désigneront le cœur comme siège de ce sentiment (Miséricorde = cœur qui prend pitié.) Et ce sentiment, aussitôt, se traduit par des actes : compassion ou pardon. Le mot s'applique d'abord à Dieu. Il se présente à Moïse, sur le Sinaï, comme « Le Seigneur, le miséricordieux, lent à la colère, plein de fidélité et de loyauté. »  Et l'Islam a repris cette appellation pour « Allah, le tout miséricordieux, le très miséricordieux »  Un Dieu qui veut se lier avec les pauvres humains que nous sommes.

Pas étonnant, alors, qu'il nous soit demandé, à nous aussi, d'être (ou de devenir) des miséricordieux, et donc de manifester, non seulement par des sentiments, mais par des actes, cette miséricorde. Et c'est là que je m'interroge, depuis hier matin. Comment être miséricordieux dans notre monde d'aujourd'hui ? Quand je traduis le texte des Béatitudes selon saint Matthieu, pour « Heureux les miséricordieux », sachant que le mot ne dit pas grand chose à nos contemporains, je dis, d'abord : « Heureux ceux qui ouvrent leur cœur à la misère des autres », et j'ajoute :« Heureux ceux qui pardonnent. »

Facile à dire, alors que l'on nous a appris, depuis tout petits, à « ne pas nous laisser faire » et où l'on réclame justice pour tous les torts qu'on peut nous causer (quand on ne se fait pas justice soi-même). Il faudrait pouvoir faire un saut dans le monde de la miséricorde, pour que « la miséricorde se moque du jugement ». Facile à dire ? Et si on s'y risquait ? En effet, si le mot « miséricorde » a vieilli, c'est peut-être parce que la réalité qu'il doit exprimer est en train de régresser. Pourvu qu'il ne meure pas.

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Jeudi 8 mars 2018

Mireille,

 

Autrefois, toute grande fête liturgique avait son octave : huit jours au cours desquels les chrétiens étaient invités à digérer la bonne nouvelle – Noël, Pâques ou Pentecôte – que cette fête avait célébrée. Qu'il me soit permis, aujourd'hui 8 mars, de célébrer l'octave de mon propre anniversaire. Il y a huit jours, le 1er mars, vous avez été très nombreux à m'adresser des petits mots d'amitié pour vous joindre à moi et fêter mon quatre-vingt dix septième anniversaire. Je me dois de vous en remercier.
 

L'un d'entre vous m'a demandé : « Qu'est-ce que ça te fait, d'avoir quatre-vingt dix sept ans ? » Que lui répondre ? Les dates qui jalonnent le temps ne sont que des repères. Un jour anniversaire n'est qu'un jalon. Étymologiquement, le mot « anniversaire » a deux racines : d’abord « an », année, et ensuite « vers », du latin vertere, qui signifie « tourner ». C'est bien ainsi que j'entends toute journée : on tourne une page. Et au bout de 365 jours, on tourne une année. Entre le passé et l'avenir, il y a le jour présent. Le passé, c'est passé. Je ne m'y attarde pas. Encore qu'au long des décennies écoulées, j'aie commencé à apprendre à vivre et qu'il me faille en être reconnaissant. Toutes les rencontres d'une vie sont tellement enrichissantes ; tous les événements qui l'ont marquée m'ont tellement formé, amitiés très fortes et parfois désillusions cruelles, sans oublier les fautes ou les accidents : tout est formateur. Mais plus que le passé, il y a l'avenir. Je suis terriblement curieux, je vous le dis souvent. Eh bien je crois qu'aujourd'hui, c'est ce sentiment qui domine en moi : la curiosité. Je voudrais bien savoir de quoi demain sera fait. Je voudrais bien savoir combien de temps ça va encore durer, les années qui furent jusqu'ici la trame de ma vie. Pourtant, tourné vers l'avenir, espérant l'avenir, je ne me laisse pas séduire par les illusions. Ce qui est le plus important, c'est aujourd'hui, huit mars deux mille dix huit. Pour un merci à Dieu et à vous mes amis, d'hier et d'aujourd'hui, et pour cette simple journée qu'il s'agit de vivre le mieux possible. Dans la confiance.

 

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Dimanche 4 mars 2018

         Mireille,

            On en apprend, des choses, pour peu qu’on soit curieux. Ainsi, je lisais hier, dans un ouvrage bien documenté, que les neurologues constatent que les « états transcendants unitaires » ont un effet bénéfique sur l’hypothalamus et le système nerveux autonome. Autrement dit, ajoute l’auteur, « des études ont montré que la participation à des activités spirituelles telles que prières, offices ou méditations peuvent faire baisser la pression sanguine et le rythme cardiaque, réduire les niveaux de cortisone hormonale et susciter des améliorations dans le système immunologique de l’individu. »  Les croyants auraient donc, dit-il, « une espérance de vie supérieure, moins d’infarctus et de maladies cardiaques que les autres. »Et de citer le Dr Koenig, du centre médical de la Duke University : « Le défaut d’engagement religieux a un effet sur la mortalité équivalent à quatre années de tabac avec un paquet de cigarettes par jour. » Pourquoi, ajoute-t-il, rejeter les données brutes recueillies par médecins et psychiatres d'outre-Atlantique ? Avec le sourire, il conclut : « Et l’homme dit « que l’Eternel soit », et l’homme vit que c’était bon pour lui. Et il Le garda par-dessus lui. » CQFD.
           
Dieu, à quoi ça sert ? A rien, pensent certains de nos contemporains. Claudel rétorque : « Il nous sert à le servir » Ce qui est une autre manière de voir les choses. Mais, de là à penser qu’il sert à réguler notre tension et à faire baisser notre taux de cholestérol, il y a une marge ! Personnellement, je n’aime pas beaucoup ce genre d’apologétique. Il me suffit de savoir que je suis aimé de Lui « et tout le reste me sera donné par surcroît ».

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Jeudi 1er mars 2018

Mireille,

Un publicitaire a jadis publié les résultats d'une étude sur l'"âge subjectif" des Français. C'est-à-dire l'âge que l'on se donne, indépendamment de l'âge réel. Près de 10 000 personnes avaient répondu à trois questions :
* Je fais les choses comme si j'avais... tel âge.
* J'ai les mêmes centres d'intérêt qu'une personne de.... tel âge.
* Au fond de moi, j'ai le sentiment d'avoir.... tel âge
.
La moyenne des trois réponses avait pour but de calculer l'âge subjectif que chacun s'accorde. Les résultats de cette consultations sont instructifs. Avant 20 ans, la tendance des jeunes est plutôt à se vieillir, histoire de rejoindre le club des "grands". Mais sitôt franchie la barrière de l'adolescence, la tendance est au rajeunissement. Et plus on est âgé, plus on se rajeunit... mentalement. De 1,2 an entre 20 et 34 ans, de 8 ans entre 35 et 49 ans, de 15 ans pour ceux qui ont entre 50 et 64 ans et - tenez-vous bien - de 19 ans pour les 65 ans et plus. Les trois-quarts des seniors agissent et pensent comme s'ils étaient plus jeunes. Refus inconscient de son âge réel ? Refus inconscient de la mort ? C'est vrai qu'accepter son âge, c'est accepter dans sa tête l'idée de mourir un jour.

Ce matin, quand je me suis réveillé et que mon esprit a surgi – lentement - des brumes de l'inconscienmodifiert, je me suis souhaité un Joyeux Anniversaire. Puis, en me regardant dans la glace, je me suis demandé s'il n'y avait pas quelque erreurs dans l'état civil qui me donne 97 ans. Tant le teint paraissait frais, l'oeil vif, l'esprit délié. Certes, je ne me fais pas l'illusion de me rajeunir de 19 ans. Je suis réaliste et, comme dit le psaume : "L'homme, ses jours sont comme l'herbe : comme la fleur des champs il fleurit ; dès que souffle le vent, il n'est plus, même la place où il était l'ignore." Et l'arthrose, un accident suivi de quatre mois d'hospitalisation, une lente rééducation motrice, ainsi que les divers petits désagréments du grand âge, sont là pour me rappeler mon âge réel. C'est pourquoi, ce matin, au lever, je me suis redit le petit poème du plus ancien de mes poètes préférés, Clément Marot :

"Plus ne suis ce que j'ai été
Et plus ne saurais jamais l'être
Mon beau printemps et mon été
Ont fait le saut par la fenêtre..
Amour, tu as été mon maître
Je t'ai servi sur tous les dieux
Ah, si je pouvais deux fois naître
Comme je te servirais mieux ! "

 

oOo

Dimanche 25 février 2018


Mireille,

 

On demandait un jour au poète Paul Claudel – qui avait été consul de France en Chine – ce qu'il pensait des Chinois. Il répondit : « Je ne les connais pas tous ». J'aime à citer souvent cette réponse pleine d'humour. Je l'ai fait, hier encore, lors d'une conversation entre amis. L'un d'eux nous racontait que sa petite chienne, qui d'ordinaire est gentille, s'était montrée soudain très agressive lorsqu'un jeune garçon africain était entré dans la maison. Ce qui avait profondément étonné son propriétaire. C'est alors que l'un de nos amis lui a déclaré que d'une façon générale tous les chiens sont agressifs en présence d'étrangers. Là dessus, la discussion entre nous s'est engagée, chacun émettant ses propres opinions sur les chiens (qui sont toujours fidèles) ou les chats (très indépendants)... Je me suis alors permis de citer Claudel.

J'aurais pu alors battre ma coulpe, me rappelant une diatribe que j'avais jadis prononcée contre les chats, diatribe qui vous avait particulièrement irritée. Je le reconnais aujourd'hui : j'avais tort . D'autant plus tort que j'ai eu, dans ma vie, des rencontres sympathiques avec plusieurs représentants de la gent féline (paticulièrement quand ils sont jeunes et qu'ils aiment jouer). Par contre, il m'arrive de déclarer la guerre à des chats-chasseurs dont le sport préféré est la destruction des nids de merles et le génocide de leur jeune progéniture. On ne va donc pas mettre tous les chats, chattes et chatons dans le même sac. Il en est de même pour les chiens. Et ce n'est pas parce que j'ai eu un premier chien qui s'est montré particulièrement infidèle que je qualifierai d'infidèle toute la race canine.

Je pourrais continuer ma réflexion matinale en critiquant toutes ces idées reçues que nous formulons si souvent en mettant toutes les catégories d'humains dans le même sac. Non seulement les Chinois, mais également «  les arabes, les réfugiés, les chômeurs, les capitalistes, les Juifs, les étrangers, les protestants, les catholiques, les jeunes (vous pouvez continuer la liste), en ajoutant chaque fois : « Mais j'en connais un qui n'est pas comme les autres. » Je me contenterai de citer un autre personnage célèbre. Lors d'un meeting où le général De Gaulle prenait la parole, il fut interrompu par un anonyme qui, dans la foule, cria : « Mort aux cons ! » Ce à quoi le général répondit simplement : « Vaste programme. » !


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Jeudi 22 février 2018

 

Mireille,

 

C'est le 16 décembre de l'an dernier que notre nouveau MURMURE a vu le jour. Deux mois plus tard, il est bon de faire un bref bilan. Pour cela, nous n'avons qu'un seul chiffre. A ce jour, le compteur nous annonce qu'il y a eu 3900 visiteurs, ce qui fait une moyenne de plus de 60 personnes par jour. C'est réconfortant. Par contre, je rencontre tous les jours des gens qui ne savent pas qu'un nouveau Murmure existe. C'est qu'ils cherchent régulièrement sur Google et qu'ils y trouvent de multiples références indiquant l'ancienne page perso, et une seule annonce qui nous ouvre sur le nouveau Murmure. L'ancienne formule a cessé de paraître en juillet 2017, mais, à ce jour, il nous a été impossible de la faire disparaître des annonces de Google, si bien qu'à ma connaissance, les lecteurs du nouveau Murmure – vous par exemple - sont beaucoup moins nombreux que ceux qui l'ignorent. J'en ai encore trouvé la preuve lors du piratage de mon adresse électronique. Dans les minutes qui ont suivi, je publiais une mise en garde dans cette Lettre à Mireille. Or, pendant les jours qui ont suivi, ce sont des centaines d'anciens lecteurs de Murmure qui m'ont contacté pour m'en alerter. Ils ne savaient pas que Murmure nouvelle formule existait et que j'y avais publié dès les premiers instants de ce dommage une mise en garde. . Et voilà que pendant que je vous écris, un vieil ami suisse me téléphone, et son appel confirme mes craintes : il s'apprétait à verser de l'argent aux voyous qui ont piraté mon adresse.

Coment faire pour avertir tous ceux qui ne connaissent pas ce nouveau Murmure ? A ma connaissance, nous n'avons pas d'autre moyen que le bouche à oreille. Les secours des médias sont d'un prix prohibitif, vous ne l'ignorez pas. Mais si chacun de vous, amis lecteurs fidèles et astucieux, se faisait diffuseur de la nouvelle adresse de notre site (www.murmure-est-la.eu), ce serait certainement efficace. Et, pendant que j'y suis, encore une nouvelle invitation : sur ce souveau site, il y a une rubrique « contact » qui vous permettra de communiquer avec nous pour des remarques, des critiques, des précisions, des rectificatifs ou des approbations. A votre service.

 

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Dimanche 18 février 2018

Mireille,

Cette année, le jour des Cendres a été concurrencé par la Saint Valentin, fête de tous les amoureux. Si vous n’avez pas encore commencé le Carême, il n’est pas trop tard pour vous y mettre. Ce matin, au premier temps de cette quarantaine, Jésus nous y invite. Il nous redit, comme il l’avait fait au premier jour de son ministère en Galilée : « Convertissez-vous et croyez à la bonne nouvelle. » Encore faut-il bien comprendre ce qu’il nous demande, et pour cela, savoir ce que ce signifie ce mot « convertissez-vous ». Le texte latin dit « poenitemini » qu’on peut traduire par « faites pénitence » ou repentez-vous. Mais le texte original grec dit « metanoeite », littéralement changez d’idée. Donc, à mon sens, l’invitation à se convertir est infiniment plus positive et plus large qu’une quelconque invitation à se repentir.

J’en reviens à des souvenirs d’enfance. J’étais alors, vers 8-9 ans, membre de la Croisade Eucharistique. On nous vantait, à l’époque, un enfant, Guy de Fontgalland, mort à l’âge de 11 ans, quelques années  plus tôt. On venait alors de demander qu’il soit canonisé ; il était  un exemple pour les enfants de l’époque. Pensez donc : il multipliait les petits sacrifices quotidiens. Et notre devise de « croisés » était « Prie, communie, sacrifie-toi, sois apôtre. » Des « petits sacrifices » ? Certains en arrivaient à mettre des petits cailloux dans leurs chaussures. C’était comme une incitation à pratiquer des formes de masochisme !

Je dis souvent que je suis né, que j’ai été élevé et même que je suis devenu prêtre dans une Eglise tout autre que celle dans laquelle nous vivons aujourd’hui. On disait autrefois « faites pénitence », tandis qu’aujourd’hui je vous invite à la conversion, c'est-à-dire à changer d'idées, de comportements, d’une manière plus positive. Il y a tant d’idées reçues, tant de manies, tant de préjugés qui nous sclérosent. Il faut savoir nous en débarrasser. Et donc, si chaque jour de notre chemin vers Pâques, nous pensions à modifier l’une ou l’autre de nos habitudes ? « Je suis comme je suis, je suis faite comme çà », chantait jadis une de nos célèbres vedettes. Hélas, si nous en restons là, c’est que nous sommes en train de nous vieillir irrémédiablement. Le Carême, au contraire, c’est le temps propice au rajeunissement. Bon Carême.
 

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Jeudi 15 février 2018

 

Mireille,

 

Avez-vous reçu, vous aussi, un faux message d'un faux Léon ? Dans ce cas, vous êtes parmi les centaines d'amis qui, depuis dimanche soir, m'alertent par tous les moyens de communication possibles. Oui, en effet, j'ai été piraté, sans pouvoir réagir ni conjurer les dégats éventuels. J'ai simplement pu alerter les lecteurs de cette lettre (voir ci-dessous). Peut-être êtes-vous de ceux-là, et c'est tant mieux pour vous, mais beaucoup plus nombreux sont ceux qui ont reçu le faux message et qui n'avaient que leur propre perspicacité pour distinguer le vrai du faux et réagir en conséquence. Quant à moi, impuissant, je n'ai pu que répondre à celles et ceux d'entre vous qui m'ont contacté de multiples manières et les détromper.

 

Vous avez été très nombreux à m'alerter, à s'inquiéter, dans un premier temps, de mon état de santé, à me demander ce qu'il en était en réalité. D'abord ceux qui m'ont prévenu dès les premières minutes, vers 21 heures, dimanche soir : ils avaient le souci des amis qui risquaient de tomber dans le piège ; d'autres tenaient à me manifester leur amitié fidèle. Mais la plupart d'entre vous me demandaient ce qu'il en était en réalité.

Ah, cette journée de lundi ! Si vous m'aviez vu harcelé par tant d'appels téléphoniques, répondant alternativement avec l'un ou l'autre des appareils, fixe ou mobile. Et les mails qui me parvenaient, nombreux, d'un peu partout. De France, naturellement, mais aussi de Belgique, du Canada, de Suisse, et – le dernier - de La Désirade (La Guadeloupe).

 

Il faudra qu'un jour je vous raconte tous ces témoignages d'amitié, si divers, si touchants, que j'ai gardés. Depuis cette dame qui n'osait pas me téléphoner, puisque j'avais un cancer du larynx et donc que je n'avais plus de voix, jusqu'à ce fidéle correspondant qui, pressantant une issue fatale, écrivait : « Bonjour,cher père Léon. Que devenez-vous ? Votre site s'est hélas éteint, et je me suis longtemps demandé ce que vous êtes devenu. Peut-être l'arrivée près du Père ce dont j'ai pensé pour vous. Merci pour toute l'exemplarité de votre vie. A nous revoir un jour. »

 

Eh bien non, je suis bien vivant, Dieu merci. Quant à notre site – il faut l'annoncer autour de vous – il revit depuis la mi-décembre sous cette appellation : www.murmure-est-la.eu - Et nombreux en sont déjà les lecteurs fidèles. Demeure un seul souci : pourvu que personne n'ait été, par compassion pour moi, jusqu'à procurer la somme demandée au voyou qui m'a piraté.
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11 février 22 heures - Alerte. Je viens d'être piraté. Si vous avez reçu un mail de moi, vous demandant de l'argent et vous parlant de mon état de santé, surtout ne répondez pas. C'est un faux. Je vais bien. Je suis en train de remédier à cette infection informatique. Et bonne nuit. Léon Paillot.

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Dimanche 11 février 2018

 

Mireille,

 

Sarah a fait une chute dans la rue. Elle s'est relevée, sans aucun mal, mais c'est son smartphore qui a été la victime de cette chute : son écran est cassé. Catastrophe ! Sarah est malheureuse. Que faire ? Il paraît qu'il y a des spécialistes capables de faire la réparation... pour 100 euros ! Trop cher pour elle.

Heureusement, Audrey, qui a deux appareils, en a prêté un à Sarah. Il suffit de changer la carte Sim, et voilà : le malheur est effacé, le sourire réapparait. C'est comme si la vie pouvait enfin reprendre son cours. Lamartine écrivait jadis ce vers célèbre : « Un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». De nos jours, pensant aux jeunes générations qui nous succèdent, je crois pouvoir dire des téléphones portables qu'ils leur sont devenus indispensables à un tel point qu'un seul de ces objets vous manque et tout est dépeuplé.
 

Comme mes deux interlocutrices ne se séparent jamais de leur smartphone, je leur ai demandé ce qu'elles en faisaient la nuit. La première m'a dit qu'elle le posait près d'elle, sur sa table de nuit ; la deuxième a précisé qu'elle le gardait avec elle, dans son lit ! Et toutes deux ont convenu que c'était pour elles une dépendance, comme une sorte d'esclavage. Audrey a raconté que son petit neveu, qui a trois ans, en réclame un, et toutes deux m'ont cité des faits du même acabit.
 

Et pourtant, j'ai tenu à préciser que si l'usage de tels appareils vire à une manie assez ridicule, ce n'est pas une raison pour incriminer les appareils eux-même : sans être indispensables, il faut reconnaître qu'ils sont bien utiles. Ils sont, parmi tous les moyens de communication qui sont aujourd'hui à notre disposition, bien souvent nécessaires. Donc, je ne serai pas de ceux et celles, anciens de ma génération, qui se refusent à y voir un progrès certain. Pour Noël, des amis m'ont offert l'un de ces appareils ultra-sophistiqués. Bien sûr, je peine à l'utiliser, et comme souvent en la matière, ce sont les jeunes qui m'instruisent en ce domaine. Mais, à certains jours, je dois reconnaître que c'est bien pratique. Et pourtant, il ne me viendra jamais à l'esprit d'en faire l'éternel compagnon de mes journées et, surtout, de mes nuits.

 

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Jeudi 8 février 2018
 

Mireille,
 

Pauvres gens. Depuis le début du mois, tout s'en mèle pour créer de véritables catastrophes dans un certain nombre de régions. Chaque jour, la télé démarre ses bulletins d'information avec des images saisissantes : quand ce ne sont pas des villes et des villages envahis par les fleuves qui débordent, ce sont des régions submergées par d'imposantes chutes de neige. Et même, dans la région parisienne, la coalition de la Marne, de la Seine et de la neige pour submerger des zones pavillonaires. La totale !

Par contre, ma petite région semble préservée jusqu'ici de ces éléments déchaînés. Il y eut, certes, la crue du Doubs et de la Loue, mais mon « village » en fut partiellement préservé ; Rien de comparable à l'une des précédentes, lorsque mon rez-de-chaussée fut totalement inondé. Certes, depuis le début du mois, il fait froid et le soleil se fait rare, mais nous ne igurons pas parmi les départements « en résidence orange ».

Quant à moi, je suis toujours « en résidence forcée » à mon domicile et si je ne mets pas le nez dehors, je me contente de regarder par la fenêtre.Plus que regarder : contempler. Car depuis le début de l'année, j'assiste jour après jour à la renaissance de la nature. En plein hiver, et malgré le froid, mon terrain voit naître et grandir quantité de fleurs. Les perce-neige en premier, bien timides dans les premiers jours, et totalement épanouies aujourd'hui. Ont suivi les primevères, d'abord esseulées, et maintenant en colonies de plus en plus nombreuses. Commencent actuellement les crocus, aux vives couleurs qui tranchent sur le blanc éclatant des perce-neige. Je ne me lasse pas de contempler. Ces fleurs me donnent la plus belle leçon. Alors que chacun s'enmitoufle et cherche à se préserver du froid, voilà que de petites humbles fleurs s'en moquent et bravent couragement la pluie, le gel et la neige : la vie plus forte que les forces de mort. Il y a là de quoi nous redonner courage, n'est-ce pas !

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Dimanche 4 février 2018

 

Mireille,

 

Depuis l'accident qui m'a handicapé pour de longs mois, j'ai eu le temps de réfléchir et de me demander pourquoi j'avais réagi positivement à ce qui m'arrivait. J'en parlais hier encore avec ma sœur qui s'étonnait de m'avoir vu, dès les premiers instants de cet accident, d'une totale sérénité, comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre. Effectivement, pas un seul instant je n'ai souffert, ni avant, ni après les deux intenventions chirurgicales, ni pendant les quatre longs mois d'hospitalisation. Ce qui m'a donné le loisir de réfléchir souvent à l'expérience nouvelle qu'il m'était donné de vivre.

 

Etonnante pour moi, cette découverte d'un univers que je ne connaissais jusque là que de l'extérieur : le monde hospitalier. Chirurgiens, médecins, infirmières (et infirmiers), aide-soignantes, personnel des services divers... et mes voisins malades, qui sont désignés sous l'appellation de patients, étymologiquement « ceux qui souffrent ».

Un monde, avec le bien et le mal, l'indifférence et la pitié, la dureté et la douceur, les gestes de profonde humanité et ceux qui ne voient dans les patients que des objets. Personnellement, j'ai eu le bonheur de rencontrer, dans le personnel soignant, des femmes et des hommes d'une grande humanité, d'un dévouement et d'une compétence exemplaires, pleinement au service de mes voisins patients, ceux qui souffraient en silence et ceux qui criaient leur misère. L'une de ces dernières appelait sans cesse, pendant des heures, avec des cris et des gémissements, sans que personne ne vienne à son aide. Seule, la personne qui faisait le nettoyage de ma chambre murmurait avec pitié : « la pauvre femme ! »

 

Quelle leçon pour moi ! L'évangile de ce dimanche insiste pour nous rappeler combien Jésus savait s'approcher des malades, partout où il était. «  La ville entière se pressait à la porte. Il guérit beaucoup de gens atteints de toutes sortes de maladies », nous dit saint Marc. Je voudrais bien, après être sorti des hopitaux, manifester la même compassion (étymologiquement : souffrir avec...) que Jésus manifestait sans cesse. Et ne jamais passer, indifférent.

 

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Mercredi 31 janvier 2018

 

Mireille

 

Roger Meunier est mort. Et j'ai de la peine. Comme chaque fois que je perds quelqu'un qui m'est proche. Roger, je le connaissais depuis un après-midi de juillet 1944. J'entamais alors mon ministère de vicaire à la paroisse Saint Christophe de Belfort. Une bande de gosses de la Vieille Ville traversait la rue. Ils s'arrêtèrent devant moi, le jeune prêtre inconnu d'eux, et on fit connaissance. Il y avait entre autres Lucien, Serge, Jacques... et Roger. Il avait 12 ans. Je suis resté ami de quelques-uns d'entre eux. De Roger jusqu'à ce jour. Il était encore venu manger chez moi il y a quelques semaines, avec plusieurs de nos amis communs.

Notre histoire commune, nos destins. Il y eut le patronage, les Coeurs Vaillants, le Praz-de-Lys particulièrement. Ah, la colo du Praz-de-Lys, et les amis moniteurs et monitrices, Pierre Grudler et Pierre Boudot, Roland et Jacqueline Fiétier, Monique, Malou, Serge, pour ne parler que de celles et ceux qui nous ont précédés dans l'Eternité.

Pour Roger, après l'Ecole Normale, il y eut la guerre d'Algérie, Bernadette, le métier d'instituteur exercé avec compétence et passion, les enfants, les deuils, la retraite, la maladie... et la poésie. Car Roger était un vrai poète. Il était tellement sensible ! Et chacun se souvient des poèmes qu'on recevait chaque année pour les vœux de Noël.

J'allais oublier « les amis ». Et si Roger était remarquablement fidèle en amitié, il souffrait beaucoup lorsque l'un d'entre eux l'abandonnait. Depuis quelques années, on sentait combien il souffrait de la solitude, lui qui, tout au long de sa vie active, avait été un homme de relations, participant activement à des mouvements chrétiens de service des plus démunis de nos sociétés, notamment le service des handicapés.

J'ai retrouvé, dans un des livres que Roger publia naguère, cet Adieu que je me permets de vous transmettre de sa part.

 

« Je vous aimai naguère

Vous ne l'avez pas sû

Nos chemins sur la terre

Ne se croiseront plus
 

Alors c'est en ailleurs

Bien au-delà du cœur

Loin de ce monde fou

Que je vous donne Rendez-vous. »

 

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Dimanche 28 janvier 2018

 

Mireille,

 

Sarah est une petite jeune fille que son école a envoyé faire un stage dans l'organisme d'aide aux personnes âgées qui s'occupe de moi depuis ma sortie de l'hôpital. Chaque jour, matin et soir, une aide-soignante vient chez moi pour m'assister et, depuis le début de la semaine, elle est accompagnée de Sarah, à qui elle enseigne les tâches habituelles de sa profession. C'est ainsi que, l'autre jour, Sarah devait préparer le thé de mon petit déjeuner. Comme je terminais ma tasse, elle m'a demandé : « Alors, mon thé, c'est le meilleur ? » Je lui ai répondu simplement : « Il est bon », et je lui ai immédiatement ajouté l'un de mes adages préférés : « Le malheur de l'homme, c'est de comparer ! »

Car la question de Sarah signifiait qu'elle me demandait de comparer sa manière de faire le thé à celle de ses collègues, à son avantage, naturellement. Et personnellement, je me refusais à entrer dans ce jeu de comparaisons, tant il peut être dangereux. J'ajoute souvent à mon adage préféré : « ...car se comparer en mieux mène à l'orgueil, et se comparer en moins bien mène à la jalousie, tous deux péchés capitaux qui, aux dires de mon vieux catéchisme, 'sont appelés capitaux parce qu'ils sont à la source, à la racine de tous les péchés' ».

 

Je lis dans l'évangile de ce dimanche que lorsque Jésus enseignait, « on était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes. » Ainsi, je constate que déjà à cette époque-là les gens étaient tombés dans ce travers : ils comparaient, pour les opposer, l'enseignement de Jésus et celui des scribes : il n'enseignait pas COMME les scribes.

 

Ah, ce COMME ! Je crois qu'il est aussi vieux que l'humanité. Ne sommes-nous pas un peu comme Sarah, à vouloir toujours tout comparer, à nous comparer aux autres, avec orgueil ou jalousie, et à comparer les uns et les autres.

Rappelez-vous l'histoire du pharisien et du publicain que Jésus racontait à ses auditeurs. Typique, ce pharisien qui, dans sa prière, s'adresse à Dieu « Je te rends grâce, lui dit-il, parce que je ne suis pas comme les autres hommes qui sont menteurs, voleurs ou adultère.. » Lui, au contraire, est un bon pratiquant. Et pourtant, nous dit Jésus, ce n'est pas lui qui est justifié, mais le publicain qui se contente de demander la pitié de Dieu parce qu'il se sait pécheur.

A méditer !

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Jeudi 25/01/2018

 

Mireille,

 

Quelle belle journée que celle que j'ai vécue hier ! Pour la première fois depuis mon retour à la maison, j'ai pu prendre une douche. Rendez-vous compte : il y avait six mois et quinze jours que cela ne m'était pas arrivé. C'est bien d'être soigneusement lavé, chaque matin, des pieds à la tête, par une aide-soignante à domicile, mais ce n'est pas comparable au plaisir de sentir l'eau ruisseler sur tout votre corps. C'était comme si toute ma peau s'éveillait soudain après un long sommeil.

 

A midi, j'ai pu me déplacer jusque chez ma sœur pour le déjeuner. Et – autre plaisir – il m'a été donné de remplacer l'ordinaire déambulateur par le caddie du magasin où j'ai pu faire personnellement mes courses, échanger avec la caissière comme avec des clients connus, reconnus...

. . . . . .

J'en étais là dans la rédaction de cette lettre lorsque ma réflexion prit un subit détour. Et j'en vins à me demander pourquoi je vous entretenais ainsi des événements d'une telle banalité de mon existence Pourquoi parler sans cesse de moi ? « Et moi, et moi, et moi » comme dit la chanson ! N'est-ce pas pur narcissime ? Vous connaissez certainement l'histoire mythique de Narcisse, telle qu'elle nous a été rapportée par le poète latin Ovide. Un devin avait annoncé que le jeune Narcisse atteindrait un âge avancé « s'il ne se connaissait pas » Or l'enfant, en grandissant, se révéla être d'une beauté exceptionnelle, mais très fier, il repoussait toutes celles qui lui manifestaient leur amour. Il n'était amoureux que de lui. Un jour, alors qu'il s'abreuvait à une source après une dure journée de chasse, Narcisse vit son reflet dans l'eau et en tomba amoureux. Mais il ne put jamais rattraper sa propre image. Il finira par mourir noyé de cette passion qu'il ne pouvait assouvir. A cet endroit, on découvrira des fleurs blanches, des narcisses.

 

Alors, suis-je narcissique ? Selon quantité de sociologues, je serais ainsi semblable à l'immense majorité de mes contemporains. « Vive le je ! Quand on dit je, on est obligé de se mettre à nu et d'arrêter de tricher », ecrivait récemment un philosophe. Saint Augustin, lui, condamnait l'amour de soi. Saint Thomas d'Aquin critique ceux qui manquent d'humilité. Je préfère, quant à moi, me redire le conseil de Socrate « Connais-toi toi-même ». Plus j'apprendrai à me connaître, plus je serai obligé d'être vrai vis-à-vis de moi-même comme vis-à-vis d'autrui. Je m'aimerai, certes, mais dans une juste mesure. Je ne ferai pas de moi le centre du monde. Je ne ferai pas le malin. J'apprendrai sans cesse à « aimer mon prochain comme moi-même ».

 

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Dimanche 21 janvier 2018

 

Mireille,

 

Les Eglises chrétiennes sont entrées depuis jeudi dernier dans la « Semaine de l'unité ». Chaque année, du 18 au 25 janvier, nous sommes invités à nous unir dans la prière et dans diverses manifestations de circonstance, nous catholiques, protestants, orthodoxes ainsi que tous les chrétiens qui, sous diverses appellations, partagent la même foi au Dieu de Jésus Christ. Je souhaite que vous portiez vous aussi avec les millions de chretiens du monde entier, ce souci de l'unité. Dans la prière, bien sûr. Mais pas seulement dans la prière. Il faut ajuster tous nos comportements à cette prière commune. Car la prière ne suffit pas. « La foi qui n'agit point, est-ce une foi sincère ?» (Racine)

 

On revient de loin. Quand j'étais enfant, nous aimions que notre maman nous raconte ses années de jeunesse, sa paroisse de la montagne du Doubs, et quel fut son dépaysement lorsque, jeune mariée, elle vint habiter « dans le bas », comme disent les habitants du Haut Doubs avec un sentiment de supériorité. Les gens de son village, à commencer par son curé, lui disaient que c'était une pitié que d'aller se perdre dans un pays peuplé de communistes, d'athées et surtout de protestants. Ils lui faisaient maintes recommandations pour qu'elle préserve son âme et son esprit de toute déviance...

 

Le jeune couple s'installa dans un « garni » dont les propriétaires étaient libre-penseurs. Des gens ouverts, accueillants, qui considéraient notr maman comme leur fille. La propriétaire lui apprit quantité de techniques pour en faire une parfaite ménagère et une bonne cuisinière. Elle lui en fut toujours reconnaissante. Puis nos parents, dans la perspective de ma naissance, trouvèrent un autre logis, dans la maison de fervents protestants. Et là encore, des liens de confiante amitié se nouèrent. Que de fois notre maman nous parlait de « la Jeanne » qui, jeune fille, avait bercé le petit bébé que j'étais. Ces hommes, ces femmes se révélaient être ouverts, accueillants, sympathiques, fréquentables.

 

C'est ainsi que commença ce que je décris come une conversion : pour mes parents comme pour leurs hôtes, des liens se sont créés pour une réelle ouverture d'esprit. Plus question de mettre sur l'autre des étiquettes plus ou moins infâmantes ou discriminatoires. Le respect de l'autre dans ses différences était prédominant. Tout devenait possible. Et tout fut possible. Nos parents furent pour nous des modèles de chrétiens ouverts aux autres, sans aucune prévention, sans aucun préjugé. Et cela jusqu'au dernier jour. Je me souviens d'un soir où nous revenions, parents et enfants, d'une fête organisée par une association familiale. Mes parents manifestaient leur bonheur : pour la première fois, ils avaient vu, côte à côte, le pasteur et le curé de notre « village ». L'oecuménisme de proximité était en train de naître chez nous. C''était dans les années 20.

Depuis, il y a eu des progrès constants, une mutuelle reconnaissance, tant d'initiatives communes. Et cependant il reste encore beaucoup à faire. Etymologiquement, le mot oecuménique évoque « l'ensemble de terres habitées ». Nous qui habitons la même terre, le même pays, le même village, nous avons sans cesse à apprendre à cohabiter. A commencer avec notre voisin. Fraternellement. Bon courage.

 

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Jeudi 18 janvier 2018

 

Mireille,

 

C'est un des sujets du journal télévisé du soir qui a retenu récemment mon attention. Le sujet : une nouvelle mode, qui consiste à se lever très tôt. On nous expliquait que c'est devenu une mode, dans la bonne société, que de se lever très tôt Plus précisément vers 4 ou 5 heures du matin.

Je n'ai pas très bien compris quel était l'avantage d'une telle habitude. En tout cas, c'est contraire à mes manières de penser et d'agir : j'ai toujours eu du mal à me lever tôt. Aujourd'hui encore, alors qu'il faut que je sois debout pour accueillir les personnes qui viennent quotidiennement m'assister pour les premiers soins dont j'ai besoin depuis mon retour de l'hôpital, vers 7h30 ou 8 heures.

Pensez donc : au petit séminaire, nous nous levions chaque matin à 5h30. J'estimais alors – et je le pense aujourd'hui encore – que c'était une forme de sadisme de la part des autorités qui avaient concocté ce règlement. Aussi, lorsque je parvins à l'âge de la retraite, je décidai de récupérer toutes ces heures de sommeil qui m'avaient si longtemps fait défaut et de me lever lorsque j'en aurais envie. Ce qui n'est pas toujours possible, bien sûr. Mais souvent je me répète les paroles du psaume qui déclare « Vanum est vobis ante lucem surgere », ce qui signifie qu«il est parfaitement inutile de se lever avant la lumière du jour ».

Lorsque j'étais jeune vicaire, mon curé était de cette sorte d'hommes qui ont du mal à se lever tôt. Il n'arrivait jamais à arriver à l'heure pour célébrer la messe matinale quotidienne. Ce qui le rendait de mauvaise humeur pour le début de chaque journée. Aussi, il était bon et salutaire de ne pas chercher sa compagnie lors du petit déjeuner. J'ajoute que, le reste de la journée, notre curé était d'excellente humeur et homme de bonne compagnie.

Bref, je ne vois toujours pas – sauf cas de nécessité absolue – l'interêt qu'il y a d'un lever trop matinal. Certes, je connais le proverbe qui dit que « l'avenir est à ceux qui se lèvent tôt ». Mais je ne crois pas que c'est universellement vrai. Personnellement, je ne fais pas dépendre mon avenir de l'heure de mon lever. Et vous ?      

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Dimanche 14 janvier 2018

 

Mireille,

Lundi dernier, je suis retourné à l'hôpital dans lequel j'ai passé plusieurs mois l'été dernier. Le chirurgien qui m'avait opéré alors tenait à vérifier la qualité de son travail Ce qui est bien légitime de sa part et manifeste une réelle conscience professionnelle. Celui qui m'avait opéré une première fois et dont l'intervention s'était révélée catastrophique n'aurait certes pas pu en faire autant.

 

Mes séjours d'été en trois établissements successifs ne m'ont pas laissé que d'heureux souvenirs, si bien que j'appréhendais de retourner une fois encore à l'hôpital central, même s'il ne s'agissait que d'une simple visite de contrôle. Je craignais même – certes à tort – qu'on ne trouve en cet examen un prétexte pour me garder de nouveau pour une raison imaginaire.

 

Il n'en fut rien, bien au contraire. J'ai même apprécié la qualité des services qui m'ont accueilli, et, toujours avec le sourire, m'ont dirigé successivement, de couloirs en couloirs de ce vaste labyrinthe, sans aucune vaine attente, jusqu'au bureau de mon chirurgien. Et quand sa porte s'ouvrit, c'est lui-même qui m'accueillit, accompagné de sa secrétaire. Voilà que je n'étais plus un numéro, ni même un objet, fût-ce un objet de soins, mais une personne. Certes, lors de mon hospitalisation, nous avions eu quelques échanges rapides, toujours, de sa part, d'ordre professionnel, mais lundi dernier, le professionnel cédait la place à un homme, tout simplement. Il a regardé l'état du pied qu'il avait opéré six mois plus tôt, s'est montré satisfait du résultat, puis m'a confié qu'au moment où il avait fait cette opération, qui en fait était la réparation d'une opération précédente, il avait éprouvé une certaine crainte tant le travail s'avérait délicat. Alors, nous avons pu échanger, en toute simplicité, lui, le chirurgien originaire de Syrie, et moi le prêtre qui s'efforce toujours d'être « catholique » c'est-à-dire « universel », au sens étymologique du terme.

 

J'aurais bien voulu que notre rencontre dure plus longtemps, mais il fallait penser à ceux qui attendent, n'est-ce pas ? Dans les longs couloirs qui mènent à la sortie, je me suis pris à me chanter une vieille chanson de ma jeunesse – c'est un texte de Paul Fort :

 

« Si tous les gars du monde / Décidaient d'être copains /:
Et partageaient un beau matin / Leurs espoirs et leurs chagrins...
Si tous les gars du monde / Devenaient de bons copains /
Le bonheur serait pour demain. »

 

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Dimanche 7 janvier 2018*

 

Mireille,

 

Avant-hier, j'avais le plaisir de recevoir trois de mes amis. Ils sont, parmi mes anciens paroissiens, de ceux qui me sont particulièrement proches. Nous avons vécu ensemble tant d'années, avec nos joies, nos entreprises, nos soucis et nos divers jours de bonheur. Or, au cours de notre conversation qui ne manquait pas de sujets variés, j'ai eu la surprise de les entendre me demander quand j'avais l 'intention de reprendre la gestion de notre site Murmure. Surprise pour moi ; Et grannd étonnement de leur part lorsque je leur annonçai que la publication de Murmure aavait repris depuis trois semaines. Eux, ils ne le savaient pas. Ils continuaient à chercher désespérément, soit la Lettre à Mireille, soit une homélie pour le dimanche suivant, soit l'une ou l'autre des rubriques rédigées par les membres de l'équipe. Et chaque fois, Google les renvoyait à des pages d'autrefois ; mais jamais au « nouveau Murmure ». Il a fallu que je leur raconte mes ennuis, mes recherches, toutes les démarches qui étaient restées infructueuses, jusqu'à ce que récemment survienne Nicolas, qui nous a créé un nouveau site, Grace à lui, nous avons pu conserver l'appellation : « murmure-est-la.eu » ainsi que la page contenant toutes archives de notre ancien site. Finies donc les anciennes « pagesperso » du serveur Orange. On se demande maintenant comment les faire disrparaître des divers moteurs de recherche..

Mais cela ne suffit pas. Et sans doute, vous aussi ainsi que tous les amis lecteurs fidèles, vous pouvez contribuer à la notoriété du nouveau murmure-est-la.eu : particulièrement en en parlant autour de vous. Ou par d'autres moyens de communication tout aussi efficaces. Pour le moment , la diffusion de ces pages est assez importante : plus de 1 000 lecteurs pour la pemière quinzaine, selon les chiffres du compteur. Mais que ne ferions-nous pas pour parvenir à une diffusion efficace de la Parole de Dieu ?

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Lundi 1er janvier 2018

 

Mireille,

 

En ce premier matin de l'an nouveau, je tiens à vous souhaiter une BONNE ANNEE .

Mais...

Je me demande dans quelle mesure nous sommes vraiment sincères lorsque nous souhaitons une Bonne Année à toutes les personnes que nous rencontrons ou avec qui nous aurons la chance de pouoir communiquer par tous les moyens de communication aujourd'hui à notre disposition. Il en est ainsi de tous les rites de notre vie en société : ils relèvent souvent d'un pur formalisme ou d'un reste de politesse héritée d'autrefois.

 

Souhaiter une bonne année à quelqu'un, c'est envisager avec confiance et bienveillance l'avenir qui sera le sien. C'est facile et cela ne nous engage pas beaucoup.Mais surtout, il faut préalablement, pour être sincères, nous demander comment nous enisageons notre propre avenir : bel et bon ? Ou farci de désagréables événements. Si je me pose la question c'est parce que je rencontre de plus en plus de gens qui, loin d'envisager leur avenir avec confiance, sont tournés avec nostalgie vers leur passé. Est-ce peur d'un avenir incertain ou regret d'un passé et de tout ce qu'il nous a apporté de petits bonheurs ou de grandes joies ? Comme si on vivait encore dans le regret du « bon vieux temps ». Je rencontrais récemment une de mes vieilles connaissances ; nous nous connaissons depuis une cinquantaine d'années.A mes yeux, il a bien réussi dans la vie professionnelle aussi bien que familiale. Or toute sa réflexion était d'un incroyable pessimisme. A ses yeux, rien n'est valable dans notre monde actuel, et même pas les remarquables découvertes qui, journellement, nous facilitent l'existence. Par contre, je me souviens avec bonheur de grands malades rencontrés à l'hopital, qui envisageaient leur avenir avec confiance, et dont l'allure réflétait cette confiance. A ceux-là on pouvait souhaiter une « Bonne Année » avec sincérité.

 

A chacun et à chacune d'entre vous, amis qui me lirez en ce premier jour de l'an, je souhaite donc que vous puissiez accepter avec plaisir mes vœux de Bonne Année. Pas seulement ce matin, mais tous les jours et tous les mois que nous aurons à vivre sur notre vieille terre. Avec un large sourire.

 

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30 decembre 2017

Mireille,

Depuis longtemps j'attendais ce jour pour le fêter. Et particulièrement tout au long de ces quatre mois d'hopital que je viens de vivre. C'esr alors que j'y pensais particulièrement, me demandant si j'atteindrais cette fin d'année suffisamment rétabli pour reprendre le service de notre site MURMURE.

Les soucis n'ont pas manqué, et particulièreent depuis mon retour à la maison, quand j'ai constaté que le serveur Orange de cette « page-perso » ne répondait plus et que les techniciens les plus compétents de ce serveur n'y pouvaient rien. Ce qui nous a obligés à créer un nouveau site, avec heureusement le même titre : murmure-est-la.eu. J'espère que la plupart d'entre vous, fidèles amis de Murmure, ont pu retrouver son chemin. Le compteur installé en fait foi. Et chacun de vous se chargera bien, j'en suis persuadé, d'en faire la publicité

Mais, au fait qu'avons-nous à fêter en ce 30 décembre 2017 ? Tout simplement l'anniversaire de Murmure. Notre site a vingt ans aujourd'hui. Cela mérite de se fêter. Il y a 20 ans, en effet, rares étaient les sites Internet. Nous en étions à la préhistoire de l'informatique. Il n'y avait que trois ans qu'avait été créée la FAI (le fournisseur d'accès à Internet) A l 'époque je me demandais comment j'allais occuper mes années de retraite à partir de 2001. C'est la constante fréquentation de mes jeunes paroissiens qui m'a poussé à envisager d'utiliser ce nouveau moyen de communication pour continuer à être prêtre, chargé de transmettre la Parole de Dieu par des moyen nouveaux.

 C'est Christophe qui se chargea de la réalisation du projet. Il était alots étudiant à l'ENST (Ecole supérieure des telecommunications, aujourd'hui Télécom ParisTech) A ma demande, il nous consacra une de ses rares journées de vacances, quelques jours après Noël. Ce fut une longue journée de travail, plus précisément de création, interrompue uniquement par un rapide repas à midi. Et voilà que vers 18 heures, Murmure était né ! Très rapidement il connut la notoriété. Si vous saviez le nombre de personnes au monde qui sont devenus mes correspondants, puis bientôt mes amis. L'un des premiers était missionnaire au Japon ; et un autre, enseignant en retraite à Izmir, en Turquie. Grâce à ce site Internet, ils ont donné sens et valeur à ma vie de prêtre retraité. C'est pourquoi, comme vous, j'aurais été très malheureux de le voir disparaître. Grâce aux compétences de Nicolas, l'aventure reprend, sous un nouveau format, avec la même équipe : Catherine, Gérard, Gilles et Kristo, et avec votre fidèle soutien. En cette journée du vingtième anniversaire de MURMURE, je tenais à partager avec vous toutes et tous mon propre bonheur. Merci pour tout. Pour, encore, je l'espère, de nombreuses années de bonheur à partager.

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25 décembre 2017

Mireille,

Fidèle à la tradition, j'ai plaisir à vous souhaiter, comme chaque année, un JOYEUX NOEL  Tradition oblige, certes, mais en évitant toute convenance purement formaliste. Comment donc mettre tout mon cœur dans cette fomule ? Que faire pour qu'en ce Noël vous soyez dans la Joie ?

Le sens des mots que l'on utilise couramment varie avec les époques. Sous le mot Joie par exemple on met des réalités diverses. Je me souviens d'une controverse passionnée qui m'avait opposé à un groupe de jeunes, un soir, au cours d'une réunion. Il y était question de joie et de bonheur. J'en était à expliquer qu'un homme pouvait posséder une joie profonde, même s'il connaissait le malheur. Ma réflexion avait choqué mes interlocuteurs. Pour eux, la joie était un sentiment passager et superficiel, contrairement au bonheur qui seul était un état permanent et profond. Exactement le contraire de ce que je pensais, et que je pense toujours, notamment lorsque j'en viens à prier « Jésus, que ma joie demeure ». Et vous, qu'en pensez-vous ?

Bien sûr, tout dépend de ce que l'on ressent en utilisant telle ou telle expression. C'est ce que j'ai éprouvé la semaine dernière, au cours d'une conversation amicale avec un ancien paroissien. Il avait assisté à la messe du 3e dimanche de l'Avent au cours de laquelle revient comme un slogan cette invitation « Soyez dans la joie ». Ce qui l'avait choqué. « C'est tellement facile d'employer de telles expressions, me disait-il. Mais la joie à laquelle on nous invite peut n'être qu'une évasion. Et comment peut-on se montrer joyeux dans ce monde d'aujourd'hui qui connaît tant de malheurs, de drames et de situtions désastreuses » ? J'ai essayé de lui expliquer que ni le bonheur ni le malheur ne dépendent jamais de nous : ils nous arrivent souvent par hasard. Par contre, la joie est un état d'esprit que nous pouvons sans cesse cultiver en nous.

C'est pourquoi, ce matin, je vous souhaite de pouvoir cultiver votre joie intérieure pour qu'elle demeure et grandisse en vous, en toutes circonstances.

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Dimanche 17 décembre 2017
 
Mireille,
 
« La vieille dame ne voulait pas mourir, qui toujours apprenait ».
De qui est cette réflexion ? Je l'ignore. En tout cas, depuis que je l'ai découverte – il y a bien longtemps – je me la répète comme une sorte de devise. Comme une résolution personnelle. Je ne peux pas vivre sur mes acquis ; je ne peux surtout pas me replier sur mon passé. Ni sur ce que j'ai appris, ni sur ce dont je me souviens. Je tiens à vivre aujourd'hui avec « l'aujourd'hui » : ce qui est recherche, découverte, ouverture au present et au futur. Je n'en suis pas à faire mien le slogan « Du passé faisons table rase » clamé par l'Internationale, certes. Mon passé m'est utile et me nourrit. Mais de plus en plus je me tourne avec intérêt vers mon futur. J'ai tellement à apprendre !
Je m'en rends particulièrement compte grâce à la fréquentation des plus jeunes. C'est fou ce qu'ils m'apprennent. Ce matin encore, c'était la jeune personne qui m'assiste du lever au petit déjeuner, chaque matin de ma « convalescence » pour mes besoins élémentaires, car je suis encore très dépendant A ma demande, sur mon imprimante dont je ne maitrise pas l'usage et en moins de deux minutes, elle a photocopié un document qui m'était nécessaire.
Il en fut de même pour la réalisation de cette nouvelle version de notre site Murmure. L'ancienne version ne fonctionnait plus. Pendant plus d'un mois, j'ai cherché ; j'ai tout essayé, j'ai peiné, j'ai fait appel à plus compétent que moi ; j'ai reconnu ma nullité en la matière... jusqu'à cette rencontre avec un jeune Nicolas qui, en quelques heures, nous a confectionné le nouveau Murmure, plus élégant et moins austère que son prédécesseur. Et voilà le vieux Paillot « qui toujours apprenait », qui se remet lentement à l'apprentissage d'un nouveau moyen de comunication avec chacun et chacune d'entre vous.
Je crois que c'est cela qui m'a le plus aidé à surmonter ces cinq mois – dont quatre mois d'hospitalisation - que je viens de vivre : la perspective pleine d'esperance de mon avenir. Oui : je parle bien d'espérance, car mon avenir est entre les mains d'un Dieu « Jeune ensemble qu'Eternel » tel que le décrivait le poète Charles Péguy.
 
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Jeudi 14 décembre 2017,
 

Bonjour, amies et amis de cette Lettre a Mireille dont la parution vient d'être interrompue depuis quatre mois. La cause ? Un accident dont j'ai été victime le 9 juillet avec rupture des malléoles du pied droit. J'ai été immédiatement opéré à l'hopital du Nord-Franche Comté de Trévenans. Survinrent des complications, une infection, et le mois suivant une nouvelle opération, reussie celle-la. Mais interdiction de poser le pied par terre pendant six semaines. Début de rééducation en octobre... jusqu'à mon retour à la maison le 10 novembre dernier. La rééducation ne fait que commencer. Je me déplace grâce a un déambulateur dans une piece de la maison réanimagée pour répondre à mes besoins élémentaires. Deux aides-soignantes par jour, matin et soir, et l'aide constante de la famille, soeur, bellle-soeur et frère, nièces et neveux. Heureux, tellement heureux d'avoir pu réintégrer mon chez-moi !

 

Certes - vous le devinez - ce n'est pas la grande forme. Je me sens fatigué, j'ai maigri... Tout cela est passager, du moins je l'espère. Je pense à vous. Beaucoup m'ont écrit, se sont inquiétés. Je n'ai pas eu toujours le courage de leur répondre ; je les prie de m'en excuser : la fatigue était la plus forte, et je n'avais pas d'ordinateur à ma disposition ; seulement une tablelle.

 

Et puis - comble des soucis - il nous a été impossible de reprendre la parution de Murmure. Depuis plus d'un mois, j'ai tout essayé. Notre serveur Orange nous a conseillés. Ses techniciens se sont même révélés impuissants. J'en suis réduit à relancer nos envois sur un nouveau site.

 

J'espère retrouver l'énergie nécessaire pour reprendre la tâche entreprise il y aura vingt ans a la fin du mois. Avec la collaboration efficace de Catherine, de Gérard, de Kristo et de Gilles, C'est possible.

 

Et encore merci pour tous vos gestes d'amitié.

 

Léon Paillot

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