A contre sens

LE CHARME FAIT DES ÉTINCELLES

 

 

Le ramoneur ne devait passer que dans un mois. Son coup de fil me surprit :

« Bonjour, un client est absent, je suis dans votre quartier puis-je passer tout de suite ? »

«  Je suis là et elle aussi »

Quand il arriva, il pensait me trouver en compagnie : « Je suis là et elle aussi, je parlais de la suie »

 

- D’accord, je vous suis. Je vais voir votre cheminée. Votre conduit est noir, qu’avez-vous donc fumé ? »

 

- Du charme, du bouleau et un peu de hêtre.

 

- Hêtre ou ne pas hêtre, il faut savoir choisir de quel bois on se chauffe. Le mélange encrasse la cheminée et laisse des dépôts très difficiles à enlever.

 

- S’il s’agit de dépôts, c’est un manque de chance. Que voulez-vous, j’ai fait feu de tout bois.

 

- Le hérisson glisse sur le goudron au lieu de gratter la suie, je vais devoir utiliser la débistreuse car votre conduit est enduit de bistres

 

- C’est à dire ?

 

- C’est une croûte compacte qui se condense sur les parois de la cheminée.

 

- Comment expliquez-vous ce phénomène ?

 

C’est le hêtre qui fait du charme au bouleau donc il s’enflamme, il devient incandescent et brûle les étapes, se consume beaucoup trop vite et ses résidus se collent aux parois.

 

Qu’aurait-il fallu mettre dans l’âtre ? Un noyer pour éteindre les ardeurs du bouleau charmé ?

 

Non, il fallait mettre du frêne pour ralentir la combustion et ensuite pour qu’il n‘y ait pas de retour de flammes et pour bien le contenir, ajouter une bûche de chêne.

 


Gérard
15/01/2018

 

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EN 2018, FAITES PROVISION DE TEMPS

Observez le temps qui passe, il se glisse devant vous ni rapidement ni nonchalamment, il s’offre à vous, tout simplement, prenez-le à pleines mains. Il se laisse cueillir comme un fruit mûr pourvu que vous soyez patient. Comme un fleuve tranquille, le temps s’écoule, choisissez-le avec soin. Sur le présentoir du temps, évitez le mauvais, le maussade, le passé - même simple - ou le bon vieux :   ils ont tous fait leur temps ; optez pour le bon, oui, n’hésitez pas à prendre du bon temps, quitte à vous le payer. Si vous avez l’impression de manquer de temps, vous finirez bien par en trouver, cherchez-le, il se tapit souvent devant la télévision, alors emmenez-le avec vous en promenade, dans une salle de sport, chez des amis ou encore devant un livre, etc . Si vous vous ennuyez, et que le temps vous pèse, attention à ne pas devenir belliqueux, agressif car vous aurez envie de le tuer et il deviendrait pour vous, un temps mort.

Ne cherchez pas à gagner du temps, sinon, en un rien de temps, vous serez pressé comme dans un étau entre les deux mâchoires de l’entre-temps, et vous risquerez de trouver le temps long. Si vous avez perdu votre temps, il est inutile d’essayer de le rattraper, il file à une vitesse folle et par le temps qui court, le temps perdu ne se retrouve jamais.

Puisez dans ce vivier mais prenez uniquement ce qui vous est nécessaire, ne faites pas de réserves, vous gaspilleriez votre temps ; demain, vous aurez encore tout loisir de le regarder et de l’emporter. Il est suffisamment vaste et grand pour que tout le monde y trouve son compte et sa part. Restez vigilant car plus d’un voudrait dérober ou occuper votre temps ; utilisez-le à bon escient : si vous désirez le partager ou le donner, c’est votre choix mais ne permettez à personne d’en disposer à l’encontre de votre plein gré.

Ainsi, tout au long de cette année, vous pourrez goûter, déguster et savourer votre temps.

Gérard
1er janvier 2018

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Petit Zachée deviendra grand.

 

 

Zachée était né à Jéricho, c’est paraît-il, la ville la plus basse du monde, à moins trois cent mètres d’altitude ; est-ce pour cette raison qu’il était de petite taille ? Ce fut le drame de sa vie. Son rêve, son idée fixe, son obsession : grandir ! Mais hélas, nul ne peut ajouter une coudée à sa taille.

Enfant, il subissait les moqueries de ses camarades qui le rabaissaient constamment. Ceux-ci l’avaient affublé de plusieurs sobriquets : gringalet, nabot, tom-pouce… c’étaient les moins méchants. Quand il passait devant eux, Zachée essuyait des quolibets, par exemple  : « Mon pauvre, avec tes petites jambes, tu ne pourrais même pas grimper sur un sycomore ». Il avait intégré une chorale, on l’appelait « fa dièse » parce qu’il était près du sol. A l’école, faisait-il une remarque que c’était un nain pertinent. Au fond de lui-même, il se savait poli, désirable, tolérant, stable, qualifiable… mais avec ce foutu handicap, toutes ses qualités disparaissaient avec le mot « nain » qu’on ne manquait pas de mettre au début de ces adjectifs, ce qui donnait : un impoli, un indésirable, etc.

Ces humiliations constantes le poussèrent à ruminer sa vengeance. Comment tordre le cou à tous ces imposteurs, clouer le bec à tous ces brocardeurs, mettre au pas tous ces ricaneurs ? Leur faire payer leurs malveillances, en deniers sonnants et trébuchants.

C’est ainsi qu’il était devenu collecteur d’impôts pour les Romains. Il faisait tant d’efforts pour approvisionner le trésor impérial - et s’enrichir par la même occasion -  que le Ponce Pilate lui-même, sur le rapport du procurateur que Zachée avait soudoyé, le nomma chef des publicains de sa province, tout en déclarant : «Pour la suite, je m’en lave les mains».

Il tenait sa revanche. Il était monté en grade et pouvait par sa fonction, écraser tout le monde et gravir l’échelle sociale ; par l’abondance de ses richesses qu’il comptait bien amplifier, il était parvenu au pinacle de la réussite. Une plaisanterie circulait : « Il vaut mieux tomber sur des bandits que sur Zachée car les bandits te laisseront au moins sur la paille mais Zachée la vendra ». Il aurait cédé très volontiers son âme au diable pour 30 deniers mais le diable a refusé. Satan, tout prince des ténèbres qu’il soit, n’en est pas moins lucide, pensait qu’il était inutile de dépenser une fortune pour une âme qui de toute façon viendrait spontanément le rejoindre dans peu temps. A ceux qui l’avaient traité de minus et le suppliaient de diminuer leurs impôts, Zachée les toisait du regard, haussait les épaules, élevait le ton. : « Tu di-minus, eh bien, tu auras un allongum redressare fiscalius. ».  A l’un qui avait réglé 50 barriques d’huile, il en exigea 100 et un autre dû fournir 100 sacs de blé  au lieu des 80 imposés.

Mais que c’est-il passé ? Depuis quelques jours, on ne le reconnaît plus. On l’a vu descendre dans la demeure de plusieurs assujettis et l’on a appris qu’il leur a restitué quatre fois le montant de leurs contributions. Oui, Zachée s’est penché sur l’humanité miséreuse, il s’est courbé jusqu’à s’incliner devant ce pauvre mendiant, assis au bord du chemin, aveugle de surcroît, celui qu’on appelle Bartimée, on est presque certain qu’il lui a glissé dans la main beaucoup de  pièces d’argent.

Mais qui donc a dit à cet homme petit, qu’il était grand ?

 

Gérard

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