L'homélie du dimanche

 

Dimanche 5 avril 2020

 

Rameaux3 2

 

Dimanche des Rameaux


 

Lecture de la lettre de saint Paul apôtre aux Philippiens

Le Christ Jésus,
    ayant la condition de Dieu,
ne retint pas jalousement
le rang qui l’égalait à Dieu.

    Mais il s’est anéanti,
prenant la condition de serviteur,
devenant semblable aux hommes.

Reconnu homme à son aspect,
    il s’est abaissé,
devenant obéissant jusqu’à la mort,
et la mort de la croix.

    C’est pourquoi Dieu l’a exalté :
il l’a doté du Nom
qui est au-dessus de tout nom,

    afin qu’au nom de Jésus
tout genou fléchisse
au ciel, sur terre et aux enfers,

    et que toute langue proclame :
« Jésus Christ est Seigneur »
à la gloire de Dieu le Père.


 

* * * * * *

Évangile de Jésus Christ selon saint Matthieu 21, 1-11

Quelques jours avant la fête de Pâques, Jésus et ses disciples, approchant de Jérusalem, arrivèrent à Bethphagé, sur les pentes du mont des Oliviers.

            Alors Jésus envoya deux disciples : «Allez au village qui est en face de vous ; vous trouverez aussitôt une ânesse et un petit âne avec elle. Détachez-les et amenez-les moi. Et si l'on vous dit quelque chose, vous répondrez : «Le Seigneur en a besoin mais il les renverra aussitôt.» Cela s'est passé pour accomplir la parole transmise par le prophète : «Dites à la fille de Sion : Voici ton roi qui vient vers toi, humble, monté sur une ânesse et un petit âne, le petit d'une bête de somme.»

            Les disciples partirent et firent ce que Jésus leur avait ordonné. Ils amenèrent l'ânesse et son petit âne, disposèrent sur eux leurs manteaux sur le chemin ; d'autres coupaient des branches aux arbres et en jonchaient la route. Les foules qui marchaient devant Jésus et celles qui suivaient criaient : «Hosanna au fils de David ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Hosanna au plus haut des cieux!»

            Comme Jésus entrait à Jérusalem, l'agitation gagna toute la ville ; on se demandait : «Qui est cet homme ?» Et les foules répondaient : «C'est le prophète Jésus, de Nazareth en Galilée.»

* * * * * *

Homélie

Il y a, dans certaines régions, une belle tradition. Elle consiste à porter sur les tombes des défunts, le jour des Rameaux, un rameau de buis béni au cours de la messe. Comme pour unir les défunts des familles dont on garde le souvenir au mystère de la mort et de la résurrection de Jésus, que nous célébrons en cette « semaine sainte ». C’est une coutume tellement ancrée dans les mentalités que lorsque j’étais vicaire, si je demandais au catéchisme ce que nous célébrons le jour des rameaux, unanimement tous me répondaient : « la fête des morts ».

Belle tradition, vous en conviendrez. Les textes de la Bible que nous lisons aujourd’hui nous invitent en effet à relier le geste de Jésus qui donne sa vie à notre démarche de chrétiens qui sommes capables de crier, à quelques jours d’intervalle, « hosanna » (c’est à dire : « sauve maintenant » ou « au secours »), puis « Qu’il soit crucifié. » Il y a comme une sorte de complicité entre Jésus qui l’avait annoncé - « Ma vie, nul ne la prend, mais c‘est moi qui la donne » - et cette humanité qui est la nôtre, aujourd’hui comme hier complice de toutes les forces de mort qui y règnent.

C’est une hymne très ancienne que cite saint Paul au chapitre 2 de sa Lettre aux Philippiens. Elle nous trace tout le mystère pascal que nous célébrons pendant cette Semaine Sainte. Elle exprime d’une manière très claire la foi de la première génération chrétienne : en particulier en ce qu’elle lie la mort et la résurrection de Jésus. Premièrement, déclare-t-elle, Jésus est Dieu. Mais en sa personne, Dieu a pris la condition humaine. Il est donc devenu un homme ; plus précisément, au plus bas de la condition humaine : il s’est fait esclave, jusqu’à épouser la mort des esclaves : sur une croix.  C’est pourquoi Dieu l’a élevé au-dessus de tout. Et c'est précisément parce qu'il a renoncé à faire valoir tout droit, que Jésus a pu tout recevoir comme don, et que le Père l'a ressuscité et lui a fait la grâce, le don, d'être appelé Seigneur, Kurios.

Plutôt que de parler de complicité, je devrais vous parler de solidarité. En épousant la condition humaine dans ce qu’elle a de plus bas, Jésus manifeste en effet sa pleine solidarité avec notre humanité dans ce qu’elle a de plus misérable. « Il s’est dépouillé, il s’est anéanti, se faisant obéissant jusqu’à la mort sur une croix. » Dans notre liturgie chrétienne, nous ne célébrons jamais un Christ mort. Nous célébrons toujours le Christ ressuscité, le Christ qui est passé par la mort mais que le Père a ressuscité, et qui est assis à la droite du Père intercédant pour nous. De plus, dans la liturgie, nous célébrons non seulement Jésus dans ses trente-trois ans de vie humaine, mais le Ressuscité qui, depuis sa résurrection, continue d'être incarné en tout homme et en toute femme, et tout particulièrement en toute personne qui souffre. Au cours de cette Semaine Sainte, nous penserons non seulement à tous les peuples victimes de la guerre, de la violence, de la bêtise humaine, au Moyen Orient, particulièrement en Syrie , mais surtout à toutes les victimes de l'invasion du coronavirus meurtrier qui frappe cette année notre humanité. Probablement, vous qui me lisez, vous êtes confinés dans vos habitations, privés de toute célébration. Privés de toute relation physique. Il ne nous reste, à vous comme à moi qui vous écris, que le secours de la prière, dans une évocation de l'événement fondateur: la mort-résurrection de Jésus. Ce sera donc, si vous le voulez, une simple communion spirituelle. Je vous en prie, « ayez en vous les sentiments qui étaient ceux de Jésus, Lui qui était Dieu, il s'est fait homme, et il a connu la vie et la mort des pauvres de son temps. » (d'après saint Paul).

Alors le confinement que nous subissons5 deviendra communion.