Oikoumene 

 

 

 

Dimanche 25 novembre 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Cette journée de la Sainte Catherine a été festive et très religieuse aussi.

Le matin, je me suis rendue au temple avec ma maman. Le culte a duré plus d’une heure car il y avait une sainte Cène et beaucoup d’annonces au sujet de l’accueil des migrants et de la préparation des fêtes.

Ensuite, à 15h je me suis rendue avec mon mari à la Cathédrale où avait lieu l’ordination de deux diacres, dont un est un ami. La célébration a duré plus de deux heures. C’est la première fois que j’assistais à une ordination et j’avoue que j’ai été émue à plusieurs reprises. La liturgie était très belle et l’assemblée nombreuse. Le moment qui a retenu le plus l’attention de l’assemblée a été celui de la prostration. Il faut dire que ce geste liturgique est un geste rare. Qui n’a rien à voir avec le fait d’être prostré, c’est-à-dire replié sur soi, dans un état d’abattement physique ou moral.

Prostration vient du mot latin prostratio qui signifie « se coucher en avant, s’étendre sur le sol ». Le geste est particulièrement expressif : il consiste à s’étendre de tout son long sur le sol. Ce qu’ont fait les deux diacres pendant toute la (longue) litanie des saints. Ce geste est réservé à ceux qui vont être ordonnés évêque, prêtre ou diacre, ou encore à ceux et celles qui vont faire leur profession religieuse définitive. Il ne signifie pas comme on le croit trop fréquemment un quelconque anéantissement de la personne, mais plutôt une totale disponibilité à l’appel divin.

Plus tard au cours de la célébration, les diacres se sont agenouillés devant l’Evêque, un geste qu’une amie protestante présente dans l’assemblée n’apprécie pas, car elle y voit une attitude de soumission. Or je ne pense pas qu’il s’agisse de cela. L’agenouillement est une attitude spontanée (et pas uniquement religieuse) que prend l’homme quand il veut marquer son adoration, son imploration ou son repentir. Ou encore quand il veut prier en manifestant recueillement et humilité.

En tout cas la célébration était très belle, comme les catholiques savent faire pour les grandes occasions. Tout était beau, les chants, les prières, les lumières… L’assemblée très recueillie a participé à toute la liturgie. Mon ami m’a confié s’être senti porté. Il était visiblement très heureux.

Je l’ai revu lors du temps de convivialité qui a suivi (offert à toute l’assemblée, nombreuse, par le diocèse). Il était rayonnant, comme un jeune marié plein d’entrain… Il a évoqué de nombreux projets futurs. Qu’il fera en équipe m’a-t-il expliqué. Je comprends son idée de constituer une équipe autour de lui depuis que j’ai entendu, lu par l’évêque, le contenu de sa lettre de mission. En fait, il faut plusieurs vies pour faire tout ce que l’Eglise lui demande…à moins d’avoir le don d’ubiquité. Et en plus, le diacre doit être heureux, il doit y veiller ! C’est demandé dans la lettre de mission ! Il doit veiller à son bonheur.

Je crois qu’il faut être un peu fou pour être diacre.

Mais il est vrai que tous les diacres présents avaient l’air d’être des hommes heureux.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

 

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Mercredi 14 novembre 2018

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Mes enfants m’ont réservé quelques surprises ces temps-ci.

Le fils tout d’abord : il vient d’obtenir un Master le 31 octobre dernier ce dont je suis très fière. Je croyais qu’une fois le diplôme obtenu, il allait entamer une recherche d’emploi en vue d’une insertion dans la vie professionnelle. Mais ce n’est pas tout à fait comme cela qu’il envisage les choses. Il a bien cherché du travail, et en a trouvé très rapidement, en Nouvelle-Zélande. Il a obtenu là-bas un contrat saisonnier dans un domaine viticole où, en tant que caviste, il sera chargé de la vinification. Il a déjà de l’expérience à ce type de poste, acquise en Suisse cet automne. Il part avec sa compagne qui s’est fait embaucher dans la même entreprise que lui. Oui, parce qu’il veut avant tout voyager. Ce qu’il a déjà fait dans le passé d’ailleurs. Il y a deux ans, il est parti 6 mois en Afrique du Sud puis à Malte pour faire du volontariat, et améliorer son anglais. Il a été volontaire dans un centre de soin pour les animaux sauvages puis dans une auberge de jeunesse. L’été précédent, il avait fait un « tour d’Europe » en van avec des copains. Comme il ne débute son contrat en Nouvelle-Zélande qu’en mars prochain, d’ici là, il pense trouver un job en Suisse pour faire la jointure. Mais avant, il s’offre des parties de pêche en float tube dans les étangs de Lacanau….

La fille : je croyais qu’elle finissait ses études d’ingénieur l’an prochain. Mais pas du tout. Elle m’a annoncé qu’en 2019 elle faisait une année de césure pour aller en Australie. Elle rejoindra là-bas son compagnon qui fait un « double diplôme » d’ingénierie et d’économie. Elle envisage de travailler comme fille au pair, de se perfectionner en anglais et de voyager, elle aussi. Elle ne sait pas encore si elle prendra le vol qui passe par Singapour (elle a regardé sur son portable où était Singapour) ou Guangzhou, mais ça, c’est un détail sans importance… Le passeport est déjà près. Le billet d’avion va être réservé d’ici quelques jours, car retenu à l’avance, c’est moins cher m’a-t-elle expliqué. Et le budget est bouclé (en partie) grâce au stage rémunéré qu’elle a décroché cet été.

En attendant le « grand départ », elle s’offre des week-end dans les capitales européennes où elle se rend en covoiturage et où elle se fait héberger chez les copains qui bénéficient du programme Erasmus. Le week-end dernier je la croyais en train d’étudier studieusement à Nancy or j’ai tout à coup reçu une photo par SMS, d’un canal dans une ville que j’ai tout d’abord prise pour Strasbourg, avant que je n’y regarde d’un peu plus près et que je constate, que non, il ne s’agissait pas du tout de Strasbourg mais d’Amsterdam !

Clairement, mes jeunes vivent à une autre échelle que la mienne. Géographiquement mais dans leur tête aussi. Le rayon de leurs déplacements est bien plus étendu que le mien. Quand je visite les villes françaises, eux visitent les capitales européennes, et quand j’envisage un voyage dans le pourtour méditerranéen, eux partent aux antipodes. D’ailleurs, ils ne comprennent rien aux départements français qu’ils ne connaissent pas et qu’ils mélangent avec les régions. Par contre, ils connaissent les noms des états et territoires australiens et leur capitale.

Ils sont attachés à leur pays mais vivent en « citoyens du monde »…

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Mercredi 7 novembre 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Je n’oublie pas Murmure. J’ai juste pris des vacances et me suis mis au repos des travaux d’écriture. Enfin, j’ai surtout gardé mes deux petites filles de 1 et 3 ans pendant 2 semaines.

Je suis soulagée à l’heure où je vous écris car je viens d’achever l’examen d’hébreu du premier semestre. Or c’était un peu éprouvant. L’examen arrivait tôt dans l’année et il fallait se mettre à niveau très vite (essayer tout du moins…). La modalité aussi était stressante car il s’agissait d’une version en temps limité et à distance.

Ça se passe comme ça : vous téléchargez, au jour et à l’heure qui vous conviennent dans un délai de 5 jours, le sujet du devoir sur une plateforme pédagogique. A partir de ce moment, un décompte de temps commence : vous avez deux heures devant vous pour réaliser le devoir et l’envoyer. Un chronomètre vous indique à tout moment le temps restant.

Ensuite il faut maîtriser un tant soit peu le traitement de texte car vous devez écrire en français et en hébreu dans le même fichier (ou translittérer l’hébreu !). Cela implique de passer du clavier français au clavier hébreu rapidement. De même pour la police de caractère et sa taille qu’il faut ajuster en fonction de la langue. Ces problèmes techniques résolus, il faut ensuite se plonger dans l’exercice proprement dit de traduction. Là, il faut résister au sentiment de panique qui vous gagne quand tout à coup vous découvrez une phrase complète (voire plusieurs) à laquelle vous ne comprenez rien ! Ou quand vous ne trouvez pas un mot dans le dictionnaire (difficile à consulter), ce qui est fréquent en hébreu.

Bon, j’ai fait de mon mieux dans le temps imparti. Mais, après avoir posté le devoir sur la plate-forme numérique, j’ai pourtant reçu un message d’erreur. Encore un p’tit coup de stress supplémentaire. Il a fallu mettre en œuvre le plan B, c’est-à-dire l’envoi du devoir par messagerie, c’est-à-dire vite se connecter sur la messagerie de l’Université, vite retrouver l’adresse du professeur, vite lui écrire un message pour lui expliquer la situation, vite l’envoyer. Ouf, le professeur est compréhensif et tolère les quelques minutes de retard dans la remise de la copie.

Et je ne vous ai pas parlé de tout ce à quoi il faut penser pour être au calme quand on passe un examen à son domicile : sortir le chat, débrancher le téléphone fixe, éteindre le portable, vérifier toutes les connexions électriques et internet et négocier avec le conjoint qu’il éteigne la radio, mieux, qu’il parte faire les courses…

Je ne sais pas si j’aurai appris grand-chose sur Dieu pendant mes études de théologie, mais une chose est sûre, j’aurai accompli ma transition numérique et serai sauvée de l’illectronisme.

Bonne fin de semaine à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Dimanche 21 octobre 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Ça y est j’ai bouclé ma valise, le cœur léger, avec le sentiment du devoir accompli. Je viens d’achever mon devoir d’exégèse et je peux partir l’esprit tranquille en vacances. J’ai passé des heures sur les trois premiers versets de la Première Lettre de Paul aux corinthiens. Résultat : 10 pages. Je suis la première étonnée de cette abondante production écrite, je n’imaginais pas tout ce qu’on pouvait dire sur « l’adresse » d’une lettre, en l’occurrence celle que l’apôtre compose depuis Ephèse à l’intention des corinthiens à qui il s’adresse en ces termes : Paul, appelé à être apôtre du Christ Jésus par la volonté de Dieu, et Sosthène le frère, à l’Eglise de Dieu qui est à Corinthe, à ceux qui ont été sanctifiés dans le Christ Jésus, appelés à être saints avec tous ceux qui invoquent en tout lieu le nom de notre Seigneur Jésus Christ, leur Seigneur et le nôtre ; à vous grâce et paix de la part de Dieu notre Père et du Seigneur Jésus Christ.

En fait, chaque mot compte, et quand on commence à tirer les fils, les commentaires viennent tout seul, surtout quand on a lu toute la suite de la lettre, il y a de quoi faire entre les questions éthiques et théologiques des corinthiens (toujours actuelles) : mariage, divorce, consommation de viande, fréquentation des prostituées, querelles et jalousies, rivalités au sein de l’Eglise entre différentes tendances (comme aujourd’hui), question des charismes (comme aujourd’hui) ou problème du port du voile par les femmes (comme aujourd’hui…). Paul a fort à faire pour expliquer à ses frères que tout leur est permis, mais que tout ne convient pas, parce qu’ils ont changé d’identité et qu’ils sont devenus disciples de Jésus-Christ.

Paul aime tout particulièrement les corinthiens qu’il considère comme ses enfants, malgré leurs nombreux dérapages (comme les unions incestueuses) ; c’est pour elle qu’il va écrire l’un des plus beaux textes du Nouveau Testament consacré à l’amour fraternel, un sommet du NT qui se trouve au chapitre 13 où on lit que l’amour prend patience, l’amour rend service, il ne jalouse pas, il ne plastronne pas, il ne s’enfle pas d’orgueil, il ne fait rien de laid, il ne cherche pas son intérêt, il ne s’irrite pas, il n’entretient pas de rancune, il ne se réjouit pas de l’injustice, mais il trouve sa joie dans la vérité. Il excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout. L’amour ne disparaît jamais…

Mais pour le moment, je vais aller me changer les idées auprès de mes deux petites filles de 1 et 3 ans que je vais garder pendant que leurs parents sont en voyage de noce en Grèce. Si les deux petites me laissent un peu d’énergie, je réviserai tout de même mon examen d’hébreu. Je me suis inscrite à une unité d’ « hébreu avancé », or le niveau est élevé. On étudie Job, un texte poétique, un des plus difficiles de l’Ancien Testament. Heureusement, nous avons un professeur exceptionnel, dont l’hébreu est la langue maternelle, qui est polyglotte, passionné de pédagogie des langues anciennes, traducteur de métier, dont le sujet de thèse a été « Traduire le Nouveau Testament en hébreu (ce qu’il a fait), un miroir des rapports judéo-chrétiens ». Avec lui, le texte le plus ardu devient (presque) facile car il « sent » la langue et sait la maintenir dans son contexte oriental qu’il décode merveilleusement bien. Avec lui, pas question de s’emballer dans la traduction en plaquant des mots (et donc une pensée) inappropriés, il faut coller au texte d’origine, respecter et apprécier la langue poétique, et du coup, la théologie transparaît mystérieusement…

Vous connaissez le livre de Job ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Dimanche 7 octobre 2018

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Ça y est ! J’ai (presque) fini mon pensum du week-end : lire en continu le livre des Juges de l’Ancien Testament.

Qui ne connaît pas l’histoire de Samson et Dalila ? Et bien elle se trouve dans le livre des Juges. Bon, c’est à peu près le seul récit des Juges que l’on connaisse en détail. Après, on se souvient parfois de Gédéon, ce personnage qui n’hésite pas à défier Dieu en lui demandant toutes sortes de signes, ce qu’il obtiendra d’ailleurs sous la forme étonnante de la présence d’une rosée sur une toison de bête ( !). Ou de la célèbre Déborah, une des seules prophétesses de toute la Bible, ou encore de Jephté, qui fait un vœu idiot, celui d’offrir en holocauste la première personne qu’il rencontrera au retour de la bataille qu’il doit mener s’il remporte celle-ci. Manque de chance, le premier humain qu’il croise au retour de sa victoire est sa propre fille ! Qu’il n’hésite pas à sacrifier donc bien que cette pratique ne soit pas du tout dans les coutumes d’Israël, elle était même interdite.

Oui, parce que le livre des Juges a pour caractéristique d’être particulièrement violent. « Gore » dirait un jeune aujourd’hui. Rien en effet n’est épargné au lecteur. Le livre s’ouvre sur l’évocation de mutilations (pouces des mains et pieds coupés) et s’achève sur le calvaire d’une femme qui subit un viol collectif avant d’être assassinée et dépecée, tout cela avec la complicité de son époux. Entre les deux ce n’est que violence subie ou commise, assassinats, exactions, vengeances. Sans parler des mauvais traitements infligés aux animaux. Vous avez déjà lu ce que Samson a fait à 300 renards ?

Au plan théologique le schéma est toujours le même : Israël oublie les bienfaits de son Dieu et se tourne vers d’autres dieux. Invariablement Dieu se met en colère, punit son peuple en le livrant aux tribus voisines. Les fils d’Israël se plaignent auprès de Dieu qui finit par envoyer un sauveur, un nouveau guerrier souvent qui les délivre et prend la tête des tribus. Ils sont quelques dizaines d’années tranquilles puis les nouvelles générations oublient les bienfaits de Dieu et le cycle infernal recommence. C’est fatiguant…

Pour mon exégèse, j’ai choisi le douzième juge, le plus connu, Samson. Histoire d’examiner d’un peu plus près ce récit folklorique. Je n’ai pas été déçue car j’ai découvert toutes sortes de détails que j’ignorais : le 1er mariage de Samson avec une philistine, l’épisode du miel prélevé dans la carcasse d’un lion, le harcèlement et le chantage affectif dont il a été victime de la part des femmes qu’il a aimées. Dieu l’accompagne dans tout ça, y compris dans le pire. Mais pas tout à fait jusqu’au bout en fait, c’est ce qui m’a étonnée : au moment de « l’attentat suicide » final, quand Samson détruit le temple de ses bourreaux, il est tout seul, pour le coup… Dieu est absent. Tout se passe sans aucune initiative ni autorisation de sa part.

Je suis un peu soulagée…

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Mercredi 26 septembre 2018

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Ça y est !

La valise est (presque) prête, pour mon prochain voyage à Strasbourg. Demain débute le week-end d’intégration des étudiants en EAD de la faculté de théologie, un évènement que je ne manquerais pour rien au monde. L’organisation, l’hébergement et la restauration sont entièrement pris en charge par la faculté, ainsi que l’animation de la soirée de samedi (formidable non ?). Nous n’avons qu’à nous préoccuper de notre trajet. J’ai opté pour le bus. C’est un peu plus long qu’en TGV, mais beaucoup moins coûteux et peu importe que le trajet dure 1h30 de plus, j’ai de la lecture : le livre des Juges, l’Ethique de Bonhoeffer, l’Avenir du mariage d’Olivier Abel, sans parler des révisions d’hébreu, alors je ne verrai pas le temps passer…

Plus que les cours, qui sont toujours intéressants, ou que la bibliothèque où je ne manquerai pas de me rendre, c’est les amis étudiants en théologie que j’ai hâte de retrouver. Car, justement, du fait de la modalité « à distance » de l’enseignement, nous nous voyons peu durant l’année, même si nous sommes connectés très souvent pour les classes virtuelles, ou par messagerie ou encore via notre groupe Facebook.

A Strasbourg, je vais retrouver le groupe « des garçons » : il y aura Paul, le dermatologue, qui retient tout et qui veut faire un mémoire sur le silence. Un sujet étonnant ! Je me demande bien ce qu’on peut dire sur le silence…Il y aura Jean-Philippe et Philippe les deux ingénieurs, toujours très pragmatiques, qui se plaignent parfois du côté littéraire ou philosophique de la théologie. Alain, qui est traducteur et qui veut devenir pasteur va nous rejoindre également. Il vit en Allemagne mais est bourguignon d’origine. Ah, et il y aura aussi Marc et Benjamin qui sont suisses, qui ne jurent que par Apple et qui nous renseignent sur les cours de théologie de la faculté de Genève. J’oubliais l’autre Paul, le tout jeune, qui en parallèle de ses études de droit, entreprend la théologie car lui aussi veut devenir pasteur (luthérien m’a-t-il précisé) contre l’avis de ses parents.

Et puis, il y aura le groupe « des filles », avec les deux Marie, celle qui parle français, allemand et anglais couramment (ça peut aider pour la théologie) mais qui bute sur la grammaire grecque et se décourage parfois. Et l’autre Marie, qui lutte contre toutes sortes de maladies plus ou moins redoutables, mais qui est toujours de bonne humeur, connaît tout de tout le monde, anime les cours avec ses questions inattendues… Ah, il y aura « les petites malgaches » aussi : Tiana dont le prénom signifie « celle qu’on aime » qui veut faire de la recherche (moi je pense qu’elle ferait un merveilleux pasteur) et Hoby, « louange ». Elles ont un an d’avance sur nous et elles nous donnent tous les tuyaux pour (mieux) réussir les examens.

Et puis il y a tous les autres, qu’on croise à la sortie des cours, lors de la soirée d’intégration ou à la bibliothèque. Comment vous dire, ils ont tous les âges, ils viennent de tous les coins du monde, parfois de très loin (Afrique, Asie, Antilles…), ont les motivations les plus diverses : devenir pasteurs, enseigner, faire de la recherche, se reconvertir, se convertir tout court, mais avant tout étudier.

Pour entretenir leur foi ou se ressourcer, certains prient, d’autres méditent, d’autres encore marchent, j’ai choisi d’étudier. Je ne le regrette pas !

Bon week-end automnal à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Mercredi 12 septembre 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Mon année universitaire sera biblique. J’ai décidé de m’inscrire au Grand Oral (GO) de Bible, l’une des redoutables épreuves de culture générale de la Licence de théologie. L’examen en lui-même n’est pas très long car il ne dure « que » 40 minutes mais il porte sur l’ensemble de la Bible, Ancien et Nouveau Testament et sur la philologie, c’est-à-dire l’hébreu et le grec. Durant l’épreuve en question, vous vous retrouvez face à deux puits (sans fond) de sciences bibliques (un spécialiste du NT et un de l’AT), et à une sommité de grec ancien, charmante mais exigeante. Ces gens-là apprécient la précision et l’exactitude des réponses aux questions ; avec à eux, il vaut mieux éviter toute approximation ou improvisation.

On commence l’épreuve en tirant au sort une péricope parmi une liste de 47 textes (connue d’avance tout de même) tirés de la Bible. Après deux minutes de lecture silencieuse, on traduit le texte (grec ou hébreu) devant les professeurs. On est interrogé sur la langue (vocabulaire, forme verbale). Puis le spécialiste du testament d’où est tiré le texte vous interroge en premier : contenu et formation du livre, auteur, théologie, tout y passe, puis le second bibliste prend le relais. En prévision de cette épreuve, j’ai 200 versets de l’AT et 200 du NT à connaître, et je dois être capable de resituer toutes les péricopes dans la Bible et de présenter le contenu de chaque livre.

Dieu merci, j’aime lire la Bible dont j’ai entrepris une relecture suivie. Du coup, je découvre de nombreux passages que je n’avais jamais lus, et les plus connus, souvent, je les redécouvre totalement. Comme ce verset du livre de Jérémie (31,34) où Dieu, une fois de plus, renouvelle sa confiance à son peuple en disant ceci : leur faute, je n’en parle plus.

« On n’en parle plus », c’était la formule que mes parents employaient lorsque enfant, j’avais fait une bêtise. Quand je me faisais gronder, (jamais punir, ce n’était pas dans les habitudes) j’écoutais les reproches en attendant que vienne dans leur bouche cette phrase qui me déculpabilisait et provoquait un soulagement immédiat : on n’en parle plus. Mes parents tenaient parole. Ils ne ré-évoquaient jamais une bêtise que j’avais faite. Ce n’était pas forcément oublié, mais c’était « jugé » et classé. Je sais aujourd’hui d’où leur venait leur formule « éducative ».

L’une de mes filles, jeunes adultes maintenant, a tendance à être rancunière avec son entourage ce qui pourrait lui porter préjudice. Je vais évoquer avec elle le je n’en parle plus divin, celui que j’ai pratiqué avec elle alors qu’elle était enfant…

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Vendredi 31 août 2018

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Je prends peur parfois. Quand je vois sur mon bureau (qui était celui de mes grands-parents et que je compte rénover prochainement) les livres qui s’accumulent en prévision de ma prochaine rentrée universitaire en EAD (enseignement à distance).

Il y a une pile très haute, celle qui impressionne beaucoup mon fils, c’est celle constituée des manuels d’Ancien et de Nouveau Testament, des manuels de grec et d’hébreu et des incontournables dictionnaires. Certes, les ouvrages sont volumineux, mais tout n’est pas à connaître heureusement.

Juste à côté, il y a une pile moins haute mais redoutable. C’est celle des livres d’histoire avec les encyclopédies et les manuels universitaires, moins volumineuse mais effrayante tellement la période à étudier est vaste : du christianisme antique jusqu’à la Réforme incluse en passant par les dix siècles du Moyen-Âge. Et là, il faut lire des manuels complets et en retenir quelque chose. Un défi pour ma mémoire pas toujours au top.

En face, Il y a la pile des livres d’HDR (Histoire des religions), avec un ouvrage sur le Bouddhisme qui est à mon programme et qui m’intéresse beaucoup car j’ignore quasiment tout de cette religion qui attire de plus en plus d’adeptes en Occident.

Enfin, il y a une petite pile dans un coin, celle qui retient le plus mon attention car elle contient les ouvrages du théologien allemand Dietrich Bonhoeffer qui est à mon programme. Vous connaissez ce pasteur luthérien ? Sa vie est une tragédie, mais sa pensée, une révélation, surtout sa christologie. A première vue, c’est quelqu’un qui a tout « raté » dans sa vie : sa carrière de professeur à Berlin, la création de son séminaire, ses missions dans la résistance (il a participé à l’organisation d’un attentat contre Hitler qui a échoué et a été pendu pour cela), son mariage (du fait de son arrestation). Seulement, Dieu merci, bon nombre de ses écrits ont pu être conservés et publiés et nous avons accès aujourd’hui à sa pensée, grâce à un ouvrage comme Résistance et soumission, par exemple, son best-seller si j’ose dire, qui contient ses lettres et notes de captivité. Là, on découvre qu’il avait prévu la sécularisation actuelle et la survenue d’un monde irréligieux. Mais c’est surtout Qui est et qui était Jésus-Christ, son cours de christologie qui m’a impressionnée. Ce cours, donné à l’Université de Berlin en 1933 alors qu’il était un tout jeune professeur (surdoué) de 27 ans, et avant qu’il ne soit démis de ses fonctions en raison de son opposition au nazisme, est publié tel qu’il a été pris en note par ses élèves. Or, sa christologie a la particularité de débuter, non pas par le Jésus de l’Histoire, ou le Jésus-Christ des conciles successifs, mais par le Christ PRÉSENT, pour moi, aujourd’hui. Grâce à la Parole et à la communauté. Il laisse de côté la question du Comment (Jésus est devenu le Christ) et commence son cours par la question Qui (Il est). Ce n’est qu’en répondant personnellement à cette question, que vraiment, selon lui, Jésus-Christ peut venir à nous (à condition qu’on ne le rejette pas…). Si vous voulez en savoir plus sur Dietrich BONHOFFER, il est possible de revoir en Replay l’émission que Présence Protestante lui a consacré dimanche dernier sur France 2.

Bref vous aurez compris, la rénovation de mon bureau n’est pas pour demain...

Bonne rentrée à vous (on rentre toujours quelque part en septembre, même si ce n’est plus à l’école).

Catherine

 

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Jeudi 23 août 2018

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Heureuse de vous retrouver sur cette page de Murmure pour de nouveaux étonnements livrés tout frais.

Mon plus grand étonnement en cette période estivale aura été incontestablement le mariage auquel j’ai assisté ce samedi 11 août. Rien ne le laissait présager (de mon point de vue en tout cas) puisque cet ami qui se mariait était prêtre. Il l’est toujours d’ailleurs car (à ma connaissance) il n’a pas demandé son « retour l’état laïc » comme l’église le propose dans sa situation.

Il y a 15 ans en arrière, je n’imaginais pas lorsque je l’écoutais (religieusement) donner un enseignement sur Dieu à l’Ecole des Ministères, que j’assisterais un jour à son mariage. Ce n’était pas au programme. Non que je ne le sente pas capable d’établir une relation avec une femme (bien au contraire) mais du fait de sa situation « professionnelle » et des exigences actuelles de l’église catholique concernant le célibat des prêtres.

Mais le plus étonnant dans l’affaire ce n’est pas le mariage proprement dit. Car c’est une situation somme toute banale : mon ami n’est pas le premier prêtre qui « change de vie » et se marie (ni le dernier). Ce qui m’a le plus surprise, c’est ce que le mariage a produit chez lui : un rajeunissement ! De 10 ans au moins.

Je marchais derrière lui alors qu’il se rendait à la mairie accompagné de sa future épouse, et je l’ai immédiatement reconnu malgré (ou à cause de) sa tenue de cérémonie. Je l’ai interpellé et lorsqu’il s’est retourné, je l’ai trouvé transformé, osons le mot, transfiguré. C'est-à-dire plus jeune, plus beau, rayonnant. Son épouse aussi.

Se marier est toujours un temps fort, transformant et engageant. A fortiori lorsqu’on le réalise à cinquante ans, et que l’existence en est bouleversée. Clairement, ce mariage est un vrai choix de vie pour ce couple, un choix qui n’appartient qu’à eux seuls, fait en pleine conscience et en toute liberté. Visiblement, c’est une bonne décision. Ça se lisait sur le visage des mariés.

La cérémonie s’est déroulée tranquillement, les mariés (très émus parfois) prenant leur temps, savourant chaque étape. Les symboles étaient expliqués et partagés avec l’assistance. L’assemblée (émue elle aussi) était attentionnée et chaleureuse. Tout était beau : le lieu, les discours, la musique, les alliances.

Les festivités ont eu lieu sur les hauteurs la ville, dans un endroit frais et ombragé, face à un panorama exceptionnel donnant sur la ville, sa rivière et ses montagnes environnantes.

C’est sur un petit nuage que je suis redescendue du Fort Beauregard, ce samedi 11 août 2018.

Je crois qu’il est arrivé quelque chose de bien à mon ami ce jour-là et je m’en réjouis.

Bonne rentrée à vous.

Amicalement comme toujours.

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Dimanche 8 juillet 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à vous.

 

Je me rends parfois à la ressourcerie de mon village. Une ressourcerie est un lieu où l’on donne une seconde vie à toutes sortes d’objets : meubles, vaisselles, vêtements, outils, vélo, jeux. J’y trouve parfois de l’équipement pour mes étudiants ou pour moi-même : micro-onde, table à repasser, tabourets, pour un prix défiant toute concurrence. La ressourcerie a un succès fou. Plusieurs centaines de visiteurs affluent chaque samedi lors des ventes.

Le rayon livre de la ressourcerie est intéressant et je m’y arrête toujours. On se croirait dans une librairie. D’un côté la littérature jeunesse où je trouve toujours un nouvel album pour mes petites filles et de l’autre, les rayons  littérature, policier, histoire, cuisine, bricolage, décoration etc… C’est là que je me procure mes guides touristiques lorsque je voyage.

Un jour, en me baissant un peu, j’ai repéré non loin du rayon « spiritualité » toujours bien fourni, un rayon « sciences religieuses ». Et c’est pourtant là que j’ai trouvé L’Ombre du Galiléen de Gerd Theissen que je souhaitais lire depuis longtemps (à 2,5 euros !). Du blanc correcteur avait mis sur le nom de la personne à qui appartenait le livre mais j’ai pu lire au travers et reconnaître le nom d’un ami, ancien prêtre,  « reconverti » à la  vie civile, marié, père de famille, et licencié en théologie.

L’auteur, Gerd THEISSEN, est un éminent professeur de Nouveau Testament de l’Université de Heidelberg en Allemagne. Il a étudié la vie de Jésus et celle des premières communautés chrétiennes en tant qu’historien. Et c’est le résultat de ses recherches qu’il met à la portée du grand public dans L’Ombre du Galiléen. L’ouvrage (traduit en plusieurs langues) est sous-titré « récit historique ». Mais attention, il ne s’agit pas d’une nouvelle « vie de Jésus », mais de celle d’un personnage fictif, un certain André, un commerçant juif cultivé qui fait du renseignement pour les romains. On suit toutes les pérégrinations de ce personnage dans les milieux du pouvoir romain (prison comprise), dans les communautés religieuses de l’époque (zélotes, esséniens…) et dans les différentes composantes de la société. On comprend mieux le système d’oppression qui existait alors (prison, terreur), le fonctionnement économique et la pression fiscale qui régnait et asservissait le peuple (endetté), les rivalités entre pouvoir politique et religieux. On assiste à des débats d’idées (religieux et philosophiques) sur ce qui faisait sens à l’époque : la loi, le pur et l’impur, la prophétie, la règle d’or…Bref, on est plongé dans l’atmosphère dans laquelle vivait Jésus, ce qui aide à comprendre quel changement de mentalité il souhaitait obtenir, et plus globalement, tout son enseignement.

Ce qui est étonnant dans ce livre, c’est qu’à chaque page, on a le sentiment que le personnage principal, André, va rencontrer Jésus, qui semble tout proche. Et on attend cette rencontre. Le fait est qu’à chaque fois qu’André rencontre quelqu’un qui l’a côtoyé, quelque chose en lui est transformé par la rencontre.

Se mettre à L’Ombre du Galiléen, en cette période de chaleur, c’est une bonne idée non ?

Qu’en pensez-vous ?

Je vous souhaite un bel été, reposant et ressourçant.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Jeudi 21 juin,

 

C’est l’été. Et je me réjouis car je retrouve ma série estivale préférée : Nus et culottés !

Vous connaissez sûrement Nans et Mouts, ces deux compères de France 5 qui parcourent le monde dans des conditions un peu particulières : ils partent toujours sans argent et entièrement nus. Ils n’ont qu’un baluchon au bout d’un long bâton, qui contient en fait des caméras pour les filmer eux, ainsi que ce qui les environne et les personnes qu’ils rencontrent. Ils se donnent toujours un objectif précis quand ils voyagent. Du genre : rencontrer un vrai pirate des Caraïbes ou une chanteuse célèbre au Québec pour lui présenter une chanson.

Comme ils sont nus et désargentés, leur premier objectif est la confection d’un cache sexe avec les moyens du bord (souvent des végétaux) et de rencontrer rapidement des personnes auprès de qui ils trouveront des vêtements. Une fois vêtus, les rencontres sont facilitées (relativement…) pour trouver de quoi se loger, se nourrir et voyager car ils parcourent en général plusieurs centaines de kilomètres. Ils ne se limitent pas à l’auto-stop. Ils pratiquent le bateau-stop et plus fort, l’avion-stop, qui fonctionne plutôt bien (sur le même principe que l’auto-stop) à mon grand étonnement.

En échange des dons et de l’hébergement, ils proposent leur service : réparation, ménage, soutien en tout genre, comme de l’aide éducative pour une maman débordée par deux ados addicts aux jeux vidéo ou du soutien psychologique auprès d’un jeune homme qui vient de vivre une rupture.

Ils ont l’art de se rendre adorables. Il faut dire qu’ils sont sociables, adaptables à tout milieu social, cultivés, polyglottes, talentueux : ils sont musiciens, chanteurs. Ils savent cuisiner, bricoler, faire de l’origami, des bijoux fantaisie avec des végétaux.

Ce qui m’épate, c’est qu’ils trouvent (presque) toujours quelqu’un pour les héberger, en France comme à l’étranger. Souvent des personnes très généreuses qui offrent le coucher, mais aussi les repas, les vêtements, nécessaire de toilette… Ils sont eux-mêmes les premiers surpris de la générosité de leurs hôtes et les questionnent souvent sur ce qui leur a inspiré confiance. Car, dans ce type de rencontre, tout se joue sur un lien de confiance qui s’établit avec des inconnus.

En fait, j’ai compris que le grand dénuement des deux compères était un facteur facilitant pour l’établissement d’une relation de confiance. Il est vrai que lorsqu’on est nu, sans argent, sans bagage, on est totalement à la merci de l’autre, on ne maîtrise plus rien, on devient dépendant. Or, il semblerait que la vulnérabilité et le dépouillement facilitent la relation. Le fait est que les deux compères vivent de très belles rencontres. Tout est une question de confiance expliquent-ils, en l’autre et en soi.

En tout cas, Nus et Culottés est une émission où il n’y a pas de compétition ou de rivalité entre des personnes ou des équipes, pas de perdant ni de gagnant, mais où il est question de solidarité, d’échange, d’authenticité. Ça fait du bien.

Nans et Mouts sont surnommés « les apôtres du feel good »…

Etonnant non ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Lundi 11 juin 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Je rentre d’Italie où j’ai passé quelques jours de vacances.

De mon séjour en Italie (du Nord), je retiendrai trois lieux étonnants. La merveilleuse vallée d’Aoste tout d’abord, dont je ne me lasse pas. Peut-être parce que les paysages semblent familiers tant ils ressemblent aux paysages alpins côté français, et pourtant tout est si différent : l’architecture, la restauration, les hôtels à l’ambiance familiale, bien plus abordables qu’en France. Et surtout, il y a la gentillesse des habitants de la région qui font l’effort de vous parler en français. Dès qu’ils vous entendent prononcer un mot d’italien ou d’anglais, ils identifient votre origine et vous répondent en français. Souvent, ils mêlent les deux langues et alternent phrases en italien et phrases en français. Le mélange est un peu curieux, mais très efficace. En fait, j’ai découvert que la région d’Aoste était officiellement bilingue, l’italien et le français sont enseignés à l’école, mais que la langue maternelle des habitants est souvent une troisième langue, un dialecte francoprovençal !

A Urbino, la ville universitaire de la région des Marches, j’ai visité le palais de Federico da Montefeltro, le célèbre condottière de la Renaissance et j’ai enfin compris ce qu’étaient les condottières (du fameux jeu Citadelles…). En fait, ce sont des mercenaires, qui louaient les services de leur armée au roi ou encore au pape. Lorsqu’ils remportaient des victoires, ils étaient généreusement remerciés et se voyaient attribuer toutes sortes de richesses, terres, titres de noblesse. Federico da Montefeltro a ainsi cumulé les titres de Chevalier, Duc, Comte, après avoir combattu pour, puis contre le pape. Il a d’ailleurs fait bâtir un palais magnifique (et non un château-fort). Etre condottière et guerroyer n’interdisaient pas d’être raffiné, cultivé et d’apprécier les arts. J’ai vu dans son palais d’incroyables marqueteries, tant par la dimension et que par la beauté.

Enfin, j’ai visité Venise, que je ne connaissais pas. Je suis arrivée par la mer, et j’ai découvert la ville depuis le canal San Marco. Un choc esthétique évidemment. Une lumière incomparable. Et comme une remontée dans le temps. J’ai tout vu : la place San Marco, le Rialto, la Ca’ d’Oro et même le Norauto… car ma voiture est tombée en panne de batterie dans le port (un comble dans une ville où ne circulent que des bateaux). Mais voilà, est venu le moment où il a fallu fuir les lieux trop touristiques. Et j’ai trouvé refuge dans le Cannaregio, le quartier juif, nettement moins fréquenté, moins prestigieux mais tout aussi intéressant. L’ambiance y était presque au recueillement. Etait-ce dû à la présence d’hommes portant la kippa ? A la présence de ces plaques commémoratives rappelant les exactions commises lors de la dernière guerre ? Au comportement recueilli des touristes juifs ? Ou à la présence des militaires qui surveillaient les lieux ? Je l’ignore. En tout cas le lieu était reposant et calme. Le jeu lors de la visite était de repérer les synagogues en comptant les fenêtres des maisons : cinq fenêtres à l’étage, et l’on pouvait être à peu près sûr que la maison était un lieu de culte. Une fois n’est pas coutume, j’ai été fière de Napoléon lorsque j’ai appris qu’il avait fait ouvrir les portes du ghetto pour que les juifs puissent circuler librement. Enfin, j’ai découvert que le sinistre mot de « ghetto » venait de ce quartier de la ville de Venise, et qu’au départ c’était un nom propre de quartier qui ensuite est devenu un nom commun.

C’est à une terrasse de ce quartier que j’ai pu savourer un Spritz, le célèbre cocktail vénitien, tout orangé et délicieusement pétillant…

Et vous, avez-vous vu Venise ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Lundi 21 mai 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

J’espère que vous avez passé une belle journée hier à l’occasion de la fête de l’Esprit. Alors que nous fêtions la Pentecôte, les juifs, eux, fêtaient Chavouot, une fête de pèlerinage et des prémices de la récolte, et aussi une commémoration de la Révélation au Sinaï. Un parallèle peut être facilement établi entre la fête juive et la fête chrétienne, le don de la Torah à Israël et le don du Saint-Esprit aux Apôtres.

Alors qu’au culte le pasteur évoquait Chavouot, j’ai repensé à l’enseignement que nous avait donné à Bouxwiller le Rabbin Eliacheff de Strasbourg que j’avais trouvé formidable. Il faut dire déjà que le Rabbin se présente de manière étonnante. Lorsqu’il prend la parole, assis à une table, il a une posture plutôt « relâchée », le dos légèrement voûté, rien à voir avec la posture professorale des conférenciers à laquelle nous sommes habitués, nous les goys, comme il nous appelle. Et surtout, il parle très doucement. Ce qui a affolé l’assemblée d’étudiants présente ce jour-là. Il n’a pas parlé plus fort pour autant mais a expliqué que c’était normal, que c’était toujours comme ça, et que ça allait s’arranger (il sait ce qu’il fait, son premier métier était acteur). Effectivement, c’est ce qui s’est produit, il a obtenu un niveau de silence et d’attention exceptionnel.

Il nous a ensuite expliqué la différence entre la pensée goye (la nôtre) et la pensée juive à partir d’un extrait du Talmud, le Talmud étant un livre de commentaires de la Torah orale. Les juifs, eux, ont pour habitude de commenter un texte ou une réflexion, et de faire des commentaires de commentaires. Les désaccords ne les gênent pas, au contraire. Ils se mettent d’accord sur le fait qu’ils ne seront pas d’accord et ensuite ils organisent et structurent les discussions. Et le Rabbin d’évoquer la célèbre dispute entre Beth Shammaï et Beth Hillel qui dura des années. Alors que nous (les goys), nous voulons détenir la vérité, nous voulons avoir raison, trouver un accord, et lorsque le désaccord subsiste, alors soit nous disqualifions l’autre, soit nous nous en séparons. Le risque pour nous est la rupture de la relation avec quelqu’un avec qui nous sommes en contradiction d’une part et la pensée unique d’autre part, là où, je cite le Rabbin, « la pensée juive consiste à penser une chose et son contraire, et son contraire, et son contraire… ».

Or, pour le Rabbin Eliacheff, l’Ecriture de Dieu porte en elle énormément de sens et surtout des sens contradictoires. Selon lui, il ne faut surtout pas penser que Dieu n’est pas contradictoire. La pire chose pour lui est de dire que Dieu ne pense que d’une seule manière.

Et, comme la pensée juive est contradictoire, alors elle pense que Dieu existe ET que Dieu n’existe pas. Pour le Rabbin, ne penser que l’existence de Dieu est une pensée unique, une forme d’idolâtrie. Là où la contradiction m’évite de penser uniquement comme j’en ai envie. C’est en cela que la pensée juive peut avoir ce que le Rabbin nomme « un effet thérapeutique ».

J’ai appris que les juifs apprennent très tôt à leurs enfants (dès l’école primaire) à débattre. On choisit un sujet, et on demande à l’enfant de défendre son opinion, puis de défendre l’opinion adverse. C’est ce que j’aurais dû faire avec mes enfants plutôt que ces longues discussions à table avec des adolescents, discussion dont le but était (trop) souvent d’imposer son point de vue à l’autre. Ce qui est fatigant à la longue…

A propos de fatigue, j’abandonne cette page une petite quinzaine, car mon mari m’emmène en voyage en Italie, histoire de prendre un peu de repos. Une bonne idée non ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

 

 

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Mercredi 9 mai 2018
 

Amis de Murmure, bonjour à tous.
 

Ça y est, je suis de retour de ma semaine à Strasbourg. Fatiguée, mais heureuse de tout ce que j’ai vécu : retrouvailles avec les autres étudiants, examens de théologie, temps conviviaux sans parler des péripéties.

En dogmatique, je n’ai pas eu le filioque comme je l’espérais. A la place, il a fallu composer sur un sujet portant sur le vocabulaire de la trinité : substance, nature, hypostase et personne. Un sujet très technique mais qui permettait de passer des philosophes grecs à K.Barth et sa définition de la trinité en trois manières d’être de Dieu (et non plus de trois personnes). A l’oral, j’ai été collée sur le semi-pélagisme ! Le pélagisme, j’ai su, mais le semi-pélagisme m’a laissée sans voix. Heureusement, je me suis rattrapée avec la question sur le sacrement de la Cène (l’eucharistie si vous préférez) ; là, j’ai pu faire l’inventaire de toutes les variantes théologiques : présence réelle, spirituelle, symbolique... En théologie pratique, je suis tombée sur la catéchèse visuelle. Et en éthique, j’ai commenté un article d’Alain Thomasset (un catholique) sur la place de l’écriture en Ethique pour tenter de répondre à la question (intéressante) : y a-t-il une morale chrétienne ? Je me suis surprise moi-même, car j’ai longtemps répondu « non » à cette question, mais depuis que je fais de la théologie, je réponds « oui », sans hésiter.

Côté péripéties, ce fut divers aussi. Du genre : vous laissez votre sac à la bibliothèque le temps d’un déjeuner au RU et 20 minutes plus tard, à votre retour, la sécurité de l’Université vous interdit l’accès au bâtiment car des manifestants occupent les lieux. Vous vous retrouvez à la rue, sans vos notes pour réviser, à quelques heures de l’examen. Le seul lieu qui pourrait vous sauver, c’est la bibliothèque justement mais impossible d’y accéder. J’ai remarqué en négociant avec les agents de sécurité que « la théologie » impressionnait un peu quand même, plus que l’Histoire par exemple. Mais pas suffisamment pour que la porte s’ouvre et que je puisse récupérer mes affaires.

Autre genre de péripétie : traverser tout le centre-ville de Strasbourg à 1 heure du matin avec un(e) acolyte qui a trop bu à la soirée étudiante, pour rentrer se coucher chez les diaconesses. Le principal problème était la « grappe » de ballons de baudruche récupérée à la fête que mon amie ne voulait pas lâcher et qui entravait sa marche. Arrivée chez les diaconesses, il a fallu négocier ferme là aussi pour faire taire mon amie et lui faire déposer au jardin ses ballons qu’elle appelait « mon symbole » et qui faisaient énormément de bruit lorsqu’ils éclataient ! Autant dire que nous n’étions pas très fraîches le lendemain pour la journée hors les murs à la rencontre du judaïsme alsacien. Mais le rabbin Aaron Eliacheff a su me tirer instantanément de ma torpeur, par l’enseignement qu’il a donné sur « l’effet thérapeutique de la pensée juive ». Il ne pouvait mieux tomber ! Son propos a eu un effet extraordinaire sur moi. Cela faisait des années que je n’avais pas reçu un enseignement aussi brillant et étonnant. Mais ça c’est une autre histoire. Dont je vous parlerai une fois prochaine.

Belle Ascension à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Samedi 28 avril 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Ça y est ! La valise est prête et les révisions sont (presque) achevées. Demain, à 8h35 je monte dans le bus pour me rendre à Strasbourg. A 12h30, j’arriverai chez les diaconesses qui m’hébergeront durant toute ma semaine d’examens. J’aime bien séjourner chez elles car je me sens comme à la maison. Certaines d’entre elles portent d’ailleurs le même modèle de tablier fait main que portait ma grand-mère. Et les confitures servies au petit-déjeuner ont le même goût que celles de mon enfance.

Les blocus étudiants ? Ils se poursuivent semble-t-il et perturbent le bon déroulement des examens. Pour ce qui me concerne, j’ai maintenant la certitude que mes épreuves auront bien lieu car le doyen de la faculté de théologie protestante a pris la décision de délocaliser les examens (avec l’accord du service juridique de l’Université). Ce sont les étudiants étrangers ou d’outre-mer qui doivent être soulagés à cette heure, car ils réservent des billets d’avion coûteux plusieurs mois à l’avance.

Donc, normalement, sauf catastrophe, les examens auront bien lieu et je devrais décrocher un bac + 2 en théologie à la fin du semestre. Mais auparavant, j’ai encore un peu de travail. Lundi, j’ai un oral en éthique théologique (ou théologie morale si vous préférez). Il va falloir causer de la place de l’éthique en théologie, de la place de l’écriture en éthique théologique et de ce que je redoute le plus, du statut de la raison en éthique et répondre à des questions du genre : y a-t-il une éthique chrétienne ? Mardi 1er mai, ce sera repos. Ou plutôt, révisions en prévision de la redoutable journée de mercredi où le matin j’aurai un oral de théologie pratique, en catéchèse, puis l’après-midi un oral et un écrit de dogmatique. Là, il faudra causer de la trinité et du filioque, cet ajout au symbole de Nicée-Constantinople comme quoi l’Esprit-Saint procède du père et du fils, qui est à l’origine de la séparation avec l’Eglise orthodoxe. Jeudi, je terminerai par une dissertation de philosophie. Bon, je connais déjà le sujet mais ce n’est pas pour cela que c’est simple. Il va falloir disserter sur : Jusqu’où et dans quelle mesure est-il possible de penser philosophiquement la religion ? Avec comme auteurs imposés (deux au choix) : Rousseau, Kant, Schleiermacher, Ricœur (quatre figures de la philosophie de la religion d’inspiration protestante). Jeudi soir, c’est le soulagement, et le temps festif entre étudiants, avec les jeunes et les professeurs.

Enfin le dernier jour, le vendredi, il est annoncé interdisciplinaire : là on part tous en car à Bouxwiller pour une journée hors les murs à la rencontre du judaïsme alsacien.

Beau programme non ? Je vous raconterai.

Bonne semaine à vous.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Dimanche 15 avril 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Elle doit bien s’amuser mon amie Brigitte si elle me voit, depuis le Ciel où elle est partie un peu trop vite, répéter « le commentaire d’image catéchétique » que je dois réaliser à Strasbourg mercredi prochain devant des étudiants qui, comme moi, sont en licence de théologie. C’est un peu à cause d’elle qu’il m’arrive tout ça. C’est elle qui est rentrée un jour enthousiaste de Strasbourg où elle avait découvert le nouveau « Vitrail aux 100 visages » de la Cathédrale. Ce vitrail contemporain qui représente un Christ monumental dont le modelé du visage est fait de plus de 200 portraits (photographiés) d’hommes, de femmes et d’enfants, avait plu à l’institutrice, mais aussi formatrice pour adultes qu’elle était. Elle avait tout de suite vu l’intérêt catéchétique de cette œuvre contemporaine qui a été conçue avec tout le monde et pour tout le monde. Ce vitrail lui plaisait tellement que son époux l’a posé devant son cercueil, à l’Eglise, le jour de ses obsèques. Je ne me souvenais plus de ce détail (qui n’en n’est pas un) mais lorsque j’ai feuilleté une revue d’art sacré alors que je cherchais une image catéchétique à commenter pour un devoir, le vitrail m’a alors sauté aux yeux.

Le fait est qu’il plait. A mon professeur (protestant) de théologie pratique aussi il a plu, au point qu’il m’a demandé de venir à Strasbourg le présenter aux étudiants. Ça, ce n’était pas prévu au programme. Normalement, je devais avoir un oral de 10 minutes sur le cours, en tout et pour tout. Ça se transforme en 30 minutes d’exposé sur le vitrail, suivi d’un débat de 30 minutes avec les étudiants et le professeur. Certes je connais le sujet de l’interrogation, mais ce n’est pas tout à fait le même genre d’épreuve. Bon j’avais le choix, le professeur m’a proposé et non imposé cette formule qui m’a séduite mais j’avoue qu’à cette heure, j’ai un peu la pression…

Alors je répète souvent dans ma tête la lecture d’images que je proposerai mercredi pour qu’elle soit fluide le jour J, et que les mots me viennent aisément, car c’est une chose que de faire un devoir écrit sur une œuvre, et une autre que de la commenter de vive voix devant un public. J’ai conçu un diaporama avec des détails du vitrail ce qui permet un dévoilement progressif et facilite la description.

Et puis, il va falloir se rendre à Strasbourg. Ce qui prend 2h30 allée en temps normal, se complique considérablement en période de grève de la SNCF. Je rechigne à prendre ma voiture alors j’ai mis en œuvre tous les plans B : covoiturage pour l’allée, et retour en bus le lendemain. J’ai dû prendre une demi-journée de congé supplémentaire et pleurer chez les diaconesses pour qu’elles m’accueillent le soir.

Enfin voilà, comme il est dit dans la Première Lettre de Pierre, Apôtre, il faut toujours être prêt à rendre compte de l’espérance qui est en nous. Cette parole était adressée à des personnes qui risquaient (et subissaient) des persécutions. Moi, je ne risque rien de vital mercredi, personne ne me persécutera à la faculté (protestante) de Strasbourg, quoique je dise… et Brigitte – la catholique- sera à mes côtés, je n’en doute pas un instant, lorsque je présenterai le Vitrail aux 100 visages aux futurs pasteurs.

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Samedi 7 avril 2018,
 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Ça y est ! J’ai fini mon devoir sur Jacques ELLUL. La commande était de 10 pages. Le thème, lui, était laissé au choix. Ce pouvait être la technique, le sujet de prédilection de l’intellectuel protestant, ou encore la propagande, la liberté, la révolution, l’art, l’image. Mon choix s’est porté sur la thématique du travail. J’avais envie de savoir ce que ce prophète moderne visionnaire avait pu dire sur le sujet. Et je n’ai pas été déçue.

Ellul voit venir, dès les années 80, tous les maux dont nous souffrons actuellement dans les entreprises : burn out, dépression, troubles musculo-squelettiques, épuisement professionnel, déclassement, peur du chômage. Il dénonce le travail devenu une sorte d’idole à laquelle on se « consacre » et pour laquelle on sacrifie son corps, son temps, son entourage, bref toute sa vie. Il critique également le fractionnement du travail qui engendre une perte de sens (on ne sait plus pour quoi et pour qui on travaille) ainsi que la recherche effrénée de l’efficacité, les méthodes de contrôle en tout genre comme les démarches « qualité ».

Une fois le mal identifié, il en recherche les causes. Il dénonce « la technique » et ses excès, son cheval de bataille. Il lui reproche de confondre la fin et les moyens, de survaloriser l’efficacité, de tayloriser le travail et de l’automatiser, au détriment de la réalisation globale d’un ouvrage. Mais surtout il fustige l’idéologie concernant le travail, qui l’exalte et le considère comme source de liberté. Alors là, tout le monde y passe. Les socialistes et les marxistes qui sacralisent le « travailleur », la bourgeoisie qui voit dans le travail, le levier du progrès, les libéraux qui le voient comme source d’enrichissement, et les chrétiens qui le considèrent comme la mère des vertus quand ce n’est pas une réponse à l’attente de Dieu.

Ellul ne se contente pas de faire un procès, il cherche des remèdes. Du côté économique et politique tout d’abord, ce qui le conduit à des propositions comme la réduction drastique du temps de travail (il préconise 2h/jour mais n’y croit pas et pense qu’en 1990, on sera parvenu à 6h30…), l’autogestion, la récusation du critère d’efficacité, une réduction du niveau de vie et une moindre croissance, entre autres. Mais surtout, et c’est là son originalité, il fait un détour par la Bible. Et pour penser la question du travail, il relit Qohélet (l’Ecclésiaste). Et là, c’est très étonnant. Car on découvre que Qohélet faisait déjà à son époque (bien avant JC) le procès du travail à qui il reprochait d’être destructeur pour l’individu, de le conduire au découragement voire de le dégoûter de la vie. Nos problèmes ne sont donc pas nouveau….Qohélet considère que le fruit du travail, l’ouvrage, est hével, ce qu’on traduit par « vanité », et qui n’a rien à voir avec la prétention ou l’amour-propre mais la vacuité, le vide. Bref, on travaillerait pour du vide. Donc pourquoi s’inquiéter finalement ? Pourquoi se faire tant de souci ? C’est foncièrement inutile.

Mais attention, si l’œuvre (résultat du travail) est « vanité et poursuite du vent », Qohélet rappelle que le travail, lui, est don de Dieu, et que « tout ce que ta main se trouve capable de faire, fais-le par tes propres forces car il n’y a ni œuvre, ni bilan, ni savoir, ni sagesse dans le séjour des morts où tu t’en iras ».

Et un jour, pense Ellul (avec Qohelet et en relisant l’Apocalypse), on retrouvera notre ouvrage, dans la Jérusalem céleste, ressuscité !

Le travail qui ressuscite, je n’y avais jamais pensé. Et vous ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Dimanche 25 mars 2018
 

Amis de Murmure, bonjour à tous.
 

Ça y est ! J’ai trouvé LA question à poser lors de nos sessions de préparation au mariage.

Surtout pas « pourquoi voulez-vous vous marier à l’église ? ». Le « pourquoi » est totalement inadapté car il déclenche un réflexe de justification. Les participants donnent des réponses où ils se justifient, plus ou moins sincèrement d’ailleurs, ce qui n’a aucun intérêt. En revanche, si on leur demande « qu’est-ce qui est le plus important pour vous dans le mariage à l’église », on présuppose que c’est important pour eux de se marier à l’église, et ça l’est nécessairement car plus personne aujourd’hui n’est obligé de se marier pour vivre en couple, et pour être marié, un mariage civil suffit. Or le fait de poser cette question permet de recueillir des réponses intéressantes pour aborder le sacrement du mariage.

Vendredi soir dernier, lors de notre seconde soirée de préparation au mariage, qui en terme d’investissement des participants et de qualité des échanges n’était pas très bien engagée, nous avons posé cette question, et là, renversement de situation, après un court temps de réflexion, tous les couples se sont exprimés et ont livré des réponses personnelles. Pour certains, c’est la tradition qui est importante car ils veulent s’inscrire dans une continuité : les générations précédentes se sont mariées alors eux aussi veulent le faire, la tradition étant une valeur importante pour eux. D’autres voient dans le mariage un rite de passage en rapport avec la vie. D’autres se marient à l’église parce qu’ils se sentent dépassés par ce qu’ils vivent, parce que le mariage est une étape importante de leur existence, comme la naissance (la leur et celle de leurs enfants). D’autres expriment très directement leur foi en Dieu et disent qu’ils ont besoin de s’en remettre à Dieu, que le mariage à l’église est un trio (formulation pour le moins surprenante !), le couple + Dieu. D’autres enfin évoquent la dimension spirituelle. Bref, en un tour de table, on avait recueilli tous les ingrédients permettant d’aborder le sacrement du mariage, Et on avait évoqué Dieu (ce qu’on nous a reproché de ne pas faire suffisamment explicitement dans nos sessions) ce qui n’est pas simple dans ce type de rencontre.

Cette question, je la tiens d’une journée de formation animée par Hélène BRICOUT, qui est professeur de liturgie à l’Institut catholique de Paris. Elle a évoqué sa pratique de la préparation au mariage en paroisse auprès d’un public « tout venant » et a mentionné à plusieurs reprises cette question qui a retenu mon attention et que j’ai soigneusement notée. J’ai bien fait !

Du coup, nous avons inscrit cette nouvelle animation à notre programme de préparation au mariage sous le titre « la question d’Hélène BRICOUT ».

Le questionnement est un tout un art en animation pastorale.

Jésus était un maître en la matière.

Bonne semaine sainte à vous tous.

Amicalement.

Catherine

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Lundi 12 mars 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Ça y est ! Les vacances sont finies, nos deux petites filles (2 ans et 14 ans) sont retournées chez leurs parents, en bonne santé et reposées. Je peux à nouveau me consacrer à mes études car pendant une semaine, toutes mes activités ont été interrompues. Même pendant la sieste de la petite, il m’a été impossible de me détacher des préoccupations du quotidien : surveiller le passage au four des chefs d’œuvre en pâte à sel, acheter de la molée (de la pâte à modeler), et des collés (des gommettes). Aux préoccupations s’ajoutaient les occupations : sortie à la piscine, en ski de fond, à la pizzéria, sans parler de la lecture de Claude GUEUX de Victor Hugo, entreprise pour venir à bout des questions du devoir de français de la plus grande.

A mon propre programme de lecture ce semestre, il y a Jacques ELLUL. Vous l’avez déjà lu ? Rien à voir avec Victor Hugo, quoique si, ces auteurs ont en commun une fibre sociale et ils auraient pu rivaliser au plan de la production littéraire. Car si Victor Hugo a écrit plus de 150 000 vers, Ellul lui, a publié 58 ouvrages, 1000 articles dont 250 dans la revue Réforme.

Jacques ELLUL est un intellectuel protestant du XXème siècle. C’est un personnage totalement atypique, étonnant, une sorte de prophète moderne, qui a frappé l’esprit de ceux qui l’ont approché ou lu et qui a influencé bon nombre de personnes, au sein du protestantisme et en dehors aussi, aux Etats-Unis surtout où sa pensée a été accueillie favorablement et où il est enseigné, à l’inverse de la France qui l’a rejeté.

Il était fils unique. Son père était un serbe orthodoxe libre penseur et sa mère une portugaise, protestante, croyante mais non pratiquante. Il a été bachelier à 16 ans, s’est converti à 17 ans, a été docteur en droit à 24, puis professeur de droit à l’IEP de Bordeaux, spécialiste de Marx, sans être marxiste. Il a été résistant. S’est engagé dans un club de prévention de la délinquance et un mouvement de défense du littoral atlantique. Il était prédicateur et animateur pastoral dans l’Eglise protestante. Il n’a jamais passé le permis de conduire.

Travailleur acharné, il s’est penché sur une multitude de sujets : la technique, la propagande, la politique, la révolution, la liberté, la Bible, la foi, l’espérance, la liberté, l’art, l’image, l’engagement….C’est sa thèse sur « la technique » qui est la plus représentative et la plus connue. Il a en effet perçu que la technique (et non les techniques en tant qu’outils) était devenu l’enjeu du siècle passé et surtout l’élément déterminant de notre société. Il a montré que la recherche de l’efficacité au moyen de la technique avait remplacé la pensée politique ou économique. Et que pire, la technique était devenue autonome et dirigeait notre fonctionnement. Il a alerté sur ce qui lui semblait de graves dérives : l’idolâtrie de l’efficacité devenue valeur unique, l’idolâtrie de l’objet technique au détriment de la recherche du sens et du bien-être de l’homme. Il a questionné par exemple l’intérêt de la conquête spatiale (des dépenses colossales pour quelles retombées ?), a dénoncé le fait que la technique crée des problèmes qu’elle prétend régler au moyen de nouveaux progrès techniques dans une sorte de course en avant, il évoqua par exemple la question non réglée des déchets nucléaires. Il a alerté ses contemporains sur le fait qu’ils devenaient des esclaves du système technicien qu’ils avaient créé mais qui leur échappait. Il préconisait la non-puissance, la sobriété, la baisse du niveau de vie, la diminution du temps de travail, le partage avec le tiers-monde et il alertait sur les dangers qui nous guettent : catastrophes écologiques, terrorisme, guerres…un vrai prophète, (même s’il n’aimait pas ce qualificatif).

Il ne croyait pas en l’action politique (politicienne) mais en un fonctionnement en petits groupes locaux (comme dans la résistance) qui s’engagent pour une cause. Le slogan « penser globalement, agir localement » vient de lui.

Or, je me demande si ELLUL n’a pas été entendu finalement, 40 ans après ses appels, car autour de moi, depuis quelques années, je vois fleurir ce type de groupes autonomes. Une fruitière à énergie par exemple est apparue dans mon secteur. Elle porte des projets de production d’énergie renouvelable (hydraulique, solaire) au plan local et dans une volonté de contribuer à la transition énergétique. Il existe aussi un groupe qui a créé une monnaie locale et un qui fédère les initiatives locales toujours en faveur des nouveaux systèmes de mobilités.

Toutes ces initiatives auraient plu à Jacques ELLUL je pense.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Jeudi 1er mars 2018
 

Amis de Murmure, bonjour à tous.
 

Ça y est, j’ai trouvé une image catéchétique à commenter pour mon devoir de théologie pratique.

Merci au passage à tous ceux qui ont répondu à mon appel et m’ont indiqué des pistes intéressantes. Ainsi j’ai pu découvrir des artistes dont j’ignorai l’existence comme Bernadette Lopez (alias Berna) dont on peut découvrir les œuvres à cette adresse http://www.evangile-et-peinture.org/ .

En fait, j’ai créé moi-même mon image catéchétique sous forme d’un diaporama que j’ai conçu à partir du Vitrail aux 100 visages de la cathédrale de Strasbourg dont j’ai trouvé des détails et des reproductions sur le site de sa créatrice, Véronique ELLENA https://veronique-ellena.net/portfolio/ .

Vous connaissez ce vitrail ? Il est étonnant. Pour le voir et bien qu’il soit immense (400 X 780cm), il faut le chercher dans la cathédrale car le risque est grand de passer à côté. Il faut en fait se retourner par rapport au sens habituel de la visite. Et là, on découvre, dans la chapelle Sainte-Catherine, ce vitrail contemporain qui représente la figure de Jésus-Christ. Une figure monumentale, un Christ présenté comme apparaissant à une fenêtre, portant un vêtement rouge vif, et accomplissant le geste de Dieu par excellence, une bénédiction. La première fois que j’ai été en contact avec cette œuvre, la question qui m’a traversé l’esprit a été : Mais qu’est-ce-que c’est que ça ? Oui, parce qu’on ne comprend pas tout de suite ce que l’on voit. La représentation est classique, puisque elle s’inspire d’un tableau du XVème siècle de Hans MEMLING, le Christ bénissant, mais elle est totalement réinterprétée. Le visage du Christ a en effet un aspect inhabituel car il est composé d’une multitude de portraits de contemporains qui sont en fait des photographies.

Le vitrail aux 100 visages a été créé en réponse à une commande publique du Ministère de la Culture et installé à l’occasion du millénaire de la cathédrale en 2015. L’artiste plasticienne qui l’a créé a voulu qu’il soit pour tout le monde et fait avec tout le monde. De là lui est venue l’idée de photographier des personnes recrutées par voie de presse, des bébés, des enfants, des jeunes, des adultes, des personnes âgées mais aussi des sans-abris. Le studio photo a été installé au sein même de la cathédrale. Les modèles anonymes ont été photographiés dans la lumière blanche de la verrière. C’est cette lumière que leur visage photo-graphié restitue aujourd’hui sur le vitrail, en donnant forme à la figure de Jésus. Le tout dans un festival de couleurs représentant un Eden, un jardin magnifique inspiré des paroles attribuées à Sainte Catherine (la sainte qui recommandait aux dirigeants de son temps de préférer les beautés du monde aux signes superficiels et éphémères de la puissance).

Tout en haut (regardez le vitrail sur internet), il y a une représentation plus abstraite, un rond orange qui apparaît dans le ciel. Je ne cesse de me demander ce que c’est. Un astre ? Dieu ? L’Esprit saint ?

Vous me direz ce que vous en pensez.

Amicalement comme toujours.

Catherine

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Vendredi 16 février 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Comment en suis-je arrivée à revoir ce film que j’aime bien avec Isabelle CARRÉ ? Je ne sais plus. Mais en tout cas, j’ai eu beaucoup de plaisir à regarder à nouveau Le Cœur régulier de Vanja d’Alcantara (adapté du roman éponyme d’Olivier Adam). Car on croise dans ce film une vraie figure de sauveur, qui existe dans la vraie vie même si le film, lui, est une fiction.

L’histoire en elle-même est assez simple. On voit évoluer une jeune femme, Alice, épouse et mère de deux enfants, qui mène une vie aisée et conventionnelle mais qui semble ne plus vraiment exister au plein sens du terme. Surgit son frère, Nathan, un jeune homme attachant mais instable qui souffre de tendances suicidaires. Au moment des retrouvailles avec sa sœur, le jeune homme semble néanmoins heureux et bien vivant. Il rentre du Japon où il a voyagé et fait une rencontre amoureuse. Il a pour projet de retourner dans ce pays, projet qui sera brutalement interrompu par un accident de moto où il laissera sa vie.

Bouleversée, en plein deuil, Alice (Isabelle Carré dans le film) décide de partir au Japon retrouver la compagne de Nathan et les traces de son frère. Or ce cheminement va la conduire jusqu’à un lieu magnifique mais tristement célèbre : les falaises de Tôjinbô. C’est en effet depuis le haut de ces falaises que de nombreux japonais (et des étrangers aussi) se jettent dans la mer en contrebas pour se donner la mort. Or Alice apprend que Nathan s’est rendu dans ce lieu avec l’intention de se suicider. Et qu’il a été sauvé par un certain Daïsuke, un vieil homme qui surveille la falaise aux jumelles. Alice rencontrera elle aussi Daïsuke et son existence en sera transformée.

Or, ce Daïsuke existe dans la vie réelle. Il s’appelle Yukio Shige. Il est policier à la retraite. Lorsqu’il exerçait, il était appelé en bas des falaises pour constater les décès. Il arrivait donc toujours trop tard. Alors quand il a été retraité, il s’est mis à surveiller les falaises et quand il repère un candidat au suicide, il marche au devant de lui et entre en relation. La méthode paraît simple : il salue la personne et lui demande d’attendre une minute. Puis il la ramène à son domicile où il prend soin d’elle. Il a ainsi sauvé plusieurs centaines de candidats au suicide.

Etonnant non ?

Ah, si je me souviens pourquoi j’ai repensé à ce film : ce jour-là mon mari rentrait de l’enterrement de la fille d’un collègue, une jeune femme de 29 ans qui s’était suicidée. Elle n’avait pas rencontré son Daïsuke, malheureusement.

Je vous recommande ce film bien qu’il soit difficile à conseiller mais à condition que vous appréciiez la lenteur et le silence car il est très lent et les dialogues sont comptés. Ce qui laisse le temps de savourer l’atmosphère japonaise et la sensibilité du jeu d’Isabelle CARRÉ qui est troublante.

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

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Dimanche 4 février 2018
 

Amis de Murmure, bonjour à tous.
 

Vous faites peut-être partie de ceux qui ont souscrit au défi lancé par l’association Zéro Waste France (zéro déchet), « Rien de neuf ». L’idée est d’essayer d’acheter le moins de produits neufs possibles pendant un an, voire aucun, en privilégiant les solutions alternatives comme l’occasion, la location, le prêt, la mutualisation. Personnellement j’y ai songé un instant mais un instant seulement, je n’ai pas souscrit…

J’ai pris une autre résolution pour 2018, celle de prendre le moins souvent possible ma voiture et le plus souvent possible les transports en commun en ayant recours aux dispositifs de « mobilité au quotidien » des collectivités. Je suis déjà abonnée à un site de covoiturage, covoiturage auquel j’ai régulièrement recours pour les longs trajets, mais malheureusement, ça ne fonctionne pas pour mes trajets domicile-bureau alors j’ai décidé de prendre le bus pour me rendre à mon travail.

Cette décision implique une nouvelle organisation et surtout des changements d’habitudes (le plus difficile toujours). Je dois me lever 45 minutes plus tôt. Prendre mon auto pour parcourir les 4 km qui me séparent de l’arrêt de bus. Puis je monte dans le minibus qui me conduit à la ville. Le trajet dure 35 minutes. J’ai un abonnement mensuel dont le coût est financé pour moitié par mon employeur et qui me revient à 25 euros ( !). C’est très bon marché mais un peu contraignant : je dois faire la demande par écrit au Conseil régional qui m’envoie en recommandé mon abonnement et l’attestation pour l’employeur. Une fois arrivée en ville, j’ai encore un trajet d’une durée de 25 minutes. Je le fais en général à pied, ainsi j’accomplis ma part d’exercice physique quotidien ce qui me fait le plus grand bien. Lorsqu’il pleut, je prends le tram, pour lequel j’ai aussi une formule d’abonnement. Et lorsque je me déplace en ville pour mon travail, soit je fais le trajet à pied, soit je prends le bus. Je ne pourrais plus me passer d’une connexion internet sur mon téléphone qui est indispensable pour le calcul des itinéraires…

Mais au-delà des économies, des bienfaits de la marche à pied et de la réduction des émissions de gaz, le recours aux moyens de transport alternatifs présente un autre avantage, non des moindres : il libère l’esprit. Le temps que je passais à conduire est maintenant consacré à d’autres activités bien plus intéressantes : lire, écouter des émissions en podcast, consulter mes messageries (5 !) et répondre aux emails, prendre des notes, ou tout simplement réfléchir. Et quand je suis fatiguée, je ne fais rien.

Après trois mois d’essai, j’ai totalement adopté ce système car les bénéfices l’emportent largement sur les contraintes. Depuis, je le promeus autour de moi. En espérant que la ligne de bus qui me permet de me rendre à mon travail sera maintenue car elle est menacée de fermeture.

En effet, nous ne sommes qu’une vingtaine d’abonnés sur la ligne et elle n’est donc pas rentable. Elle n’est maintenue qu’au titre du service public. Mais combien de temps ?

Amicalement comme toujours.

Catherine

 

oOo

 

Samedi 27 janvier 2018

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Au fait, vous pouvez peut-être m’aider ?

 

Dans le cadre d’un cours de théologie pratique, je dois prochainement faire un devoir sur la catéchèse. Je dois tout d’abord trouver une image catéchétique ayant un rapport à la Bible, puis la commenter. Ensuite, je dois montrer en quoi cette image peut rendre un texte (ou un sujet) biblique plus actuel.

L’image peut s’adresser à des enfants ou des adultes, ou encore aux deux. Personnellement, je préférerais une image qui s’adresse à des adultes prioritairement, ou des grands jeunes, tout en restant exploitable avec des enfants… En fait, j’aimerais éventuellement l’utiliser dans le cadre des sessions de préparation au mariage que j’anime. Nos sessions ne comportent pas de lecture biblique, ce que nous regrettons, or je me dis que la projection d’une image sur un thème biblique lui-même en lien avec soit l’année liturgique (Pâques par exemple), soit des thématiques bibliques en lien avec le mariage (l’Alliance, le Don…) serait intéressante.

Reste à trouver l’image, et là je sèche. Il faut dire que je n’ai aucune pratique de ce type d’approche, ni en tant que catéchète (j’ai fait du caté pour des enfants pendant 6 ans) et encore moins en tant que catéchisée car je suis issue d’une branche du protestantisme plutôt réfractaire aux images religieuses. Je parle de l’Eglise réformée. Calvin était en effet foncièrement opposé à l’utilisation des images catéchétiques car il craignait l’idolâtrie des images pieuses. Il a hélas sous-estimé tout l’intérêt pédagogique que l’image pouvait avoir.

L’image que je cherche peut représenter un tableau, une photo, une installation, une illustration… J’aimerais qu’elle soit plutôt contemporaine. Pourquoi pas d’un artiste d’une culture différente, africaine par exemple ou sud-américaine ou encore australienne.

Si, j’ai tout de même pensé aux peintures d’Arcabas, et à ses nombreuses représentations des disciples d’Emmaüs mais j’aimerais trouver une image plus actuelle ou moins vue.

Dernière difficulté, l’image doit permettre d’actualiser le message biblique. Le rendre audible ou visible en l’occurrence. C’est le point le plus difficile de l’exercice je trouve.

Vous auriez une idée ?

Si oui, écrivez-moi à cette adresse directement : fcpons@laposte.net ou laissez un message sur Le Nouveau-murmure-est-là.

Amicalement comme toujours.

Catherine.

 

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Mercredi 17 janvier 2018

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Ça y est, je me suis fait avoir. Ça s’est passé samedi dernier. Poussée par mon époux, je me suis rendue en sa compagnie à une journée de formation organisée par le Diocèse et destinée aux acteurs de la préparation au mariage. J’avais bien des choses à faire mais j’ai dit « oui » car le sujet m’intéressait, ou plutôt l’intervenante, Hélène BRICOUT, une théologienne de l’Institut catholique de Paris, spécialiste du mariage. Oui, car j’ai fait un devoir en théologie pratique sur l’accompagnement pastoral des couples qui se préparent au mariage (et je fais aussi de la préparation au mariage avec mon mari et un couple d’amis). Or, j’avais très envie d’entendre le son de cloche catholique sur le sujet.

C’est donc pleine de curiosité que je me suis rendue à la maison diocésaine et que j’ai retrouvé mes amis catholiques. Je n’ai pas été déçue. Grâce à l’enseignement (de haut niveau) d’Hélène Bricout, j’ai fait plein de découvertes : l’exhortation apostolique Amoris Laetitia tout d’abord, qui est pleine de bon sens évangélique et de pragmatisme ; j’ai découvert aussi, au plan pédagogique, tout l’intérêt d’utiliser le rituel du mariage (la liturgie) comme support d’initiation des couples. Je me suis imprégnée de l’art du dialogue que pratique Hélène (à la suite de Jésus qui était un maître en la matière). Par exemple : ne pas demander à un couple de fiancés « pourquoi  voulez-vous vous marier à l’église » mais plutôt : « pourquoi est-ce important pour vous de vous marier à l’église ». Enfin, je suis repartie avec un diaporama présentant le sacrement du mariage. Plus toute une série de fiches pour animer des séquences avec les couples. Si j’ajoute à ces outils le manuel de préparation au mariage que m’a donné Gabriel, mon professeur de théologie pratique (un adventiste) de 189 pages, je suis en mesure d’animer un séminaire de préparation au mariage de 15 jours au moins (je plaisante…). Bon, je me contenterai de combiner les supports des deux bords et d’en faire mon miel.

Seulement voilà, il y a eu le temps du repas. Un moment convivial, opportun pour les retrouvailles et les discussions. On en était au dessert, où nous a été servie une galette des Rois. J’ai eu la fève, un sujet en céramique plutôt joli qui représentait un hibou. Un convive m’a tendu une couronne que j’ai posée sur ma tête et qui a dû servir de signal. Alors que je contemplais mon hibou, hypnotisée par ses gros yeux, Gilles (encore un…) s’est accroupi entre mon mari et moi et nous a magnifiquement vendu l’idée de rejoindre l’équipe diocésaine de préparation au mariage. Bref, on s’est fait recruter… Et nous voilà avec une nouvelle mission. Donc du travail en plus.

C’est étonnant tout de même, jamais je n’aurais imaginé en démarrant mes études de théologie, m’intéresser au sujet du mariage. C’est les autres qui m’y poussent, à commencer par mon mari, puis mon professeur de théologie protestante et maintenant les cathos…

Amicalement comme toujours.

Catherine

oOo

Mardi 9 janvier 2018

Amis de Murmure, bonjour à tous.

Rions un peu si vous voulez bien. Même (ou surtout) Dieu rit. Ce n’est pas moi qui le dis, c’est l’auteur des psaumes (2,4) et le Pape François aussi. Donc ça doit être vrai.

J’ai reçu dernièrement sur ma page Facebook, les « perles » du libraire Jean-Baptiste Mus. Or, ce genre de cocasseries me fait beaucoup rire en général. J’adore les bricolages verbaux que les gens peuvent inventer à partir d’un titre d’ouvrage qu’ils ont entendu (et non lu…). Jean-Baptiste Mus, qui en plus d’être libraire a un excellent coup de crayon, a illustré ses perles. Vous pourrez en retrouver certaines sur son site jbMus , rubrique « libraire et fier de lettre ».

Mais on peut tout à faire rire de ses perles de librairie sans voir les illustrations. Une perle commence toujours par « vous avez… ? ». Ça donne :

- d’une jeune femme BCBG : vous avez Les gens heureux boivent de la bière et se droguent ? pour "Les gens heureux lisent et boivent du café" d'Agnès Martin-Lugand,

- d’une dame en manteau de fourrure : vous avez le livre qui a un rapport avec la musique bien que ce soit un livre, le Stravinsky code ? Pour « Da Vinci Code » de Dan Brown,

- d’une ado : vous avez Liliane va au lycée avec Homère ? Pour « L'Iliade et l'Odyssée » d’Homère,

- d’un ado avec un skate sous le bras : vous avez Le pare-pierre de Civil de Bon Marché ? Pour « Le barbier de Séville » de Beaumarchais,

- d’un jeune homme : vous avez On the road de Jacques Quezac ? Pour « Sur la route » de Jack Kerouac,

- d’une dame d’un certain âge : jeune homme, vous avez Fantômette se fait sauter ? Pour « Fantômette fait tout sauter » de Georges Chaulet,

- d’un lycéen : vous avez Le copain perdu de Paul Newman ? Pour « L’ami retrouvé » de Fred Uhlman,

- de sa copine : vous avez L’écume des jours de Boris Evian ? Pour « L’écume des jours » de Boris Vian,

- une dernière qui fait un peu mal au cœur : vous avez La suite du Journal d’Anne Franck » ?

C’est amusant non ? Et ce n’est pas méchant…

Amicalement comme toujours.

Catherine

 



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Mercredi 3 janvier 2018,

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.,

 

Heureuse de vous retrouver sur un Murmure tout neuf en ces premiers jours de l’année. C’est tout de même une bonne nouvelle que le site fonctionne à nouveau.

Je ne sais pas vous, mais moi, j’ai passé un Noël totalement inattendu. Le 24 à midi, je me rendais au CHU voisin pour accompagner un proche qui se plaignait de troubles de la vision survenus soudainement (une barre noire dans le champ de vision !). Séance tenante, et après avoir appelé le médecin de garde, j’ai abandonné ma cuisine pour conduire mon parent aux urgences. Le malade serait bien resté couché, mais j’ai tenu bon, il fallait se mettre debout, et se rendre en vitesse à l’hôpital.

Et là, j’ai redécouvert les urgences médicales. Je m’y étais déjà rendu à plusieurs reprises, dans le passé, quand mes enfants étaient petits. Or les choses ont bien changé. En bien.

Le gardien à l’entrée de l’hôpital était informé de ma venue par le service de secours et m’a immédiatement ouvert la barrière. Des pompiers m’ont donné un coup de main à l’arrivée pour me procurer un fauteuil roulant et conduire le malade aux urgences pendant que je garais mon véhicule. Un infirmier coordonnateur a pris le malade en charge sur le champ pour une orientation aux urgences ophtalmiques. Dans la demi-heure qui a suivi, le temps que la pupille se dilate, le diagnostic était posé : une NOIA. Un joli nom pour une atteinte redoutable du nerf optique (due à un problème vasculaire) qui peut entraîner une cécité. S’en est suivi une longue série d’examens médicaux qui ont duré jusqu’à minuit, examens neurologiques, cardiaques, sanguins en vue de déterminer la cause de la NOIA. A 23h30, le neurologue m’appelait pour me confirmer le diagnostic et m’informer de la mise en place rapide du protocole de soin : de la cortisone à haute dose.

J’ai apprécié ce soir-là, la disponibilité des personnels des urgences, de l’aide-soignant au chef de service en passant par la flopée d’internes (très détendus, limite joyeux parfois) qui se préoccupaient tout autant de l’électrocardiogramme que du bassin. J’ai apprécié aussi l’organisation de la communication : la « salle de dialogue » où les échanges entre soignants et famille ou malade sont confidentiels et intimes, la présence d’un infirmier coordonnateur, très pédagogue, qui explique au malade le diagnostic et le traitement administré.

Seules une ou deux guirlandes accrochées par-ci par-là rappelaient qu’on était la veille de Noël. Pour les soignants, cette soirée était semblable à toutes les autres. Ils travaillaient et veillaient sur leurs patients alors que d’autres réveillonnaient. Ça s’appelle du dévouement je crois. Même s’il est organisé institutionnellement, on le ressentait. Peut-être un peu plus ce soir-là, qu’un autre soir…

C’était réconfortant.

Amicalement comme toujours.

Catherine

PS : Je vous adresse tous mes voeux pour 2018. Que cette nouvelle année vous apporte sérénité et épanouissement sous le regard bienveillant de Dieu, comme nous l’a écrit Gabriel, mon professeur de théologie pratique.

 

oOo

 

Samedi 18 novembre 2017

 

Amis de Murmure, bonjour à tous.

 

Heureuse de vous retrouver sur Murmure après cette longue interruption.

Il faut que je vous raconte la visite que j’ai eue dernièrement d’une famille tibétaine. La pastorale des migrants nous a signalé un jour la présence d’un couple de réfugiés arrivés depuis peu et nous a sollicités pour qu’on les rencontre. Nous nous sommes donc empressés de prendre contact et de les inviter à déjeuner un dimanche à midi.

A partir de là, nous sommes allés de surprise en surprise (eux aussi je pense).

Nous avons tout d’abord eu un peu de mal à discerner dans leur identité ce qui était leur nom et prénom. Ils ne signaient pas toujours leur message avec le même nom et nous avons cru nous être trompés à plusieurs reprises, et pour cause, les tibétains n’ont qu’un nom, ils n’ont pas de prénom. En arrivant en France, ils ont donc bricolé leur nom, qu’ils ont découpé pour en faire un composé nom+ prénom, en choisissant comme prénom les syllabes les plus faciles à comprendre par les français. Oui, parce qu’ils ont bien l’intention de rester en France, lui étant réfugié politique. Il risque la mort s’il retourne au Tibet en raison de ses activités d’opposant à la Chine. Donc il a l’intention de demander la naturalisation dès qu’il aura le fameux niveau B2 en français. Ce qu’il ne devrait pas tarder à obtenir. Après 300h de formation, lui et elle parlent déjà bien le français. On pouvait assez bien se comprendre. Lui avait recours à l’anglais qu’il parle couramment lorsque le français était insuffisant. Il faut préciser que notre ami tibétain est traducteur de métier, et qu’il parle et lit couramment le chinois, en plus de l’anglais, d’où une certaine facilité dans l’apprentissage des langues étrangères. J’imaginais, en raison de la proximité avec la Chine, que le tibétain était une langue proche du chinois or pas du tout, le tibétain se rapproche de l’hindi.

Mais le plus étonnant je crois, est le prénom que le couple a donné à son petit garçon né en France. Ils l’ont prénommé Emmanuel. J’en avais conclu un peu trop rapidement que le couple était chrétien. Or ils sont bouddhistes, mais peu pratiquants nous ont-ils précisé. Mais alors pourquoi ce prénom ? A cause du nouveau président de la République française qui venait d’être élu lorsque le bébé est né ! Ils voulaient même appeler le bébé Emmanuelmacron. Mais là, l’assistante sociale leur a expliqué que Emmanuel seul, c’était parfait, mais qu’ajouter « macron » en plus, ce n’était pas une bonne idée…

Il faut savoir que le petit Emmanuel a un second prénom tibétain que j’ai été incapable de répéter mais dont j’ai retenu la signification : Prince du Tibet. Emmanuelmacron-Prince-du-Tibet : quel beau programme ! Du coup, je n’ai pas osé dire aux jeunes parents qu’Emmanuel signifiait « Dieu parmi nous »…

J’aurais peut-être dû ?

 

Amicalement comme toujours.

 

Catherine

 

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