L'homélie du dimanche

Homélie

Dimanche 17 novembre 2019

32e dimanche dans l'année C

Evangile de Jésus Christ selon saint Luc (Lc 21, 5-19)

    En ce temps-là,
    comme certains disciples de Jésus parlaient du Temple,
des belles pierres et des ex-voto qui le décoraient,
Jésus leur déclara :
    « Ce que vous contemplez,
des jours viendront
où il n’en restera pas pierre sur pierre :
tout sera détruit. »
    Ils lui demandèrent :
« Maître, quand cela arrivera-t-il ?
Et quel sera le signe que cela est sur le point d’arriver ? »
    Jésus répondit :
« Prenez garde de ne pas vous laisser égarer,
car beaucoup viendront sous mon nom,
et diront : ‘C’est moi’,
ou encore : ‘Le moment est tout proche.’
Ne marchez pas derrière eux !
    Quand vous entendrez parler de guerres et de désordres,
ne soyez pas terrifiés :
il faut que cela arrive d’abord,
mais ce ne sera pas aussitôt la fin. »
    Alors Jésus ajouta :
« On se dressera nation contre nation,
royaume contre royaume.
    Il y aura de grands tremblements de terre
et, en divers lieux, des famines et des épidémies ;
des phénomènes effrayants surviendront,
et de grands signes venus du ciel.

    Mais avant tout cela,
on portera la main sur vous et l’on vous persécutera ;
on vous livrera aux synagogues et aux prisons,
on vous fera comparaître devant des rois et des gouverneurs,
à cause de mon nom.
    Cela vous amènera à rendre témoignage.
    Mettez-vous donc dans l’esprit
que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense.
    C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse
à laquelle tous vos adversaires ne pourront
ni résister ni s’opposer.
    Vous serez livrés même par vos parents,
vos frères, votre famille et vos amis,
et ils feront mettre à mort certains d’entre vous.
    Vous serez détestés de tous, à cause de mon nom.
    Mais pas un cheveu de votre tête ne sera perdu.
    C’est par votre persévérance que vous garderez votre vie. »

* * * * *

Homélie

L’Evangile de ce jour résonne d’une étonnante actualité, vous ne trouvez pas ? En entendant cet Evangile, j’ai immédiatement pensé à ce que j’entends de plus en plus souvent par la bouche des collapsologues à propos de l’effondrement du système actuel, n’hésitant plus à parler de la fin du monde et même de la fin de l’humanité. C’est avec cette réalité en filigrane que je vous propose de laisser résonner l’Evangile de ce jour, mais « sans nous laisser égarer », comme nous y invite Jésus, qui, si l’on regarde bien le texte de près, nous donne de précieux conseils pour vivre ces temps de bouleversement.

Où est le risque d’égarement dont parle Jésus ? J’en ai vu au moins 4 dans cet Evangile : tout d’abord de marcher derrière les faux prophètes qui disent « c’est moi le Messie, suivez-moi ». Attention, dis Jésus, n’y allez pas, n’y courez pas, ne les suivez pas. Deuxième égarement possible : être terrifié par la guerre ou le désordre, les tremblements de terre, les famines ou les épidémies… inutile de paniquer nous dit Jésus, car même si cela arrive, « ce ne sera pas encore la fin ». Autre égarement possible : penser qu’il faudrait nous préoccuper de notre défense si l’on était emprisonnés… là encore Jésus nous dit qu’il nous donnera lui-même « un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer ». Enfin, dernier égarement relevé par Jésus dans l’Evangile de ce jour : la trahison à l’intérieur de notre propre famille qui pourrait nous sembler mortelle. Eh bien non ! dit Jésus, « cela ne vous coutera pas un cheveu, vous ne perdrez pas la vie ».

Vous le voyez, face aux difficultés à venir que Jésus ne nie pas, il dessine deux chemins possibles : celui qui nous égare ou celui qui même à la vie ; Quelle attitude choisissons-nous devant les mêmes évènements ? Suivre les bonimenteurs, suivre nos peurs et nos inquiétudes, ou alors prendre garde, être vigilant et faire confiance ?

Précisons un peu plus les attitudes qui vont vers la vie : dans ces moments de turbulence et de grand changement, il s’agit tout d’abord de « prendre garde », d’être vigilant, de rester éveiller. Cela ne signifie pas faire attention à tout, d’avoir la trouille pour tout, ni d’être constamment sur ses gardes ! Non, il s’agit de veiller, mais de veiller à quoi ? L’évangéliste Marc au Chp 13 nous donne une précision de taille dans une parabole qui passe souvent inaperçue tellement elle est courte (elle fait 1 verset) : au verset 34, il dit : « Prenez garde et restez éveillé. Il en est comme d'un homme parti en voyage : il a quitté sa maison, donné pouvoir à ses serviteurs, à chacun sa tâche, et il a donné l’ordre au portier de veiller. Veillez donc, car vous ne savez pas quand viendra le maitre de la maison. » Autrement dit, veiller, c’est « donner l’ordre au portier de veiller ».

Et qui est le portier ? C’est bien sûr Jésus qui se définit ainsi au chp 10 de l’Evangile de Jean. (« Je suis la porte des brebis, celui qui passe par moi aura la vie » Jn 10, 7) Il s’agit donc de veiller au portier qui est chargé de garder la porte de notre cœur. Voila qui est rassurant vous ne trouvez pas ? il y a en nous Quelqu’un qui veille ! mon seul travail est de prendre soin de lui.

C’est ce qu’a très bien réalisé Etty Hillesum dans sa grande prière du dimanche matin : c’était le 28 juillet 1942, un an avant sa mort en camp de concentration : « Ce sont des temps d'effroi, mon Dieu. Cette nuit pour la première fois je suis resté éveillée dans le noir, les yeux brûlants, des images de souffrance humaine défilant sans arrêt devant moi. Je vais te promettre une chose mon Dieu, oh, une broutille : (…) Je vais t'aider, mon Dieu, à ne pas t'éteindre en moi, mais je ne puis rien garantir d'avance. Une chose cependant m'apparaît de plus en plus claire : ce n'est pas toi qui peut nous aider, mais nous qui pouvons t'aider - et ce faisant nous nous aidons nous-mêmes. C'est tout ce qu'il nous est possible de sauver en cette époque et c'est aussi la seule chose qui compte : un peu de toi en nous, mon Dieu. (…) Il m'apparaît de plus en plus clairement à chaque pulsation de mon cœur que tu ne peux pas nous aider, mais que c'est à nous de t'aider et de défendre jusqu'au bout la demeure qui t'abrite en nous. »

Oui, voilà la seule chose qui compte et qu’il nous est possible de sauver en cette époque : « Un peu de toi en nous mon Dieu ». Voilà la seule source de paix solide qui puisse nous aider à ne pas être terrifié et qui soit à même de nous donner d’être confiant. Alors pour être certain que ses disciples comprennent bien, Jésus en rajoute une couche en disant : « Mettez-vous bien dans l’esprit que vous n’avez pas à vous préoccuper de votre défense. C’est moi qui vous donnerai un langage et une sagesse à laquelle tous vos adversaires ne pourront ni résister ni s’opposer. » Dans un autre passage, (Lc 12, 12) Luc dit à peu près la même chose mais en ajoutant une notion de temps : « Quand on vous mènera devant les synagogues, les magistrats et les autorités, ne vous inquiétez pas de la manière dont vous vous défendrez, ni de ce que vous direz ; car le Saint-Esprit vous enseignera à l'heure même ce qu'il faudra dire ».

« A l’heure même » pas avant, pas après, mais à l’heure même où nous en aurons besoin, nous recevrons l’Esprit Saint ! Vous sentez la force de cette parole ? C’est une magnifique invitation à vivre dans l’instant présent ! Il s’agit de vivre dans l’instant présent, pleinement, sans anticiper l’avenir ou regretter le passé, car c’est uniquement dans le présent que Dieu peut agir.

Voilà la bonne nouvelle de cet Evangile, véritable trousse à outils pour vivre cette période délicate : vivre pleinement l’instant présent, sans nous faire des films ni penser que le bon temps était avant ! il ne s’agit pas de nous « pré-occuper » (ce qui signifie s’occuper à l’avance) mais de nous « occuper » de ce qui se passe maintenant et de ce que Dieu nous donne maintenant dans l’heure ! Voilà ce qu’est la foi, c’est la seule arme que Dieu nous donne pour vivre dans un monde qui change, mais c’est en même temps la seule qui compte et qui soit importante : cette foi qui est une confiance profonde en un Dieu qui ne se rencontre qu’au présent, et qui nous invite à goûter ses dons adaptés à nos besoins, à chaque instant.

Alors prenons le temps maintenant, au cœur de cette eucharistie, pour nous mettre en présence de sa Présence.

(Silence de qq minutes)

Amen

Gilles Brocard