A contre sens

 

 

 

Confinés, comment s’en sortir ?

 

 

 

Nous sommes confinés donc toujours pas sortis de l’auberge et pourtant notre situation, elle, sort franchement de l’ordinaire sans contrainte ni autorisation. Bien sûr, nous évitons ainsi les fuites en avant, les sorties de route et les échappées belles.

Nos dirigeants nous le répètent à longueur de journée, eux, pourtant sortis de l’ENA ou de la cuisse de Jupiter que la seule sortie de secours possible est masquée. Soyons lucides, inutile de se voiler la face – d’ailleurs il est interdit de prendre les voiles – nous sommes cloîtrés au moins jusqu’à mi-avril : «En avril, reste à couvert, ne te défile pas». Mais trop confinés, nous risquons de sortir de nos gongs, d’exploser en prenant la poudre d’escampette et de saisir la clé des champs pour aller battre la campagne ; d’où la nécessité de trouver dans la lecture, l’activité physique, la musique, etc, des moyens d’évasion.

Alors, comment s’en sortir ? Précisément, en évitant de sortir ! Pour plus de sûreté, il faut rentrer en soi pour y découvrir ses richesses intérieures. Oui, si nous poussons la porte de notre moi profond, nous y trouvons noyés dans la poussière, des trésors inexplorés : rentes mises à profit venant de nos ancêtres, actions investies dans la bourse de la fraternité, obligations contractées assurées d’intérêts. Si nous ouvrons nos coffres-forts intérieurs, peut-être apercevrons-nous l’argent de la lucidité et l’or de la générosité.

 

Nous sortirons de cette adversité ; à preuve et, sans grands efforts, nous nous sommes débarrassés de l’hiver. Le printemps est là, il a bousculé la saison grippale et il a frappé à notre vitre pour rentrer dans nos cœurs et n’en plus sortir.

 

Gérard 29 mars

 

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PRENDRE SON DESTIN EN MAIN

 

 

Parmi les différentes mesures prises pour lutter contre l’épidémie du coronavirus, il est demandé de ne pas se serrer la main. Par contre, il est possible – et c’est même recommandé – de se serrer les coudes. Il ne faut donc plus tendre la main, ne plus faire des pieds et des mains, seulement des appels du pied afin de garder les mains libres. Si vous êtes à la tête d’une association et que vous voudriez vous retirer, impossible de passer la main ; certes, il reste la solution de vous faire sortir à coups de pied dans l’arrière-train mais ce n’est pas très élégant et l’on peut très vite en venir aux mains. Pour les amoureux qui ont le cœur sous la main il est illusoire de le donner, ni même de le partager : les mariages vont tomber en désuétude car plus personne ne fera une démarche pour demander la main de l’être aimé.

Autre conséquence grave pour la démocratie : désormais la politique de la main tendue est vouée à l’échec, être pris la main dans le sac sera moins grave que de donner un coup de main.

Bien sûr, la main gauche doit ignorer ce que fait la main droite mais si elle a donné de l’argent de la main à la main, il sera nécessaire de lui passer un savon.

C’est dans la tribulation qu’il convient d’être fort, l’épidémie génère un sentiment de peur ; la solution ? S’en laver les mains et prendre son courage à deux mains, surtout en mains propres.

Gérard 15 mars

 

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Dernière marche avant le siècle

 


 

Notre ami Léon a 99 ans. Cet âge n’est pas vieux, il est doublement neuf (9 et 9) et même plus que deux fois : onze fois neuf.

C’est une vie bien remplie, pleine, mon pas comme un œuf (9) mais comme deux œufs avec des yeux tellement grands qu’ils contemplent quasiment un siècle entier.

Si à la naissance de Victor Hugo, le siècle avait deux ans, quand Léon est né, le siècle devenait majeur (21 ans à l’époque). Alexandre Millerand était Président de la République, Aristide Briand présidait du Conseil et un Benoît, le quinzième du nom, siégeait au Vatican et déjà sous les langes du nouveau-né, on pouvait percevoir un Murmure plein d’avenir….

Pourquoi autrefois les médecins de mandaient-ils à leur patient de dire 33 quand ils les examinaient avec leur stéthoscope ? Ce nombre et pas un autre car prononcé il produit des sons graves. Il provoque en effet une vibration qui se propage dans la cage thoracique et qui permet d’en savoir plus sur l’état des poumons. Particulièrement curieux et pour les mêmes raisons, dans les pays anglophones, on vous fait dire 99 (ninety nine), il faut donc savoir compter jusqu’à 100 en anglais !

  • Récemment, le médecin a demandé à Léon : « Dites 33 » encore « 33 » encore une fois « 33 ». C’est parfait cela fait 99 ans, tout va bien, Vous êtes en excellente forme !
  •  

Gérard

1 mars

 

 

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SOUPE A LA GRIMACE

 

 

Choisissez deux beaux oignons que vous réservez.

Prenez un chou chinois complètement beurré et faites-le bouillir avec le bain de Marie.

Dans une grande marmite remplie de bouillon de culture, plongez une jardinière et une julienne venant de Macédoine.

Prenez ensuite une grande andouille que vous épaississez en la bardant de lard avec art. Ajoutez des clous de girofles. Si vous n’avez pas de clous, remplacez-les par un frein à ronger. Enfin, complétez avec une dizaine de cornichons passablement arrosés de la dernière pluie.

Garnissez une bécasse que vous avez fait revenir très rapidement du fond du bois puis ajoutez une courge et un gros navet que vous aurez préalablement coupés en médaillon ; après, écrasez le tout avec un marteau pilon et laissez-les mijoter dans leur jus. Abaissez une pâte, brisez-la en la fouettant. Quand elle sera bien étouffée, faites-la sauter dans une cocotte et rattrapez-la au vol avec une poêle.

Mixez l’ensemble très soigneusement.

La soupe est prête. Surtout ne goûtez pas : c’est tellement mauvais que vous n’avez plus qu’à la jeter.


 

Quant aux oignons, épluchez-les pour pleurer.


 

Gérard

 

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Comment alléger le fardeau de la célébrité ?

 

 

Être célèbre pèse lourd sur les épaules surtout si elles sont jeunes et frêles. La vie est très difficile pour une personne adulée : où qu’elle aille, elle est immédiatement reconnue et doit distribuer des autographes, tous ses faits et gestes sont scrutés, dès qu’elle apparaît en public, les caméras tournent, les journalistes dégainent leurs stylos, les paparazzi traquent son image n’hésitant pas à s’incruster dans son intimité. Bref, être célèbre est une véritable calamité.

Comment se décharger d’un tel poids ? La première piste est de le faire porter par d’autres L’exemple classique est donné par les fameux remerciements lors de la remise des oscars ou des césars :

« - Merci Monsieur Untel de m’avoir fait confiance sans votre aide je n’aurais jamais réussi dans ce métier.

- J’ai eu la chance de rencontrer telle personne qui a cru en moi.

- Mes parents m’ont encouragé, sans eux je ne serais jamais devenu ce que je suis. »

Le lendemain, qui souligne cette filiation  ? Au contraire, on loue la modestie de l’artiste qui sait reconnaître ses bienfaiteurs, sa notoriété n’en est que plus assise et sa renommée devient encore plus importante.

Comme on ne peut décharger la rançon de la gloire sur d’autres personnes, peut-être faut-il s’attaquer à la racine du mal. Ce sont les médias et le public qui attisent la réputation. Dans ce cas, la victime cherche à se faire oublier, à se dissimuler, à ramper sous la terre. Excellente idée ! mais il y aura toujours un journaliste en mal d’inspiration pour se souvenir de l’intrus et le débusquer : que fait-il ? Pourquoi ne s’exprime-t-il plus ? Est-il malade ? Si « l’ex-célèbre » déclare être passé à autre chose, refuse de répondre, il est vilipendé et du coup sa célébrité lui revient comme un boomerang et en le salissant faisant de lui une personne revêche et rebelle. Il est alors trainé dans la boue de la médiocrité, les sarcasmes tombent sur lui aussi amers que grêles de coups. Il était monté sur le Capitole, le voici sur la Roche Tarpéienne en mauvaise posture mais on parle toujours de lui.


 

Quel chemin prendre alors pour éviter les tourments de la popularité ? La vaccination.

En effet, vacciner consiste à injecter dans l'organisme un microbe tué ou atténué. Le microbe, rendu inoffensif, n'entraîne donc pas la maladie. En revanche, le corps le reconnaît comme s'il était actif et fabrique des anticorps pour l'éliminer.

Appliquons ce principe à la célébrité. Quelles que soient les actions surtout si elles sont anodines, le sujet doit informer le maximum de médias : par exemple, crier sur les toits que l’on a donné une pièce à un SDF, avertir de sa présence à l’assemblée générale de pêcheurs à la ligne par pure sympathie, faire savoir qu’au cours d’un repas de famille, on a chanté plusieurs chansons du répertoire de Johnny Halliday, que l’on s’apprête à aller voter pour les municipales. Surtout ne pas oublier de donner son nom et ses références.

D’abord curieuses, puis indifférentes et enfin agacées, les personnes relevant le courrier ou les mails prendront l’auteur en suspicion, en aversion et enfin en répulsion. L’immunisation contre la notoriété est au point car les anticorps sont apparus. Ainsi, le jour où vous aurez réalisé des actions notables, publié un article d’une rare profondeur d’esprit, déplacé les montagnes de l’indifférence pour mobiliser les foules afin de lutter contre les fléaux qui nous menacent, votre comportement remarquable devrait passer à la postérité tellement il est extraordinaire et digne d’être connu et reconnu, les médias n’en parleront pas.

Gérard

1 février 2020

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RONGER SON FREIN


 

Bonjour Monsieur le dentiste
Que vous arrive-t-il ?


 

Je sens que j’ai les dents lourdes et que je ne peux plus faire la fine bouche
Je vais regarder, ouvrez la bouche


 

J’ai des difficultés à desserrer les dents

Oh là là !, vos dents sont recouvertes de plomb ! Je ne vous ai pourtant jamais fait de plombage.


 

Vous voulez dire que j’ai du plomb dans l’aile

Non pas du tout, vous êtes armé jusqu’aux dents, comme des soldats de plomb. Vous avez une dent contre quelqu’un ?


 

Pas spécialement : je m’entends bien avec ma belle-mère. Vous pourriez faire un détartrage ?

Impossible. Je vois que vous avez la dent dure : le plomb a adhéré.


 

Pourquoi ai-je tendance à tenir ma tête bien droite ?

Il y a un fil qui pend depuis votre canine, c’est normal c’est un fil à plomb. Je vais le couper.


 

Le plomb pourrait-il traverser le palais

Ce serait peut-être souhaitable. Cela vous mettrait du plomb dans la cervelle.


 

Je tiens toujours à pouvoir casser la croûte.

Je ne vous ai pas posé la question fondamentale. Que vous est-il arrivé ?


 

J’ai beaucoup attendu un ami, il était en retard et comme j’étais sur les dents, j’ai rongé mon frein.


 

Gérard

15 Janvier

 

 

 

 

 

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PRENEZ Le train de 2020

 

 

Le départ vient d’être donné, la locomotive entraîne le traditionnel fourgon des vœux. Cette coutume d’exprimer des vœux présente-t-elle encore un sens ? Écrire : « Je "vœux" pour toi la santé, la réussite dans tes activités, la joie dans ton cœur », qui suis-je pour formuler de telles exigences, pour gouverner ainsi ta vie ? Plus que l’injonction, le souhait m’apparaît plus judicieux, moins incisif. N’est-il pas une brise légère comme une caresse. Mais que souhaiter ? Le bonheur, bien sûr ! Sans entrer dans les méandres philosophiques de cette notion, force est de constater que la conception du bonheur est très subjective. Malgré tout l’estime que j’ai pour toi, je ne te souhaite pas d’être accablé, oppressé, écrasé de bonheur : il pourrait être confondu avec l’avoir, le pouvoir, la gloire, bref, toutes ses composantes nocives qui engendrent jalousie, rancœur, rupture du lien social. Tu mérites mieux.

 

Alors, qu’envisager pour toi ? Quel titre de transport pour la nouvelle année ? Faut-il simplement retrouver le train-train quotidien ou chercher un nouvel itinéraire sans faire d’erreurs d’aiguillage ?

 

Aujourd’hui, seule la grève roule à un train d’enfer d’autant plus facilement que les wagons de la contestation sont équipés de marchepieds facilitant la mise en train. Ici, on veut affréter un train d’économie et là, on craint pour son train de vie. Comment battre en retraite, tout en conservant le privilège d’aller bon train ? Où trouver la bonne voie ? Entre celle qui enjambe les viaducs du compromis et celle qui plonge dans le tunnel du durcissement social, on peut très vite dérailler sans avoir le temps de crier « Gare ».

 

Et les vaches ? Qui a pensé aux vaches regardant passer les trains ? Certes, à cette saison, au moins dans notre région, elles restent à l’étable. Mas ailleurs ?. Imaginez leur désarroi quand elles paissent sans pouvoir regarder leurs trains habituels ? Les pauvrettes, elles meuglent, toutes désorientées, leur lait risque de tourner et l’éleveur ne fait plus son beurre. Ces bovidés perdent leur entrain. Elles ne sont plus « boute-en-train » mais « broutent sans train ». Pourquoi les avoir privées de train électrique à Noël ?

 

Pour cette nouvelle année, je te souhaite de ne pas rester sur le quai du découragement, et quitte à prendre le train en marche, glisse-toi dans le compartiment de la créativité.

 

Gérard 1 janvier 2020

 

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RECHAUFFEMENT CLIMATIQUE : DIEU SE FAIT PRIER

 

 

Face au péril que fait courir à l’humanité, le dérèglement climatique et ne sachant plus à quel saint se vouer, une délégation de femmes et d’hommes se sont rendus directement auprès de Dieu. Quel fut leur chemin ? Nul ne le sait : les voies du Seigneur sont impénétrables.

Après les salutations angéliques échangées avec les deux chérubins en faction devant l’entrée, les représentants de l’humanité furent introduits par Saint Pierre dans le salon de réception triangulaire et trinitaire ; le porte-parole du groupe s’est adressé à Dieu :

« Vous avez du travail : la terre est saccagée ! Voici un descriptif rapide des dégâts. : disparition des glaciers, élévation du niveau de la mer, inondations des zones côtières, extinction d’espèces animales et végétales, maladies virales, sécheresse, incendies, fonte de la banquise entraînant le dégel du permafrost qui pourrait libérer des milliards de tonnes de méthane, etc. Nous espérons que vous êtes bien assuré. »


 

« Je vais regarder mes dossiers. Quand j’ai créé la terre, j’ai naturellement cherché une compagnie pour l’assurer. De prime abord, chacun voulait souscrire : je suis infiniment solvable. Les risques étaient connus (éruptions volcaniques, tsunamis, séismes, cyclones, météorites, etc), les assureurs les avaient estimés parfaitement supportables ; mais quand ils ont découvert que l’homme occupait la terre, tous se sont récusés ; alors, je suis moi-même mon propre assureur. »


 

« Il faudrait que vous interveniez très rapidement. »


 

« Oh pas si vite ! Mon Fils est allé sur la terre il n’y a pas si longtemps, il n’a rien vu de tout cela : les figuiers étaient en fleurs, le blé poussait (dans les bonnes terres, il produisait jusqu’à 100 pour 1), les lacs regorgeaient de poissons et l’on faisait des pêches quasi-miraculeuses, les oiseaux volaient nombreux dans le ciel, les champs se couvraient de lys, les brebis paissaient dans de verts pâturages, la vigne donnait un fameux nectar. »


 

- Apparemment, vous n’êtes pas au courant : depuis quelques décennies, nous subissons un réchauffement climatique avec toutes les conséquences que nous avons évoquées. -


 

« Tout doux ! Certes, je suis le créateur et le propriétaire de la planète, mais vous, vous êtes les locataires et suivant notre contrat vous deviez prendre soin de la maison. »


 

- Notre mission consiste à remplir la terre et à la soumettre ; c’est tout. -


 

Je vois que vous n’avez pas lu les petites lignes en bas du contrat : « L’entretien courant est à la charge du locataire, les dommages résultant de sa négligence sont à sa charge ». D’autre part, je ne vous ai pas fait payer de caution, c’est mon Fils qui l’a réglée pour vous, il vous a fait un énorme cadeau.


 

Vous vous êtes engagé après le déluge à protéger la terre ; vous souvenez-vous de l’arc-en-ciel, signe de l’alliance que vous avez conclue avec nous ? La terre et l’homme sont en danger, au secours, nous périssons !


 

Hommes de peu de foi ! Vous avez des bras, un cerveau, utilisez-les ! C’est à vous qu’incombe la remise en état de la planète. Ne comptez pas sur moi.


 

Cela ne vous fait rien de voir votre création abîmée, défigurée, massacrée.


 

Vous êtes drôles, vous les hommes ! Vous saccagez tout, et après, vous venez pleurer en demandant de réparer ; je comprends mieux maintenant, l’attitude des assureurs. Quand allez-vous grandir ? Bon allez, parce que c’est vous, je fais un geste : je vous mets en relation avec l’Esprit. Actuellement, Il est fort occupé, insistez, il plane un peu mais en général, il est de bon conseil.


 

Où le trouver ?


 

Il est partout, donc sur la terre, dans votre cœur. Courage ! Maintenant, je vous renvoie pour délivrer la planète de toute cette pollution. Vous avez tous des noms différents mais moi, désormais, je vous baptise : « Moïse ».

Gérard

 

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Plafond de la Sécurité Sociale

Généralement quand on parle du plafond de la Sécurité Sociale, on évoque le montant permettant  notamment de calculer certaines cotisations dites plafonnées. Ces cotisations sont ainsi uniquement dues dans la limite du plafond de la Sécurité sociale. Au-delà de ce montant, la rémunération n’est pas touchée pas ces cotisations. C’est le cas notamment de la cotisation d’assurance vieillesse.

En 2019, le plafond mensuel est de 3 377 €, il devrait être porté à 3 424 € en 2020.

 

En ce qui nous concerne, il ne s’agit nullement de « gros sous » mais d’activités artistiques. En effet, la direction de la Sécurité Sociale a émis le souhait de repeindre le plafond de son siège.

Nous avons interrogé un artiste (nous lui garantissons l’anonymat) pour qu’il exprime sa vision de cette grande œuvre.

 

À la question : « Le plafond de la Sécurité Sociale doit être repeint, comment voyez-vous ce chantier ? » Il nous a déclaré ceci : « Pour ma part, j’y vois une vaste fresque historique en trois volets.

1er volet : Les Noces de Sana

J’imagine une chambre d’hôpital aux fenêtres grandes ouvertes découvrant un paysage de haute montagne, on sent l’air frais entrer et vivifier l’air ambiant. Un homme est couché, il est pâle, à ses côtés, une infirmière prend sa tension et lui sourit et l’on constate que la perfusion composée d’un liquide rouge lui redonne des couleurs.

2eme volet : Une tapisserie formée de quelques formulaires édités par la Sécurité Sociale. Ces feuilles seront disposées en quinconce  pour donner l’impression d’une aggravation continuelle de paperasserie et de bureaucratie. Je retiendrais les imprimés suivants :

Demande du conjoint survivant en vue d’obtenir le bénéfice de complément de rente de 20 %

Reprise d’activité professionnelle d’une victime atteinte d’une incapacité permanente partielle

Demande d'allocation des travailleurs de l'amiante

Avis d’arrêt de travail congé de maternité exceptionnel pour grossesse pathologique

Déclaration revenus des mandataires des stés d'assurances non assujettis à CTE

Demande d'allocation journalière d'accompagnement à domicile d'une personne en fin de vie.

Examen de prévention bucco-dentaire - enfant

Demande de conversion d'une rente d'incapacité permanente en capital ou en rente réversible sur la tête du conjoint

3ème volet : Le dossier médical partagé (DMP) tout au long de la vie

Sur un fond de carte vital s’élèvent 4 personnages entourés d’un caducée, juchés sur les branches d’un arbre : un enfant prenant un biberon fourni par les allocations familiales, un blessé sur un brancard portant un pansement à la tête où l’on peut lire « Accident du travail », une salle d’opération dans laquelle s’affairent des chirurgiens et des anesthésistes, un couple âgé et rayonnant se préparant pour un voyage et enfin en filigrane un vieillard appuyé sur sa canne dans une maison dont on lit péniblement les premières lettres EHP… »

Pourquoi donc la Sécurité Sociale a-t-elle décidé de repeindre son plafond ? Les usagers regardant le plafond ne verront pas le trou qui se creuse sous leurs pas.

Gérard

1 décembre

 

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LA COLLAPSOLOGIE

La collapsologie est un néologisme qui désigne l’étude de l’effondrement de la civilisation industrielle. Elle interpelle les milieux artistiques même si ce récit est une pure invention.

C’est l’événement ! La galerie d’art expose le tableau d’un jeune peintre, « La Collapsologie». On reste pantois devant cette création. L'artiste, s’il a jeté une lumière crue – il fallait oser - sur certains détails, n’en a pas moins laissé beaucoup de zones d’ombre, qui ne manquent pas de déstabiliser le visiteur.

Si l’on veut bien se donner la peine d’analyser cette métaphore, que voyons-nous ? Nous le savons, les augures ne sont pas brillants. L’illustrateur n’a pas hésité à en dévoiler toutes les faces, montrer toute la vérité dans sa froide nudité. L’effondrement est étalé sans pudeur sous toutes ses configurations : des lignes épaisses noires et grises, il fait sombre, c’est la nuit. L'expressivité symbolique du graphisme avec ses ombres portées, ses aplats agressifs, révèle une tension telle que les courbes en spirale torturées ne trouvent aucune ligne de fuite. Le mimétisme de l’impasse est aveuglant. Les yeux scrutent vainement la moindre petite lueur, cherchent désespérément derrière cette grisaille un point d’où pourrait s’échapper un reflet, peine perdue. Cet univers n'offre aucune perspective, n’entrouvre pas la moindre brèche : il suggère la vision dantesque d’un trou noir inexorable. Nous savions que la situation était tragique ; l’artiste par ces entrelacs alliant le brunâtre au noirâtre, nous inocule son désespoir.
 

Le peintre souligne par cette représentation que l’art est le lieu de la manifestation et de la réalisation des possibles, l’émergence du devenir où se libère la dilatation continuelle d’un sens profond, intrinsèque à notre destinée. Le spectateur ressent ainsi des pulsions profondes, capables de produire chez lui un ébranlement quasi paroxystique.L’auteur fut récompensé. La presse le couvrit d’éloges. Pour cette œuvre magnifique, il reçut une médaille assortie d’une somme d’argent imposante. Depuis, il ne peint plus ses toiles qu’en rose.

Gérard 15 /11 / 19

 

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CONNAISSEZ-VOUS LES DEPARTEMENTS ?

 

 

Il suffit de compléter les blancs par le nom d’un département.


 

Il était arrivé au sommet du …... L’ascension en moins de trois ….. lui avait permis de gagner son …... Quelle belle journée. Il était parti à l’ ….., le temps était ….. et il pédalait de bon train, seul, car il n’avait pas trouvé d’ …..


 

Arrivé au sommet, il s’alimenta. La montée ça …... Il dévora un robuste sandwich dans lequel il avait glissé du ….. .. et puis il s’octroya un petit verre de ….. .., qu’il trouva d’ailleurs fort ….. ... Il téléphona à sa femme, elle était chin….. .. car elle voulait être rassurée.

- Je suis arrivé, je fais une petite pause

- Tu es vraiment un ….. ... Avec ta performance, tu as touché le gros ….. ..Tu recevras une médaille, il faudra que tu l’ ….. ..

Oui mais j’ai mal à l’ ….. .. et au ….. .. il faut que tu ….. .. me chercher

Comment ?

J’ai mal. Je ….. .. j’ai perdu le ….. ...

Ça monte beaucoup ?

Par moment, la pente atteint 12 %

.. .. Je t’entends mal, je n’ai pas beaucoup de réseau

Je dis qu’à la fin je suis montée en danseuse, les derniers kilomètres, c’est une autre paire de ….. ..

Elle raccrocha, c’était difficile de se parler d’autant que le brouhaha d’un hélicoptère polluait l’ambiance.
 

Le soleil ardent, l’effort fourni, l’alcool firent qu’il se sentit tout chose et il piqua un ….. .. et dormit comme un ….. ..

Il fut réveillé par sa femme qui vociférait, il reconnut ….. ... Elle le fixa des yeux qu’elle ….. .. indéniablement ….. .. cette créature était une beauté mais elle pouvait se transformer en l’ ….. ...

- Que se passe-t-il ?

- Où est la danseuse avec laquelle tu es monté ?

Il ne savait pas s’il devait rire ou se mettre en colère.

- Tu comprends mal le français. Quand je dis « danseuse » c’est se mettre debout sur les pédales quand la pente est trop raide.

- Si tu ….. ..bobards, ….. .. à toi.

- Il ….. .. que c’était vrai.

Gérard 1 novembre 2019

 

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A LA BONNE HEURE

A la fin du mois d’octobre, le dimanche 27 précisément, nous changeons d’heure ; il nous faudra reculer nos montres d’une heure.

N’a-t-on jamais imaginé le traumatisme de ces aiguilles devant rebrousser chemin alors que certaines trop anxieuses, craignant de ne pas être à l’heure, avancent de quelques minutes faisant ainsi fonction d’éclaireuses : elles repèrent l’arrivée du train alors qu’il n’est pas encore à quai ou pour les potaches, la fin du cours avant que la sonnerie ne retentisse.

Comment passer de l’heure H à l’heure H-1 en douceur en épargnant aux aiguilles un choc psychologique qui peut leur être fatal ? De même que personne ne se lance dans un marathon au pied levé sans s’entraîner régulièrement, les aiguilles doivent se préparer pour faire le grand bond arrière. Le premier jour, commencez par retarder votre montre d’une minute puis très lentement revenez à l’heure normale. Le deuxième jour, retardez-la de deux minutes et ainsi chaque jour, augmentez d’une minute. Arrivé au soixantième jour, vous n’aurez plus besoin de revenir à l’heure officielle puisque vous y serez et les aiguilles resteront en parfait état de marche.

Néanmoins, surveillez bien votre montre les jours suivants, car forte des habitudes prises, elle peut parfaitement s’entêter à retarder d’une minute chaque jour. Dans ce cas, à l’instar du marathonien pulvérisant des records, vous pouvez conclure que votre montre est dopée et qu’elle doit impérativement être mise au repos, sinon elle perdra son ressort.
 

Attention, dès le 1er février, dans la perspective du changement d’heure fin mars, il vous faudra avancer chaque jour votre montre d’une minute afin de lui éviter la cassure du printemps.
 

Bien sûr, vous pouvez utilisez votre portable qui donne l’heure exacte instantanément grâce au satellite. Mais aurez-vous conscience du changement d’heure ? Sans la préparation mentale nécessaire, votre vie sera toute déréglée : vous sentirez un malaise sans en appréhender la cause, sans suspecter le décalage horaire. Vous vous étonnerez que la pause de dix heures ait un drôle de goût, ou vous sentirez le démon de midi arriver plus tôt que prévu, alors vous interrogerez sans trouver le pourquoi car en réalité, vous chercherez, non pas de midi à quatorze heures mais de onze à treize heures.

Gérard 15 octobre 2019

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TOUT DOYEN FUT LE PLUS JEUNE

 

 

« De mémoire de plus vieux du pays, je n’ai jamais vu cela, depuis le début de ma carrière de plus vieux du pays ». Telle est la réponse que l’on entend ou que le journaliste veut entendre quand il interroge une personne âgée sur un phénomène inhabituel ou rare comme l’épaisseur démesurée du manteau de neige, l’assèchement d’une rivière, la température lors d’un été caniculaire. « Un vieillard qui meurt, c’est une bibliothèque qui brûle » ce proverbe africain démontre bien que la mémoire sensible d’une contrée est fixée dans celle de nos aînés ; en conséquence, nous avons besoin de nous tourner vers eux pour nous informer et nous rassurer.

Où est-il cet être humain capable de nous éclairer sur notre passé ? Nous connaissons l’homme le plus vieux de France ou plutôt la femme la plus âgée : elle est née le 11 février 1904, sous la IIIe République, quand Emile Loubet était président, il s’agit de Sœur André, Lucille qui a fêté à Toulon ses 115 ans, dans l'Ehpad où elle vit depuis 2009.

Qu’en est-il au niveau du monde ? Sauf erreur, depuis le 22 juillet 2018, date de la mort de Chiyo Miyako, la doyenne de l'humanité est la Japonaise Kane Tanaka, née le 2 janvier 1903 et âgée de 116 ans.

Remarquons, et lançons un joyeux cocorico, que le record de longévité prouvé est actuellement détenu par la Française Jeanne Calment, qui a vécu jusqu’à l’âge de 122 ans et 164 jours.


 

Paradoxalement, si nous savons identifier le doyen ou la doyenne d’un village, d’une ville d’un pays du monde, nous sommes bien en peine pour en désigner le plus jeune habitant. Il change tout le temps !


 

A priori, ni vous ni moi ne deviendrons un jour les doyens de la planète ni même ceux de la France ; pourtant, nous pouvons tous nous glorifier d’avoir établi un record : à peine nés, même l’espace d’un instant, nous fûmes la femme ou l’homme le plus jeune de la terre entière.

Gérard

1 octobre 2019

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NE MÉGOTONS PAS

Sur les paquets de cigarettes s’étale la mention : « Fumer, tue ». Bien évidemment certains pensent qu’ils ont le droit de choisir de fumer en toute connaissance de cause s’ils s’abstiennent de le faire en public pour ne pas enfumer leur voisin de table ou de bureau. Mais que font-ils des mégots  quand ils se promènent dans la rue ou pleine campagne ?

Savez-vous qu’un seul mégot de cigarette peut polluer jusqu’à 500 litres d’eau dans les océans ou rivières, que les mégots jetés à terre dans la rue sont, pour beaucoup, emportés par le vent et la pluie jusque dans les fleuves et les océans, que les oiseaux et poissons prennent les mégots pour de la nourriture, en raison de leur taille et de leur aspect similaires à de petits poissons. Par ailleurs, les mégots de cigarettes polluent les nappes phréatiques, et donc l’eau que nous consommons.

Oui, les magots sont une véritable catastrophe : pollution visuelle et environnementale.

Certains fumeurs, pour ne pas avoir les doigts jaunis par la cigarette et pour éviter d’être imprégnés de l’odeur forte qu’elle dégage, ont adopté le fume-cigare. C’est peut-être efficace pour se faire remarquer mais cet article, fût-il en argent, en jade ou encore en bakélite, ne résout pas la question du rejet du mégot


 

Que faire alors ?

En définitive, demandons-nous à quoi sert un mégot ? A rien ! On ne le fume pas et de plus, il est un agent redoutable de pollution. Donc, force est de conclure que l’on peut s’en passer. Fabriquer des cigarettes sans mégots, ne devrait pas être un obstacle insurmontable avec les possibilités actuelles de la technologie. Les cigarettes seraient bien sûr un peu plus courtes, et alors .... Surtout, les fumeurs pourraient les fumer jusqu’au bout et de bout en bout.

Ce progrès pourrait engendrer aussi une économie pour les consommateurs (pas seulement d’un bout de chandelle) puisqu’il y aurait moins de matière. Les pouvoirs publics seraient écartelés entre l’adoption logique d’une baisse des prix et le souci de préserver la santé de leurs citoyens en maintenant le prix, ce qui correspondrait à une augmentation déguisée. Face à ce dilemme, je doute que le gouvernement ait le courage de trancher et, en conséquence, hélas pour l’environnement, on ne verra pas de sitôt dans les bureaux de tabac, la cigarette sans mégots.

Gérard

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Météo de septembre

 

 

 

Nous vous signalons que 38 départements sont désormais en vigilance verte c’est-à-dire que le temps est calme et serein.

Dans ces départements, la température ne dépassera pas 30° et la nuit, le thermomètre ne descendra en dessous de 10°. Face à ces températures clémentes, il convient d’être vigilant : l’automne s’annonce conforme à sa réputation.

 

Quelques conseils à suivre et précautions à prendre :

 

Si vous n’avez pas de fièvre, ni de nausée ni de maux de tête, si vous ne ressentez pas de convulsions, que votre mémoire est bonne (vous vous souvenez par exemple de ce que vous avez mangé hier au soir) alors vous pouvez sortir de chez vous pour faire vos courses. S’il pleut, munissez-vous simplement d’un parapluie ou d’un imperméable.

 

Inutile de boire jusqu’à 1,5 l d’eau par jour. Emporter une bouteille d'eau lors de vos déplacements n’est pas indispensable. Buvez seulement si vous avez soif.

 

Si vous avez des parents âgés, habitant seuls, ce n’est pas nécessaire de leur demander tous les jours des nouvelles de leur santé, vous les inquiéteriez. Rendez leur visite comme à l’accoutumée. S’ils vous parlent de la pluie et du beau temps, évitez de prendre un ton dramatique et n’adoptez pas une attitude qui pourrait les affoler.

 

Enfin, il n’y a pas vraiment de contre-indication à ce que les enfants aillent normalement en classe.

 

Gérard

 

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COMMENT RESISTER A LA CHALEUR ?

 

 

La canicule de juin est derrière nous mais juillet ou août ne seront peut-être pas en reste. L’été s’annonce torride. Comment se protéger de la fièvre estivale ?


 

Voici quelques astuces ; lisez-les avec profit car vous ne les trouverez nulle part ailleurs.


 

Essayez de vous remémorer des poèmes, les fables de La Fontaine (par exemple), cet exercice vous rafraîchira la mémoire et vous évitera par conséquent de sentir des perles de sueur sur votre front et ainsi vous garderez la tête froide.


 

Si vous n’avez pas froid aux yeux, inviter quelqu’un avec qui vous êtes en froid. Cueillez-le à froid sur le bas de votre porte. L’idéal serait qu’il vous arrive avec un sourire givré et une poignée de main glaciale et, si c’est une dame, qu’elle vous fasse la bise. Le principe des vases communicants s’appliquant en l’occurrence  : vous échangerez un peu de chaleur contre des bouffées de fraîcheur.


 

N’oubliez pas de soigner votre régime alimentaire : manger des volailles. Ces viandes vous procureront la chair de poule ; sortez une terrine du frigo, vous connaitrez alors un froid de canard et si vous avez encore faim, vous pourrez réclamer et dire « ça caille !»


 

Quoi qu’il en soit, gardez toujours votre sang froid.


 

Je vous donne très chaleureusement rendez-vous en septembre.

 

Gérard

* * * * * *1

Alimenter la conversation

 

 

Quand on déjeune avec des amis au restaurant, la difficulté est d’alimenter la conversation. Exercice ardu, d’autant qu’elle ne mange pas de pain car une fois évoquée la météo « qui n’est plus ce qu’elle était », elle a mangé son pain blanc.


 

En guise de hors-d'œuvre, on peut prendre des nouvelles de la famille, se congratuler de la réussite des enfants, s’esclaffer devant les dernières espiègleries des petits-enfants ; bref, mais après…


 

.Il faut éviter les plats réchauffés : la santé, la tarte à la crème du « tamaloù », le bon vieux temps, le manque de civisme de nos contemporains.

Faut-il attaquer le plat de résistance avec la politique, les gilets jaunes, les résultats des élections européennes, le réchauffement climatique ? Ce sont des sujets sérieux et il se peut que des controverses surgissent. Si l’on se trouve entre personnes de bonne compagnie, les arguments des uns peuvent nourrir la réflexion des autres mais peut-être les convives sont-ils des soupes au lait et dans ce cas, la mayonnaise peut monter très vite. Dès lors, la discussion se pimente dangereusement et ce moment convivial de dégustation vire en indigestion.


 

Par contre, il peut y avoir des blancs, des anges qui passent, des regards fuyants, quand chacun est préoccupé d’éviter les sujets qui fâchent. Le dialogue frise alors la disette et on doit le sustenter artificiellement : « Peux-tu me passer le sel. Je rajouterais bien du poivre, Où sont les toilettes ?». Dans cette situation, le dessert - et ce n’est pas du gâteau - est une redouble traversée de désert : « Non pas de café, excusez-moi, j’ai oublié que j’avais un rendez-vous, oui vite l’addition ». Mais à peine sortis, les couples trop longtemps privés de paroles s’en donnent à cœur-joie : les propos sous-alimentés durant le repas se goinfrent par des observations acerbes, des diatribes, des remarques désabusées sur les amis : « Tu as remarqué qu’ils n’ont pas de conversation »

 

Gérard

 

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ÊTES-VOUS BIEN ASSURÉ ?

 

 

Publicité.

 

Vous êtes assuré contre le vol et l’incendie, vous avez souscrit une assurance responsabilité civile, votre voiture est assurée tout risque avec option bris de glace, etc. Mais connaissez-vous l’assurance de recevoir les considérations distinguées ? C’est une nouvelle assurance contre l’incorrection de vos correspondants épistolaires.


 

Quand l’administration vous écrit pour vous réclamer des documents que vous avez déjà fournis, ou pour vous demander si vous habitez toujours à l’adresse portée sur l’enveloppe, même si la missive contient des « salutations empressées » ou « distinguées » sans que votre correspondant vous en donne « l’assurance », vous n’avez aucune preuve quant à la sincérité de cette formule de politesse. En effet, les sentiments même s’ils sont les meilleurs sans être estampillés du mot « assurance » ne sont que du vent.


 

Devant pareille désinvolture, « sans assurance » vous ne pouvez que vous morfondre. Par contre, si vous adhérer à ce nouveau contrat, notre compagnie après avoir dûment étudié votre dossier (et vérifié que vous êtes à jour de cotisation) vous consolera du préjudice moral subi. Nous vous le ferons savoir par lettre recommandée toute emprunte de courtoisie, se répandant en formules de politesse, vous assurant de notre déférence la plus chaleureuse et hautement empressée et encore nous vous ferons part de l’assurance de notre profond respect. Ainsi, vous aurez la garantie de bénéficier de toute notre sympathie ce qui vous apportera du baume au cœur si nécessaire après la réception de ces lettres envoyées par des goujats.

Gérard

 

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ELECTIONS EUROPEENNES
 


Le 26 mai, il faudra donner de la voix !

Connaissez-vous l’association des donneurs de voix ? Elle réalise et gère des enregistrements d’ouvrages littéraires destinés à être prêtés gratuitement aux personnes empêchées de lire.

En quelque sorte, si l’on fait le rapprochement avec les élections, les donneurs de voix seraient les mandataires ou porteurs de procuration. Ils votent pour ceux qui, indisponibles – les mandants – leur ont confié leur suffrage. Mais les mandataires ne peuvent disposer que deux mandats et doivent être inscrits dans la même commune que leurs mandants.
 

Bien sûr, ce jour-là, il faut faire entendre sa voix. Un seul comportement est recommandé : suivre sa voie sans forcément se laisser influencer par la voix des autres même par les voies du Seigneur qui sont, nous le savons tous, impénétrables.
 

Sachez-le, une voix faible, fluette, presque inaudible, compte autant celle d’un stentor, donc inutile de crier en accomplissant son devoir électoral. Mais que faire si on souffre d’une extinction de voix ?

Si c’est une voix en voie d’extinction, il n’y a pas de soucis à se faire, il suffit de trouver la voie non de l’isolement mais celle de l’isoloir.

Si l’enrouement persiste et que l’on est aphone ? Il n’y a pas péril en la demeure : on ne vote pas par acclamation. Même si l’on ne peut dire « 33 » (34, en fait) il n’est pas exigé que les électeurs rient à gorges déployées, avec (et depuis) belle luette….
 

Pour qui voter ?

Ne forcez surtout pas votre voix vers des tonalités extrêmes que ce soit dans l’aigu ou le grave car tôt ou tard, vous pourriez perdre votre voix : les populistes de gauche comme de droite qui sont sortis des urnes empêchent souvent les électeurs d’y retourner.
 

Accomplissez votre devoir électoral ; vous connaitrez peut-être des lendemains qui chantent au moins le soir, au clair de l’urne…

Gérard

 

 

 

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PONTS DE MAI

 

 

Le mois de mai n’est pas un long fleuve tranquille : beaucoup d’eau coule sous ses ponts. Ses ponts ? Parlons-en ! Les ponts ce sont des jours de congés entre deux jours fériés ou entre un jour férié et le week-end. Mai comporte en général 3 jours fériés : le 1, le 8, le plus souvent l’Ascension et parfois même le lundi de la Pentecôte. Puisque l’Ascension tombe toujours un jeudi, c’est le début du pont de 4 jours, alors que le lundi de la Pentecôte termine le pont très apprécié, généralement ensoleillé.

Si les Français sont divisés sur les questions politiques, il est un sujet qui pourrait faire l’unanimité et mettre toutes les énergies en route pour construire un avenir meilleur pour tous. C’est un vaste chantier où chacun peut apporter sa pierre pour parachever l’édifice. Vous l’avez compris, je ne parle pas de la réfection de la cathédrale Notre-Dame à Paris – question trop vaste et trop sérieuse pour être abordée dans le cadre de « A contresens », – mais de prolonger les ponts de mai. Qui serait contre cette vaste entreprise ? A l’image du pont de Tancarville qui relie deux départements : la Seine Maritime et l’Eure depuis 1959 et qui présente une portée de 608 mètres, ne pourrait-on allonger le pont du 1 mai jusqu’au 8 mai ? Ce serait un énorme pont suspendu qui enjamberait le plus souvent un week-end et permettrait de se reposer jusqu’au 9 mai.

Et puis, que diriez-vous d’une traversée à pied joint entre l’Ascension et la Pentecôte sans reprise du travail ? Évidemment, il s’agit d’une autre gageure que de créer ce grand pont, appelons-le viaduc. Comment ne pas s’inspirer du viaduc de Millau qui surplombe la vallée du Tarn et fait gagner un temps précieux aux automobilistes se rendant de Clermont-Ferrand à Béziers

 

Avec ces deux ouvrages à portée sociale considérable, la France pourrait redevenir le symbole de la modernité

Ainsi serait réalisé, en partie, la fameuse prédiction de Pierre Dac : « Le jour où l’on ne travaillera pas les lendemains des jours fériés, on aura fait un grand progrès social »

Attention ! Ces ponts en devenir, doivent être stables et à l’abri du vent du libéralisme pour ne pas connaître le funeste sort du pont de Gênes : le pont Morandi qui s’est effondré en août 2018.

 

Gérard

 

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UN ETRANGER BIEN ENCOMBRANT

 

Nous sommes à Jérusalem devant le Sanhédrin. Le grand-prêtre a réuni le conseil de 71 membres, il veut faire passer Jésus pour un étranger et pouvoir ainsi l’expulser avec la complicité de l’occupant Romain.
.Caïphe incite les membres du conseil à témoigner contre Jésus.

- « Cet homme n’arrête pas de parler de la maison de son père, il précise « qu’il y a plusieurs demeures dans la maison de mon Père ». Chez nous, aucune bâtisse n’est construite comme cela, il vient donc de l’étranger.

 

- « Non, c’est quelqu’un de chez nous : d’après nos renseignements, il a vécu à Nazareth en Galilée. Il a été charpentier comme son père Joseph, il a des frères et des sœurs »

 

- « Je rectifie cette affirmation. Le grand-prêtre m’a chargé de l’espionner. Je me suis renseigné avec soin sur cet homme. Personne ne sait d’où il est. Les femmes de Nazareth se souviennent que sa mère Marie, alors qu’elle avait une quinzaine d’année est partie du jour au lendemain, sans rien dire à personne vers la Judée chez, soi-disant, une cousine. Certaines assurent qu’elle cachait quelque chose. Puis, Marie et Joseph sont réapparus quatre ou cinq ans plus tard avec un petit garçon. Ces femmes affirment que Jésus n’est pas le fils de Joseph. La famille a paraît-il séjourné en Égypte, dans ce pays maudit. Peut-être ont-ils trouvé un enfant abandonné sur le Nil qu’ils auraient adopté et, d’ailleurs, quand on parle de Joseph, on remarque sur les lèvres de ses compatriotes un sourire entendu.

Plus tard, alors que Jésus vagabondait sur les routes, les siens sont venus le voir pendant qu’il instruisait ses disciples, il a refusé de les recevoir et a déclaré à la foule qui se pressait à son écoute : « qui est ma mère , qui sont mes frères ? C’est celui qui fait la volonté de mon Père qui est aux cieux ». Il n’a pas voulu dévoiler d’où il venait mais c’est évident, c’est un émigré »

 

- « Cela me rappelle une autre histoire. Il y a une vingtaine d’années - j’étais jeune à l’époque - et je siégeais au temple avec les maîtres. A la Pâques, des groupes d’enfants nous interrogeaient sur la loi, les prophètes, le Messie, etc; j’ai toujours devant moi le visage d’un garçon particulièrement éveillé et pénétrant. Je revois encore ses parents, des galiléens, affolés venir le chercher. Lui, leur a dit : « je dois être d’abord aux affaires de mon Père ». Les parents n’ont rien relevé. Voilà bien une nouvelle preuve qu’il n’est qu’un étranger. »

 

Caïphe s’écria : « Avons-nous encore besoin de témoignages ! Qu’en pensez-vous ? » Et tous de crier : « Dehors sale étranger ! »

« Nous allons demander aux Romains de l’expulser. Passez-moi le formulaire BK46 . Ces romains veulent tout consigner par écrit, c’est incroyable, il y a tout un questionnaire à remplir. Je lis les questions :

-  L’individu sous-nommé présente-t-il un danger pour la sécurité publique ? » Je réponds « Oui »

- « A-t-il commis des exactions, si oui lesquelles ? »

- « Il a renversé les tables des changeurs de monnaies dans le parvis du temple, puis chassé à coups de fouet les marchands d’animaux destinés aux sacrifices »

- « A-t-il des partisans, combien ? »

« Oui, toute une foule l’a acclamé quand il est arrivé, juché sur un ânon. »

- « Met-il en cause le pouvoir de l’occupant ? »

« Oui, il ne dit pas vraiment qu’il faut payer l’impôt à César et ses adeptes voudraient en faire un roi : le roi des juifs »

- « Pourquoi cet étranger est-il venu dans notre pays, cocher les mentions suivantes »

« Raison économique ? Non. « Persécuté dans son propre pays ? » Non. « Regroupement familial ? » Non « Autres raisons, précisez » Je note : Il a été envoyé par Dieu.

Un docteur s’écria : « N’écris pas « il a été envoyé par Dieu « mais cet homme a dit : je suis envoyé par Dieu »

- « Ce que j’ai écrit, je l’ai écrit. »

Dernière question : « Vers quels pays doit-on l’expulser ? »

- « Personne n’a une idée ? Alors j’exprime le sentiment général « Qu’il aille au diable ! » Les Romains comprendront. »

 

« Je vais remettre immédiatement ce parchemin à Pilate, en main propre. Dieu merci ! Nous voilà débarrassés définitivement de cet individu. Désormais, nous pouvons faire une croix dessus !

 

Quelques jours plus tard

« Qu’y a-t-il ? Tu es tout bouleversé »

- « Jésus est revenu. ! »

- « Ce n’est pas possible, vendredi, j’étais au Golgotha. »

« Je suis certain que c’est lui. Et puis il y a un phénomène incroyable, inimaginable, extraordinaire : les vauriens de sa bande qui se sont enfuis comme des lapins car morts de trouille au moment de son arrestation, eh bien, ils sont tous rassemblés dans la grand-place, devant le temple, en plein jour, sans crainte, tout joyeux, parlant d’autres langues, n’arrêtant pas de proclamer que Jésus est vivant. »

« J’ai tout compris. Aïe, aïe, aïe, ça se complique.

Comme on dit dans le village d’Emmaüs : on n’est pas sorti de l’auberge. On ne pourra donc jamais se débarrasser de ce Jésus et de ces étrangers. Oh Mon Dieu ! Quel calvaire ! »

 

Gérard

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MONTRE CONNECTÉE

 

 

 

- Bonjour Monsieur le bijoutier. Je viens d’acheter chez vous une montre connectée dernier cri. Depuis hier, elle refuse de donner l’heure.

 

- Elle devrait parfaitement fonctionner c’est une GUBXEI WATCH 6. Vous vous rendez compte avec tous les attributs qu’elle possède ! Qu’est-ce qui marche ?

 

- Tout, sauf l’heure. Elle est belle, légère. Elle résiste à l’eau et la poussière. Je me suis amusé à rechercher des cadrans différents pour personnaliser mon modèle, c’est peut-être cela qui la bloque, j’aurais fait une mauvaise manœuvre ?

 

- Non, vous n’avez rien perturbé. Et en voiture ?

 

- Mon téléphone est relié à mon autoradio. Ma montre est donc connectée à mon mobile, mais aussi à ma voiture. Dès lors, je ne touche plus à mon autoradio. Je commande tout à la voix et ne quitte jamais les yeux de la route. Elle possède évidemment un GPS

 

- Et pour le sport ?

 

- Elle fonctionne à merveille. Elle mesure l’activité physique. Quand je cours ou marche tout simplement, elle mesure ma vitesse, le dénivelé, la distance, et même le rythme cardiaque grâce à son cardiofréquencemètre. Elle garde tout l’historique

 

- Par rapport à votre smartphone ?

 

- C’est formidable, elle récupère les appels téléphoniques avec le micro intégré je peux parler directement sur la montre. J’ai la possibilité d’écrire et envoyer des SMS avec la commande vocale Je peux contrôler la musique depuis ma montre Les diverses notifications qui arrivent sur le smartphone sont ensuite immédiatement affichées sur son écran. Cela m’évite de sortir mon portable surtout si je suis en réunion. Mieux, il est possible de paramétrer des vibrations par notifications, et donc de définir un code. Le signal par vibration, me révèle s’il s’agit d’un appel, d’un SMS ou d’un mail dont j’ai codé l’émetteur. En fonction des vibrations, je regarde ou non ma montre.

 

- Je passe votre montre dans un analyseur-cryptocentré. C’est incroyable, elle s’est arrêtée le 31 mars 2019 à 2 h du matin.

 

- Je crois avoir trouvé la cause: c’est une montre intelligente, elle refuse de passer à l’heure d’été elle ne veut pas faire le saut d’une heure directement.

 

 

- Non, vous n’y êtes pas. La GUBXEI 6 est un nouveau modèle  : une montre super intelligentemais aussi revendicative, elle veut passer aux 35 heures et elle s’est mise en RTT. (Réduction du Temps de Travail).

Gérard

 

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MARCHER A LA BAGUETTE

Bonjour, Madame la boulangère. Je voudrais une demi-baguette tradition

Ce n’est pas possible.

Il vous arrive pourtant bien de couper une baguette en deux si un client vous le demande ?

Oui, mais pas pour la baguette tradition.

Et pourquoi ?

La tradition ne se coupe pas. Je ne peux séparer d’un côté l’us et de l’autre la coutume

C’est pourtant une simple baguette

Non Monsieur c’est une baguette de tradition qui existe depuis longtemps, elle possède tous les ingrédients, ils sont inséparables

Si je prends la baguette entière, je vais devoir en jeter la moitié, ce sera du pain perdu.

Vous prenez vos responsabilités. Libre à vous de jeter aux orties la tradition mais jamais je n’oserai prendre ce risque.

Vous avez parlé d’us et coutume qui sont en quelque sorte les deux bouts de la chaîne. Coupez la baguette des deux côtés à un quart de sa longueur et ainsi je prendrai les deux bouts ce qui fera la moitié.

Non ! Une demi-baguette c’est la moitié d’une baguette et non la somme de deux quarts.

Ce n’est quand même pas un crime de lèse-tradition que de couper une baguette.

Arrêtez ! Si vous continuez ainsi, je prends la baguette et je casse la croute en deux sur votre dos. Ce sera une nouvelle tradition.

Gérard

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REVIGORER LA DEMOCRATIE

 

 

Le mouvement des gilets jaunes a surpris par son ampleur, par sa forme mais non par la nature des revendications : depuis trop longtemps, en France, les inégalités se creusent et les rancœurs s’accumulent. Expression d’une frustration, cette révolte est aussi un révélateur de la perte du lien social.

 

Vivre en démocratie est notre bien le plus précieux : n’oublions pas que dans de nombreux pays, un simple blog critiquant le gouvernement, peut mener son auteur en prison.

Pourquoi le vivre ensemble est-il si difficile ? Avec l’effondrement des idéologies et des religions qui sous-tendaient un esprit communautaire et sous l’effet du libéralisme ambiant, la cohésion sociale se désagrège, s’émiette, se réduit au chacun pour soi. Des groupuscules surgissent, s’ignorant les uns les autres, devenant antagonistes, puis haineux. L’anonymat des réseaux sociaux permet toutes les outrances, véhiculant en particulier des messages antisémites. Quand on ne peut plus se parler, la violence se déchaîne et les symboles de notre République sont déshonorés. Les fondements de la démocratie en sont ébranlés.

 

Comment raccommoder le tissu de l’harmonie passablement élimé ?

 

La fraternité républicaine ne peut souffrir d’écarts de niveaux de revenus scandaleux, s’accroissant sans cesse. Elle nécessite une profonde réforme de la fiscalité et un accès égal de tous les citoyens aux biens et services publics, quels que soient leurs lieux de résidence.

La démocratie se nourrit d’une écoute attentive des corps intermédiaires (associations, syndicats, groupements locaux, etc), elle ne peut s’accommoder d’un dialogue direct entre les gouvernants et les individus.

Pour unir les volontés permettant l’addition des énergies évitant de la sorte que les individus ne se fondent en clans hostiles, et afin de forger une société respectant les spécificités de chacun, il faut pétrir un liant, assigner un objectif suffisamment ambitieux, partagé par tous. Quel programme peut fédérer tous les humains sinon celui de sauver notre terre menacée par le réchauffement climatique ? Personne n’a envie de laisser à ses enfants et petits-enfants un monde devenu inhospitalier, ravagé par la guerre, la famine, les épidémies. La solidarité entre les vivants actuels et ceux qui ne sont pas encore nés est la dernière chance de l’humanité et un immense défi que jamais l’homo-sapiens n’a eu à relever. L’espoir vient des jeunes qui dans beaucoup de pays, prennent la parole pour alerter l’opinion et les dirigeants.

 

Transition écologique et progrès social ne sont pas incompatibles à condition d’abandonner la logique productiviste. Mais l’argent-roi, les injonctions à consommer commandées par la publicité omniprésente sont des leurres nous incitant à chercher le bonheur dans le toujours plus. Cet environnement terre-à-terre limite notre horizon et nous empêche de prendre de la hauteur pour discerner l’essentiel. Bref, l'avoir, rien que l’avoir ! C’est l’Être qu’il faut sauver.

 

Courbés sous le poids d’une société mercantile, sans tendresse, sans perspectives exaltantes, agenouillés devant le « je veux tout, tout de suite », affligés par l’avenir incertain de notre planète, nous risquons d’éteindre la vertu cardinale de l’Espérance. Jésus nous dit : « Redressez-vous et relevez la tête » Luc 21,28.

Contemplons le ciel et découvrons que la nuit est peuplée d’étoiles.

 

Gérard Cordier

 

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Prendre l’air

 

 

 

Au tribunal

Le 5 février 2019 à 8 h 53, vous êtes sorti de chez vous et vous avez pris l’air. Qu’en avez-vous fait ?

Ce n’est qu’un bol d’air. Je l’ai emporté avec moi

 

Où l’avez-vous mis ? On doit le retrouver car c’est un air pur.

Je ne sais pas, quelque part dans la nature….

 

Comment ça ! Abandonné, avec une dose importante de carbone ! Vous polluez ! Vous êtes gonflé !

Je voulais changer d’air.

 

Vous vouliez vivre au grand air. Pourquoi ?

Cela permet d’être dans le vent.

 

Et alors ?

J’ai respiré à pleins poumons sans en avoir l’air. Je vous le promets.

 

C’est une promesse en l’air. Essayez d’être coopératif sinon je vous fais cracher vos poumons

C’est une menace ! Vous commencez à me pomper l’air.

 

Il soupire

Ça y est je reconnais cet air-là. Vous ne manquez pas d’air. Vous avez bien dérobé de l’air, d’ailleurs vous êtes en train de le recracher. Vous ne sortirez pas d’ici sans avoir rendu le dernier soupir.

 

Gérard

 

FIÈVRE

 

 

Bonjour. J’ai appris que tu étais alité, je viens prendre de tes nouvelles.

 

Tu vois, je suis dans de beaux draps.

 

Effectivement ce sont des draps 100 % coton. Je vois surtout que tu tires la couverture à toi.

 

J’ai des frissons et je claque des dents.

 

J’espère que tu n’as pas une dent contre quelqu’un, sinon cette personne va déguster. Comment est-ce arrivé ? Où as-tu pris froid ?

 

Je suis en froid avec mon banquier. Il voulait geler mes avoirs. Je suis allé le voir, il m’a chauffé les oreilles, mais comme je n’ai pas perdu mon sang-froid, j’ai attrapé un chaud et froid. En rentrant je me suis senti fiévreux et je me retrouve avec 39,5. Tu te rends compte, c’est une fièvre de cheval !

 

Tu as la chance que ce ne soit pas la fièvre aphteuse sinon ce serait un coup vache. Au fait, depuis quand es-tu au lit ?

 

Voyons, aujourd’hui nous sommes vendredi, c’était... il y aura une semaine demain

 

Oui, pas de doute, c’est la fièvre du samedi soir. Que fais-tu pour faire baisser ta température ?

 

J’ai bien essayé de pousser la fièvre pour la faire tomber mais peine perdue, j’ai seulement ressenti une poussée de fièvre.

 

Faut prendre des médicaments.

 

Évidemment. En me prenant pour un artiste touchant son cachet, j’ai avalé un paracétamol. Comme la fièvre baissait, j’ai voulu la terrasser complètement alors j’ai pris un deuxième comprimé et elle a chuté une deuxième fois si bien que j’ai fait une rechute.

Gérard

 

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SUPPRIMONS LES MOIS D’HIVER

 

 

 

Les premiers mois de l’année sont difficiles à vivre. Froidure, soleil faisant la grasse matinée et se couchant très tôt, routes glissantes, trottoirs plein d’embûches où la chute guette le piéton à chaque pas…. bref, janvier et février sont des mois redoutés.

Mais, vous le savez sans doute, pendant des siècles, janvier n’a pas été le premier mois de l’année. Heureux temps, où l’on passait directement au 1er mars comme dans la république romaine. À preuve : le mot « septembre », découle du chiffre sept, c’est le septième mois depuis mars.

De même que le viaduc de Millau a permis de relier les deux vallées du Tarn en gagnant des centaines de kilomètres, ce calendrier à inventer doit permettre de passer par-dessus l’hiver et d’arriver directement au printemps.

Les avantages seraient nombreux : décembre se terminant dans la pénombre et le froid, immédiatement, la belle saison ferait son apparition. Plus de neige, mais des prairies revêtues de fleurs multicolores, des oiseaux chantant la nature renaissante, les abeilles partant en cercles joyeux butiner fleurs et arbres fruitiers, de l’herbe grasse jailliraient des milliers d’insectes s’accouplant à la tombée de la nuit ; dans quels ravissements vivrions-nous !

Bien sûr, on perdrait le tirage des rois, traditionnel du mois janvier mais après tout, pourquoi ne pas le repousser en juin, les galettes n’en seraient que plus appétissantes ? Et les crêpes de la Chandeleur ? Début mars à l’occasion du mardi gras, elles saupoudraient un parfum de fête.

Certains esprits pointilleux ne manqueraient pas d’objecter que nous perdrions presque 60 jours en procédant ainsi car qu’arrivés fin décembre, nous serions en décalage avec le soleil. C’est une objection parfaitement recevable, mais il est facile de trouver la solution réparatrice. Puisqu’il y a 60 jours à recaser, pourquoi ne pas les ajouter aux mois d’été ? Juin, juillet, août et septembre compteraient chacun 15 jours supplémentaires. Tout le monde serait gagnant : les agriculteurs disposeraient de plus de temps pour rentrer leurs récoltes, les vacances seraient ainsi prolongées enchantant non seulement les enfants mais tous ceux qui vivent du tourisme, les beaux jours rallongés laisseraient des souvenirs impérissables et la liesse emplirait les cœurs avant l’automne.

Gérard

15 janvier

 

 

 

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Révolte des ronds-points

 

 

Depuis quelque temps, les ronds-points ne tournent plus très rond. Ils ont des états d’âme, ils ont besoin vraisemblablement d’un soutien psychologique. Ne tournons pas autour du pot, les ronds-points sont des êtres anonymes et méprisés. Nullement lieux de rendez-vous, les ronds-points ne sont que des repères pour aller plus loin. En effet, que dit-on : « Au prochain rond-point emprunter la deuxième sortie, celle de l’Avenue des Maréchaux.» ou encore : « Pour vous rendre au boulevard Charles de Gaulle, aller jusqu’au rond-point et prendre la troisième voie ». Et pourtant les ronds-points ont des noms ! Ils s’appellent « Rond-point de l’Europe » ou « Rond-point des Quatre-Vents » mais qui le sait ? Ils souffrent d’être désignés par de vulgaires articles condescendants « le » rond-point, « un » rond-point ! Ils sont pourtant tous différents ; beaucoup abritent une œuvre d’art à leur centre, à leurs entours sont disposées des décorations florales, certains sont illuminés la nuit.

 

Alors, pourquoi tant d’indifférence, tant de désintérêts, tant de mépris ? Pas étonnant qu’ils se révoltent. Ils en ont un gros rond-point sur la patate et ont mis des ronds-points de suspension à leurs embranchements ainsi les automobilistes sont-ils obligés de ralentir, voire de passer au compte-goutte, quand ils ne font pas l’objet de retenues. Ils ont des revendications, qu’ils exhibent avec des ronds-points d’exclamation en n’oubliant pas de mettre leurs ronds-points sur les « i ». Pour se justifier, ils préconisent de nouveaux sens interdits, plaident pour des sens giratoires inusités, souvent d’ailleurs, en dépit du bon sens. Bien sûr, on s’interroge sur la suite, avec un gros rond-point d’interrogation ?

 

Pour cette nouvelle année, souhaitons que les ronds-points ne soient pas seulement attendus au tournant mais davantage pris en compte, plus écoutés, mieux respectés. Qu’à défaut de montrer le poing, ils cherchent le rond, c’est-à-dire qu’ils arrondissent les angles. Nous sommes à la croisée des chemins. Que le dialogue s’établisse ! Et qu’enfin, aux ronds-points, on se parle ! Pourquoi ne pas organiser des carrefours ? Sinon, on risque de tourner en rond dans ce sac de nœuds routiers. Peut-être chacun trouvera-t-il sa voie, son chemin de Damas, en quelque sorte ? Il faudra bien déterminer s’il faut utiliser des voies de délestages ou créer de nouveaux itinéraires ou encore imaginer des déviations pour regagner les voies principales, celles qui mènent aux autoroutes de la considération ?

Gérard

1er janvier 2019

 

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OPERATION PORTES OUVERTES

 

 

Dans cet immense palais virtuel vivait toute la communauté humaine. C’était une société fermée, barricadée dans l’entre-soi. Chacun ne parlait qu’avec ceux de son clan qui partageaient le même état d’esprit. Chaque groupe restait cloitré dans son pavillon, ignorant son voisin. Quand on se déplaçait dans ce palais, on n’entendait que des on-dit, des ouï-dire et des bruits de couloir.

Soudain, tout s’arrêta, tout se figea ; c’était comme si l’on percevait un silence étonnant, indicible, surnaturel. C’est alors qu’un ange passa. Tout à coup, il fit un saut – le saut de l’ange – s’emmêla un peu les ailes, puis, après un vol plané, tomba à mes pieds.

- Cher ange, bonjour. Vous tombez des nues, j’espère que vous n’êtes pas déchu ?

- Mon GPS est tombé en panne, heureusement que les anges aiguilleurs du ciel m’ont guidé sinon je me serais perdu dans toutes ces galaxies. Je suis bien sur la terre humaine ?

- Tout à fait. Vous êtes porteur d’un message ?

- Je ne suis pas spécialisé dans les annonciations, c’est plutôt mon collègue Gabriel, le chargé de mission. Je me contente d’une simple visitation.

- Qu’allez-vous faire ? Seriez-vous un Chérubin armé du glaive de Dieu ?

- Absolument pas, c’est un simple flambeau que je porte. Je viens en éclaireur. Vous savez qu’au moment de Noël tous les anges – nous sommes toute une armée - partent en campagne (vous le chantez d’ailleurs) et je suis chargé de tester un prototype. Les Séraphins ingénieurs pensent que ce flambeau qui répand une odeur de sainteté là où il brûle, peut faire des miracles. Il l’appelle la « COM-UNI-ACTION ». Les collègues, les Dominations qui ont la tâche d’étendre le règne de Dieu, veulent l’expérimenter sur une population particulièrement récalcitrante. Ils ont sélectionné cette planète.

A peine l’ange parti qu’ici-bas, toutes les chambres se sont mises à communiquer : une vraie révolution de palais !

Les sénateurs qui occupaient chambre haute sont descendus au sous-sol transformé en forum. La chapelle ne fait plus de messes basses, le confessionnal fonctionne désormais à ciel ouvert. Depuis que la chambre d’accusation est devenue chambre de passage, le huis clos est banni à tout jamais. En faction devant la chambre forte, les fonctionnaires ne peuvent plus boucler la porte blindée : elle est sortie de ses gongs et tout l’argent s’est envolé. La chambre jaune ne cache plus son mystère. Les chambres d’amis se sont multipliées , elles débouchent sur des lieux communs. La chambre noire qui était aussi la chambre des pleurs a pris des couleurs. Et les secrets d’alcôves ? Dévoilés ! La chambre froide, n’est plus l’antichambre de la chambre mortuaire, elle s’ouvre sur la terrasse ensoleillée. Les portes des chambres closes passent pour des porte-paroles. Les chambres à part font pièce commune et même le vin a quitté la cave et se fait chambrer.

Suite à ce bouleversement, toutes les fenêtres se sont ouvertes, le grand air qui était confiné comme dans une chambre à air, s’est engouffré dans ce palais et le soleil darde ses rayons avec ardeur. De loin, on entend de la musique de chambre accompagnant les danses et les rires qui fusent.

Gérard

15 décembre 2018

 

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Comment vivre vieux ?

 

Un rêve de tous : vivre vieux, reculer l’instant de la mort, le plus possible. Dans la Bible, la vieillesse est signe de bénédiction divine : Abraham mourut « rassasié de jours », Seth vécut 912 ans. Le record appartient toujours à Mathusalem qui à 969 ans, finit par mourir. Certes, après le déluge Yahvé limita à 120 ans l’âge maximum. Plus près de nous, Jeanne Calment devenue doyenne de l’humanité est morte à 122 ans et une étude scientifique pronostique que ce record ne sera jamais battu.

Comment vivre longtemps ? Des études de gérontologues ne manquent pas. Des scientifiques se sont penchés sur le cas de l’île d’Okinawa (Japon) qui est connue pour avoir trois fois plus de centenaires qu’ailleurs et principalement des femmes. Ils ont cherché à comprendre d’où les habitants tirent-ils leur exceptionnelle longévité. Les réponses ne surprennent pas :

Éviter les conduites à risques : fumer, boire…

Positiver : relativiser les tracas quotidiens,

Adopter un régime alimentaire sain. Manger à satiété mais sans se gaver

Avoir une activité physique régulière

Trouver une raison d’être et surtout, une profonde motivation pour se lever le matin.

Si l ‘on interroge les centenaires, leur demandant leur secret, on recueille en vrac : s’adonner à la sophrologie, manger léger, adopter un chat, manger des sushis, marcher quotidiennement, obéir au Seigneur, cuisiner soi-même, prendre au petit déjeuner des œufs brouillés au bacon et du porridge, pratiquer le yoga, boire un verre de Porto tous les jours, etc.

Pourtant, j’observe que les personnes interrogées, peut-être par pudeur ou gênées, n’osent pas avouer qu’elles ont aimé faire la fête et l’on remarque que ce sont celles qui ont fêté le plus souvent leur anniversaire qui sont les plus vieilles.

 

Gérard

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Bain d’obscurité

L’été, les plages de sable s’emplissent de baigneurs désireux de s’offrir un bain de soleil. Celui qui ne peut aller à la mer, s’il dispose d’une terrasse à l’abri des regards indiscrets, peut s’allonger sur un transat, se laisser aller en ne pensant plus à rien, pour ressentir voluptueusement les caresses des rayons de l’astre du jour.

A la plage ou chez soi, les ardeurs du soleil brunissent la peau et procurent un sentiment de bien-être. Mais quand arrive la saison froide et humide, adieu la chaleur bienfaisante sur le corps !.

Il est possible de retrouver ces sensations bénéfiques. En effet, un professeur américain Ben Crarson vient de mettre au point une thérapie pour lutter contre l’asthénie (l’affaiblissement) : le bain d’obscurité. C’est une médication toute nouvelle inspirée des travaux des chercheurs Alim Sanson et Nghi Hoang-Xuan neurologues. De quoi s’agit-il ? Ces scientifiques ont démontré que l’opacité a un effet positif non seulement sur le corps mais aussi sur l’esprit car propice à la production de mélatonine. Cette hormone permet de régler le cycle biologique. De plus, le maintien de l’obscurité provoque, comme facteurs neurophysiologiques principaux, un processus homéostatique et un processus circadien.

Le professeur Ben Crarson précise que le bain d’obscurité convient à toute personne quels que soient son âge, son sexe et son milieu social. La thérapie vise à éliminer la fatigue accumulée, à laver en quelque sorte le cerveau, à détendre tous les muscles du corps. Pour cela il faut être allongé ; bien sûr la position assise est possible mais beaucoup plus inconfortable pour le traitement et d’une efficacité moindre. Et, c’est là toute la différence avec des méthodes traditionnelles, le sujet doit être plongé dans l’obscurité et si possible dans le silence le plus complet. Les très jeunes enfants peuvent être effrayés mais, de la même manière que l'on peut rentrer dans la piscine en trempant d'abord un orteil puis un pied, et, tout en avançant, se jeter à l’eau que l’on a apprivoisée, l’enfant peut bénéficier d’une petite veilleuse qui pourrait progressivement s’éteindre et ainsi, quand l’effet aura commencé son œuvre, dissiper ses peurs.

Toutes les personnes ayant eu recourt à cette thérapie sont à 99 % satisfaites, elles ont constaté une amélioration dans les douze heures, certaines même au bout de huit heures.

Dernière précision, le traitement doit être pris à partir de 22 h et au moins jusqu’à 6 h du matin.

Gérard

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Visite du vent

Comme le vent frappait à ma porte, je lui ouvris

Bonjour, quel bon vent vous amène, vous êtes essoufflé ?

C’est vrai je suis souvent à bout de souffle

Pourtant vous ne manquez pas d’air

Cela m’arrive : je dois faire très attention de ne pas tomber dans un trou d’air sinon j’en aurais le souffle coupé

Je vous trouve très agité, vous tournez en rond.

Depuis quelques années, les pressions ne cessent d’augmenter. Les cumulonimbus s’accumulent de plus en plus souvent dans le ciel ce qui nous oblige à partir en coup de vent, quitte à braver la tempête.

Comment expliquez-vous cela

La hausse des températures. Avant, je pouvais m’arrêter de temps en temps, histoire de souffler, de goûter une petite brise. Maintenant, les tornades se forment très vite et il faut se précipiter vers les basses pressions ; le climat n’est plus ce qu’il était !

À réagir de cette manière, vous vandalisez tout.

Je n’y peux rien ! Quand on est attiré vers le centre des isobares, c’est irrésistible ; je ne peux faire marche arrière. Je vais vent debout, en rafales, je décornerais même les bœufs et bien sûr, je me heurte aux arbres, aux maisons

Ne pourrait-on pas inventer des pistes ou des voies qui vous seraient réservées où vous pourriez allez, en quelque sorte des autoroutes que l’on pourrait appeler des ventroutes

J’ai eu vent de cette idée, sachez que je souffle où je veux ! Moi, je prends le chemin des courants d’air, ce sont des voies tracées par Eole, il savait où il allait, il avait le vent en poupe

Excusez-moi, je reçois un avis de tempête, il faut que je me sauve en trombe, il y a une dépression, je dois aller la soigner. Quelle atmosphère !

Alors, bon vent !

Gérard Cordier

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UN MATELAS SANS RESSORTS

 

C’est une révolution. Les objets connectés ne relèvent plus seulement de la science-fiction, ils commencent d’affecter tous les domaines : déplacement, santé, alimentation, culture, etc. Par exemple, des puces disséminées dans nos murs nous informeront en permanence de la température, du degré d’humidité ; connectées avec notre portable, elles déclencheront la coulée d’un bain à telle heure et à telle température, elles commanderont l’allumage du chauffage à distance. Toutes ces innovations sont censées nous faciliter la vie.

Il devrait en être ainsi de ce matelas novateur dont un internaute en mal de rêves, a fait l’acquisition. Croyant s’endormir dans les délices de Capoue, cet homme s’est senti frustré, leurré, berné. Fort mécontent, il a saisi son téléphone et après avoir répondu aux injonctions : « Taper 1, taper 3… » il a fini par trouver un interlocuteur.

Je suis arrivé chez lui alors qu’il disait : « Allo » et j’ai imaginé la conversation entre ces deux hommes en me fiant aux propos ou plutôt aux vociférations proférées par cet acheteur énervé.

Allo service après vente ?

Vous m’avez vendu un matelas soi-disant d’avant-garde, il est comme un autre, je ne sens pas la différence.

Les trucs annoncés par la pub : apporte un confort douillet, varie l’élasticité de la mousse quand on se retourne, amortit les mouvements grâce à sa mousse à mémoire de forme, enregistre les rêves en décryptant l’électro-encéphalogramme, émet de la musique pour stimuler le sommeil...

Vous me racontez une histoire à dormir debout. Le matin, il ne m’a jamais poussé hors du lit en faisant attention à ce que je me lève du bon pied.

Non je n’ai jamais senti la houle de la mer, l’avion qui décolle, les vibrations du train sur les rails. Les pseudo-capteurs et les, comment les appelez-vous déjà, les transmuthéiformes sont en panne ou en grève

Bien sûr, j’ai rentré les codes sur mon smartphone. J’ai même enregistré la musique qui doit accompagner les rêves. La 5ème symphonie de Beethoven pour le sport, la marche Turque si le lit devient un champ de bataille, du jazz, la valse N°2 de Chostakovitch pour la mélancolie et même du grégorien si jamais je voie des anges.

Quoi ? Je suis un mauvais coucheur !

Moi, je ne plaisante pas ! Vous reprenez le matelas et me remboursez

Un technicien ? Je sais lire une notice !

Oui, tous les accessoires

Une petite pochette ?

Oui j’ai encore l’emballage

Et où faut-il la mettre ?

Sous le matelas dans la fente ?

Allo, j’ai compris « Sable »

Vous voulez dire que tout se met en branle dès que le sable de la pochette est détecté ?

Le marchand de sable passe ?

C’est un conte pour enfant. Pourtant le matelas est bourré d’électronique ! Vous vous foutez de moi !

Pour me faire rêver et revenir à l’enfance ?

Je ne comprends pas !

Oh là là, ! L’alliance du sable et du roupillon !

Gérard

 

 

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JUSTICE P0UR LES PERES DE FAMILLE SANS ENFANT

Cette année nous célébrons le 70ème anniversaire de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme. Depuis 1948, beaucoup de lois et de dispositions émergeant de l’esprit des rédacteurs de cette déclaration honorent la France : sécurité sociale, émancipation de la femme (depuis 1965, les femmes peuvent ouvrir un compte bancaire et émettre des chèques ainsi qu’exercer une profession sans avoir besoin de l’autorisation de leur mari, lois Neuwirth et Veil), droits des enfants (interdiction de toute punition corporelle en particulier la fessée), etc.

Pourtant, en explorant la législation sociale, il nous est apparue une énorme lacune. En effet, les pères de famille sans enfant ne bénéficient pas des mêmes droits que les pères de familles nombreuses que ce soit aux niveaux des allocations familiales, du droit à congé de paternité, de réduction fiscale. Devant tant d’inégalité, il y a largement de quoi saisir les simples tribunaux, de faire appel si le plaignant est débouté, puis, si c’est nécessaire, de porter l’affaire devant la cour de Cassation et si justice n’est pas rendue, aller jusqu’à la Cour européenne des Droits de l’Homme.

Qu’on se le dise ! Un père de famille est un père de famille ! Qu’il ait ou non des enfants, cela le regarde ! Si nous commençons par lui demander s’il a des rejetons, nous faisons une incursion intolérable dans sa vie privée. N’ouvrons pas la boite de Pandore ! L’administration ne manquerait pas alors de harceler les simples citoyens que nous sommes en nous posant des questions du genre : Quel est le montant de votre revenu ? Quel est le lieu de votre résidence ? Êtes-vous né en France ? Quel est le prénom de votre père ? Quel est le nom de jeune fille de votre mère ?

Dans ces conditions, pourquoi ne pas s’enquérir si votre arrière-grand-mère pratiquait le delta-plane !

Gérard

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SUPPRIMER LES « ON »

 

Ils peuplent la littérature, ils s’imposent dans la conversation, ils servent de boucs émissaires… Qui ? Les « on » ! Par exemple : « si tu savais ce qu’on dit de toi...» Qui est cet « on » ? Un anonyme qui n’a pas le courage de se nommer ? Un monsieur « Tout le monde » que personne ne connaît ? Un louangeur ? Un jaloux ? Un médisant ? Le vague de ce mot balaie toutes les hypothèses. Si la phrase est prise comme un compliment, le « on » prend les couleurs de la notoriété et de la respectabilité, si au contraire, ce jugement est perçu négativement, alors ce « on » est un incompétent, un ignorant, voire un imbécile.

Mais qui a donc inventé ce « on » scandaleux et couard ? « On » est un pronom personnel indéfini, neutre, qui désigne aussi bien un individu qu’un groupe. Il remplace le pronom de la première personne du pluriel ou du singulier, c’est vraiment n’importe quoi. Neutre donc transgénique, singulier et pluriel donc légions comme les démons, c’est un transparent faisant un transfert de personnalité. Ceux qui ont introduit ce mot dans les dictionnaires, même s’ils sont morts depuis longtemps doivent répondre de leurs actes et comparaître à titre posthume devant un tribunal pour atteinte à l’exactitude et au genre humain.

Rien n’est plus urgent que de supprimer ce « on » et de le remplacer par un pronom, on en trouvera bien dix, cinquante s’il le faut ! Et vous allez voir, ce que vous allez voir !

On a trop tergiversé, désormais on agira ! On prendra des dispositions ! On effacera ce « on » honteux de tous les livres et de toutes les parutions ! On n’hésitera pas à sévir ! On punira les récalcitrants ! C’est bien ce qu’on verra, non mais  !

Gérard

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GEOMETRIE DANS L’ESPACE

 

Avec septembre, arrive la fin des vacances scolaires. Élèves et enseignants reprennent le chemin de l’école. Beaucoup de nouveautés et de bouleversements les attendent. En particulier, ils vont expérimenter un nouveau dispositif qu’aucun média n’a évoqué (et on le déplore), il constitue une véritable révolution dans l’apprentissage. Pour une fois, le principe de précaution mérite sa justification : un décret est en préparation au Ministère de l’Éducation Nationale de l’Enseignement Supérieur et des Universités obligeant les lycées et les universités à installer un filet protecteur pour tous les cours et exercices de mathématique portant sur la géométrie dans l’espace.

Jusqu’alors, on ne déplore aucun accident survenu : remercions le ciel, c’est quasi miraculeux.

Grâce à cette mesure les trapèzes volants plus ou moins identifiés, les parallélogrammes et les triangles pas toujours très droits, les cercles polaires et bipolaires, les pyramides mal assises sur leurs bases ne pourront plus tomber sur le crâne des étudiants perdus dans les nuages du raisonnement. Les tétraèdres aux arêtes coupantes ne constitueront plus une sorte d’épée de Damoclès et les cylindres de révolution toujours prompts à sortir de leurs gongs et de leur orbite ne présenteront plus aucun danger.

Les sorties dans l’espace seront ainsi mieux sécurisées : les circonférences mal arrimées et leurs rayons tout près de la corde dont l’arc est au bord de la rupture s’ils s’avisent de prendre la tangente ne se fracasseront plus sur les tableaux blancs ni sur les têtes de nos jeunes bambins.

Gérard

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Faisons le point sur le « i »

Pourquoi le « i » bénéficie-t-il d’un point élévateur ? D’où vient ce privilège ? Les autres lettres en sont jalouses, surtout ses sœurs, les voyelles. Certes, elles arborent parfois un accent : le « a » se coiffe d’un chapeau quand il va deçà, delà, à tout bout de champ. Le « e » dispose de plusieurs casquettes : pour se protéger du vent, il se munit d’un éventail et il met du rouge à lèvres pour cacher son teint blême.

Le « a »,le « e », le « o » et le « u » prennent parfois la fantaisie de s’afficher avec un accent circonflexe : « Pendant le carême, la poêle est au chômage le gâteau fait relâche, le jeûne sert de casse-croûte »

Le « e », et le « u » toujours vexés ont décidé, pour narguer le « i », d’exhiber deux points sur leur lettre : ils ont inventé le tréma. Ils complotent contre le « i » : « Nous allons mettre un véritable capharnaüm chez lui et l’empoisonner avec la ciguë ».

Mais le « i » a réagi vigoureusement, il s’est empressé de hisser sur son caractère deux points, il pavoise : « Ah, vous me haïssez, vous voulez jouer les caïds ! Je sors mon égoïne, ma baïonnette et je vous envoie reposer dans les glaïeuls »

L’histoire nous explique que ce sont les copistes du XIe siècle qui ont pris l’habitude de mettre un trait oblique sur le  « i » car ils avaient du mal à le différencier des autres lettres à jambages courts comme le « m » et le « n », puis à la fin du Moyen Âge, on remplaça le trait oblique par un point.

C’est faux, c’est une légende  ! Apprenez que c’est le « i » lui-même qui a force de courage et de ténacité a conçu, enfanté et hissé par lui-même ce qu’il appelle son soleil. Chaque fois que l’on voulait supprimer ce signe ou l’attifer d’un autre attribut, il s’écriait : « Je veux un point, un point c’est tout »… et dans une grande colère il ajoutait « point final ! »

Gérard

15 juin 2018

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Tuer le temps

Que faire quand on sort de chez le coiffeur à 8 h 35 et que l’on a rendez-vous à 9 heures chez l’opticien ? Comment occuper ce temps ?

Rentrer chez soi ?  Impossible ; le voyage à pied exigerait de repartir immédiatement une fois arrivé à la maison. Poireauter devant la grille fermée et contempler la vitrine de l’opticien ? Même avec des lunettes mal ajustées, détailler l’étalage ne prend pas beaucoup de temps. Déambuler dans la rue, faire les cent pas ? La température basse pour la saison n’incite pas à la flânerie. Prendre un café dans le premier bistrot ouvert ? C’est la seule solution. Ainsi que je le craignais, quelqu’un me reconnaît, je vais devoir lui expliquer pourquoi je me suis assis au comptoir.

- Tu me dis que tu cherches à tuer le temps. Tu as des instincts belliqueux, cela ne te ressemble pas, comment comptes-tu t’y prendre ?

- En bavardant avec toi.

- Quoi ! Mais tu ne te rends pas compte ! Tu me rends complice d’un assassinat ! Je ne veux pas être dans la position d’accusé d’autant que je porterais la honte d’avoir tué le temps.

- Ne t’en fais pas, je connais un très bon avocat, il t’évitera la prison : c’est un défenseur du temps libre.

- Je prends le temps.de parler avec toi et j’aggrave mon cas en continuant !

- Tu auras des circonstances atténuantes. Le temps aussi a des torts : par les temps qui courent, on ne le rattrape jamais, il ne nous laisse aucun répit, il nous presse, il nous écrase. Il nous mange et nous devenons ses esclaves.

- Tu ne me rassures qu’à moitié

- La sagesse populaire dit qu’il faut meubler son temps, tu as largement fait ta part en me tenant compagnie, tu as épuisé le temps ; merci ! Excuse-moi il faut que je te quitte : il est 8 h 55 et j’ai un rendez-vous à 9 heures.

 

Gérard

1er juin 2018

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HISSONS LES COULEURS
 

Si la matière grise était rose, le monde aurait moins les idées noires.

S’il était interdit de rire jaune, les blancs des œufs monteraient plus facilement en neige.

Si les peurs bleues disparaissaient, les cordons rouges pâliraient.

Si les cheveux blancs tournaient au gris, votre voix deviendrait blanche.

Si l’on vous conte des vertes et des pas mûres, c’est que vous n’êtes pas tout blanc.

Si vous avez la main verte peut-être souhaitez-vous la prise en compte du vote blanc à l’instar des écolos.

Si vous avez un œil au beurre noir après avoir tiré à boulets rouges, vous avez sans doute reçu une volée de bois vert.

Si vous travaillez au noir, alors peut-être êtes-vous dans le rouge.

Si vous avez des bleus à l’âme, la ligne bleue des Vosges, vous paraîtra sombre

Si vous êtes vert de rage, vous avez sûrement broyé du noir

Si vos tempes deviennent argentées, vous prenez de la valeur et vous risquez un redressement fiscal.

Si vous passez à l’orange pour éviter d’être la lanterne rouge, vous ne vous mettrez pas de sitôt au vert.

Si vous prenez un petit blanc le matin, un gros rouge à midi, une fée verte à 17 h ne vous étonnez pas si vous êtes dans le noir dès 20 h et que vous apercevez des éléphants roses.

Si vous mettez des couleurs sur la grisaille du  matin, le soleil irisera vos heures.

Gérard

15 mai 2018

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 SNCF (Sandwichs, Nougatines, Cafés… Fermés)

Pourquoi ce voyageur faisait-il les cent pas le long de la mer, sur la grève ? Il avait pris le train onze mais suite à l’arrêt de travail, il ne pouvait plus rentrer chez lui. Pourtant, il n’avait pas perdu sa voix : il pestait contre les grévistes et rêvait de leur botter le train et l’arrière-train.

Avec un train tous les trois jours puis deux jours sans, c’était désormais le train – train – train quotidien : le train qui ne siffle que trois fois.

Un cheminot jusque-là au travail, décida un beau jour de se mettre en grève. Mal lui en pris, on le refusa dans les cortèges en considérant qu’il voulait prendre le train en marche.

Tous les voyageurs sont pénalisés, les sénateurs comme les autres car contrairement à la légende, ils ne disposent pas de train particulier. Ils ne peuvent plus prendre leur train habituel : les TGV qui roulent à un train d’enfer. Ils doivent utiliser les trains spéciaux de remplacement, un vrai purgatoire pour eux. On les voit se dépêcher pour ne pas rater ces vrais tortillards, néanmoins équipés de marchepieds ce qui facilite leur mise en train.

Seule la contestation va bon train. Où trouver la voie sans faire une erreur d’aiguillage ? Celle qui enjambe les viaducs  du compromis ou celle qui s’enterre dans le tunnel du durcissement social ? Ici, on veut faire un train d’économie et là, on craint pour son train de vie. Pas facile, ni pour les uns ni pour les autres, surtout qu’un train peut en cacher un autre.

Et les vaches ? Qui a pensé aux vaches regardant passer les trains ? Les pauvrettes, elles meuglent toutes désorientées, leur lait risque de tourner et ce n’est pas l’éleveur qui fera son beurre. Ruminant leur rancœur, elles sont de mauvais poil. Ces bovidés ont perdu leur entrain. La tristesse se lit dans leurs yeux : elles ne sont plus boute-en-train mais broutent sans train.

Attention , si tout le monde reste à quai, il n’y aura plus personne pour crier « Gare ».

Gérard

1er mai 2018

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LE DROIT AUX RÊVES

 

Chez vous, personne ne vous empêche de parler, même si vous êtes seul. Bien entendu, à l’extérieur, vous pouvez bavarder avec vos voisins, avec les commerçants et même avec tous les inconnus que vous pouvez croiser. La liberté d’expression fait partie des droits reconnus par la déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont nous célébrons cette année le 70ème anniversaire. Chacun, tant dans sa sphère privée que publique, peut s’en prévaloir.

Qu’en est-il du droit à rêver ? Évidemment, vous allez penser que ce droit est dévolu à tout le monde, pour preuve, à votre réveil, vous avez encore le souvenir des rêves qui ont peuplé votre nuit. Nulle autorité ne peut vous empêcher de rêver. Bien au contraire, les rêves, depuis Freud, sont sources d’étude et permettent au psychanalyste une introspection qui lui donnera les clés d’une thérapie. Mais en dehors de chez vous, impossible de rêver ! Si d’aventure vous succomber à la somnolence, on vous rappellera à l’ordre brutalement : « Hé, tu rêves, tu es encore perdu dans les nuages !». Au lycée, l’appréciation redoutée sur le livret scolaire est : « Rêve en classe ». Plus précisément, dans un monde toujours en quête de performance et d’efficacité, tout ce qui est du domaine du rêve est considéré comme une perte de temps inutile et coûteuse. Partout, on prône l’action réaliste, on exige du consistant, du matériel, du palpable, du tangible. 

Pourtant, de nombreux coachings recommandent la rêverie ; ils conseillent de se ménager des temps pour s’extraire de l’environnement immédiat, et laisser vagabonder son esprit. Celui-ci libérerait suffisamment d’espace mental non pollué par des parasites pénibles et inutiles. Si l’on en croit ces considérations, autorisons-nous donc la rêverie, laissons notre matière grise nous entraîner là où elle le souhaite, et observons avec curiosité où cela nous mène…

Fort de ces arguments, nous pouvons exiger que la rêverie soit considérée comme un droit intangible. Qui dit droit, dit possibilité de l’exercer en public et collectivement. Ce droit a été négligé par nos pères qui certes, avaient d’autres chats ronronnant à fouetter. Mais nous qui bénéficions d’avantages bien protégés par la législation et la jurisprudence, il nous faut conquérir ce droit au rêve. C’est un cadeau que nous devons à nos enfants et petits-enfants.

Il appartient aux pouvoirs publics, dans le cadre de la décentralisation, de créer dans chaque hameau, chaque village, chaque quartier, des parcs de rêve ! On pourrait les appeler les « rêvodromes », gratuits et ouverts à tous sans discrimination de sexe, de nationalité ou de religion. Faute de quoi, sous l’effet du libéralisme ambiant, les entreprises privées vont s’emparer des rêves - qui ne seront d’ailleurs que des rêves artificiels - et feront payer très cher leur accès. En conséquence, si nous ne nous battons pas pour que le rêve reste un bien public, nous risquons de construire une société encore plus inégalitaire : le rêve pour les riches et le cauchemar pour les pauvres.

Puisque le rêve a des vertus reconnues, rêver à plusieurs peut décupler ses bienfaits. Ne dit-on pas : « si nous sommes trois, nous sommes quatre fois plus intelligents » ? Qu’attendons-nous pour nous regrouper et rêver ensemble ? Pour cela, il faut que nous nous retrouvions tous en même temps dans un même périmètre. Il revient donc aux autorités d’organiser un temps de rêverie obligatoire, par exemple tous les jeudis de 15 h 30 à 16 h. Tous les squares (s’il fait beau), ou les bâtiments publics : mairies, gymnases, etc… (s’il pleut), seront réservés à la population qui devra venir pour rêver. Des gardiens assermentés observeront les rêveurs et seront autorisés à dresser un procès-verbal à celui qui ne rêve pas. Un point lui sera retiré sur le total des cinq points composant son permis de rêver. S’il y a récidive, le faux-rêveur rendra deux points et en cas d’une troisième défaillance, il perdra tous ses points et devra repasser le permis de rêver.

Ce nouvel examen commencera par une cure de sommeil.

Gérard

15 avril 2018

* * * * * *

OÙ COURENT-ELLES ?

Bonjour Yoan, déjà levé ! Tu as l’air tout drôle, tu as fait de mauvais rêves.

Bonjour Ivan. Oui je suis bouleversé. J’ai vu passer des femmes, c’est étonnant, il faisait à peine jour.

Elles rentraient du turbin.

Non pas du tout Ivan. Elles avaient l’air pressé, elles n’étaient pas d’ici, elles parlaient avec un accent galiléen.

Comment le sais-tu ?

Elles m’ont demandé le chemin pour aller au jardin du Golgotha.

Il n’y a pas de jardin de Golgotha, que je sache.

Si, on l’appelait autrefois Eden c’est près de la plage du Crâne. Je leur ai dit de traverser le Mont des Oliviers, c’est plus court, même si le jardin de Gethsémani est mal famé.

C’est bizarre quand même, Yoan, tu étais bien réveillé ?

Elles portaient des sacs remplis d’aromates, j’ai senti le parfum du nard.et puis elles parlaient d’une pierre qu’il fallait rouler.

Aujourd’hui, il y a des illuminés…. si les femmes s’y mettent.

Ivan, je ne t’ai pas tout dit. Je les ai revues peu de temps après, elles marchaient encore plus vite. Elles montraient un visage étonnant. Elles gesticulaient et criaient presque ; j’ai tout entendu. Elles disaient : « Ils ne vont pas nous croire » « Tu es sûr de toi Marie ? » « Puisque je l’ai vu, il m’a parlé. ». Tu comprends quelque chose, toi

Hum, Golgotha... c’est peut-être le prophète.

Non, les romains l’ont crucifié il y a trois jours, son corps doit être en train d’être dévoré par les corbeaux et les chiens errants.

Attends, je crois savoir que quelqu’un du temple... comment s’appelle-t-il déjà ? Niconnu.  Non, Nicodème, a obtenu de Pilate qu’il soit enterré dans un tombeau précisément dans ce jardin. Alors ?

Alors, les femmes disent qu’il est vivant, qu’elles l’ont vu

Tu parles... des femmes, elles racontent n’importe quoi

Ecoute, tu penseras ce que tu voudras de cette histoire mais c’est tellement énorme que ça doit être vrai.

Gérard
1er avril 2018

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L’OMBRE DE LA PEUR 

Depuis quelque temps, je suis habité par l’effroi. J’hésite à sortir dès que le soleil brille. La lumière me terrorise ; par contre, la nuit noire est ma compagne préférée.

Tout a commencé ce fameux soir : alors que le soleil couchant éclairait l’horizon d’une lueur rouge sang, je me hâtais voulant quitter rapidement ce lieu sinistre et, comme j’étais à découvert, je remarquai que mon ombre s’allongeait me donnant une taille de géant, propre à me faire repérer. Depuis, je crains que mon ombre ne me trahisse. J’ai peur de mon ombre ; je voudrais m’en débarrasser mais hélas où que j’aille, elle me suit partout. Quand elle est derrière moi, je presse le pas, espérant la semer mais en me retournant, je la trouve à mes pieds. Parfois, elle chemine devant moi, alors, m’armant de courage, j’accélère le pas pour la piétiner mais elle semble avoir deviné mes sombres pensées et elle progresse aussi vite que moi, en me narguant. Un jour, j’ai tenté de l’étrangler, je l’ai saisie par le cou et j’ai serré mais chose incompréhensible, c’est moi qui me suis mis à suffoquer, manquant d’air. Un autre jour, comme elle se montrait particulièrement collante, je courus me cacher dans un coin sombre, pas de doute elle avait disparu continuant toute seule, pensé-je, et, lentement, à pas de loup, je repris ma route...elle m’attendait en se chauffant au soleil.

Alors, n’y pouvant plus, je suis allé voir en catimini un homme d’expérience, un homme qui a longtemps vécu à l’ombre, un ombrothérapeute.

- « Si votre ombre vous gêne, vous pourriez la céder : avec le réchauffement climatique, l’ombre est très recherchée surtout en été.

- J’avoue qu’en désespoir de cause, j’ai essayé de la vendre, au marché noir, bien entendu, mais la mondialisation est passée par là, c’est peine perdue : incroyable ! on fait même venir des ombres de Chine car là-bas, il y a beaucoup de zones d’ombre et les ombres chinoises ont, paraît-il, des propriétés étonnantes. Alors que faire ?

- Vous avez peur de votre ombre et pourtant, vous avez l’air d’y tenir ?

- Effectivement, j’y suis très attaché. C’est une ombre naturelle ni adoptée ni importée, j’ai joué avec elle tout petit, elle était fluette comme moi et nous avons grandi ensemble.

 - La solution consiste peut-être à trouver d’où vient votre peur ; il faut donc procéder à une analyse de votre ombre, rechercher en quelque sorte son ADN. On connaît très mal les ombres car on ne voit qu’un seul côté, jamais la partie qui est directement en contact avec le sol ; comme la lune, on ne voit pour ainsi dire, que la face éclairée. Aujourd’hui, l’ombre, comme tout ce qui touche à la personne humaine est étudiée de près : les scientifiques tentent de mettre en lumière ces fameuses forces qui agissent dans l’ombre et ils cherchent à découvrir tout ce qui s’est tramé dans l’ombre. Si vous voulez, on peut soulever un petit coin de votre ombre et le donner à la science.»

Le prélèvement s’est effectué en plein soleil, une légiste-ombrelliste (c’est ainsi qu’on appelle les capteurs d’ombre) et son assistant qui travaille dans son ombre, ont pris l’ombre pour la proie, et après avoir découpé un petit carré, l’ont glissé dans un sac impénétrable aux rayons lumineux.

Je suis retourné voir mon ombrothérapeute.

« L’ombre a parlé. Je vais m’exprimer franchement sans rien laisser dans l’ombre. L’analyse a révélé qu’il y avait une ombre au tableau, c’est même une grande tache. En fait, ce n’est pas votre ombre qui se promène avec vous, enfin ce n’est pas que votre ombre. C’est votre conscience qui déborde : elle est trop chargée ; vous ne voulez plus la voir, sans doute pour des raisons laissées dans l’ombre mais elle s’accroche à vous. Se sentant rejetée, elle est allée se réfugier sous votre ombre et, parce qu’elle est particulièrement noire, elle passe inaperçue.

Prenez conscience que vous n’avez pas peur de votre ombre mais que c’est l’ombre de votre conscience qui vous fait peur. Donc, pour soulager votre conscience, afin qu’elle quitte votre ombre, vous devriez prendre contact avec un psychanalyste ou un confesseur ou encore un avocat… »

Gérard
15 mars 2018

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ASSURER SES ARRIÈRES

Comment assurer ses arrières si l’on veut aller de l’avant ? C’est sur ce sujet qu’ont planché des générations de philosophes et de savants sans pour autant trouver une réponse satisfaisante.

Il faut d’abord trouver, un assureur d’arrières. Pas facile ; on assure en général le futur. Si vous êtes victime d’un incendie, l’assurance peut prendre en charge la réparation des dégâts dès lors que vous avez réglé votre police d’assurance valable généralement pour un an. Mais comment assurer les arrières, c’est-à-dire le passé ? Ce serait facile pourtant. En janvier 2018 par exemple, l’assureur pourrait vous dire : « Je vous assure sur la vie pour la période du 1/1/2017 au 31 décembre 2017. Si d’aventure vous décédiez durant cette année, vos ayants-droits recevront une somme rondelette ». C’est curieux qu’aucune compagnie n’accepte d’assurer ainsi des arrières.

Dès lors, et malgré cette incertitude quant aux arrières, il faut aller de l’avant ! C’est à dire s’engager résolument, foncer tête baissée mais aussi accepter de rencontrer des aléas et de côtoyer des dangers. Cette marche en avant exige une couverture, en effet, qui voudrait aller ainsi à l’aventure sans assurance ? Vous devez donc souscrire une assurance domicile, assurance vie, assurance responsabilité civile, bien entendu assurance véhicule, etc. Muni d’un tel faisceau de protections, vous pouvez vous rendre en tous lieux et faire n’importe quoi, l’assurance vous soutient. Certes, elle est valable pour un temps donné mais quel que soit le contrat signé, l’assureur vous suit pas à pas, en quelque sorte. En particulier, si vous allez (politiquement) à droite visiter un champ de ruines... pas de problème, vous serez remboursé des dégâts occasionnés par les chutes de pierres ; à gauche (c’est pire) même si vous vous perdez car il n’y a plus de repères...pas de soucis, l’assureur vous tient par la main, en l’occurrence un GPS. Et si vous reveniez sur vos pas ? Relisez bien le contrat, en particulier les petites lignes en bas. Il n’est nullement indiqué qu’il vous est interdit de retrouver votre point de départ et même aller en-deçà, à arrière, et l’assurance vous poursuit…CQFD.

En conclusion, on peut très bien assurer ses arrières en allant de l’avant mais à condition de faire demi-tour.

Gérard

1er mars 2017

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ABAT-NUITS

On connaît les abat-jours. Ce sont des volets, des persiennes qui servent à masquer une ouverture, ou à se protéger des rayons du soleil. Parfois, il s’agit d’un dispositif en tissu ou en toile qui sert à diriger la lumière vers une zone particulière. Autrement dit, un abat-jour permet de faire la nuit en plein jour puisque les photons (qui composent la lumière) sont dirigés ailleurs par un obstacle mis devant la lumière.

Si les abat-jours se vendent comme des petits pains, pourquoi n’a-t-on pas inventé des abat-nuits ? C’est curieux que personne n’y ait pensé. A l’instar de l’abat-jour, l’abat-nuit dirigerait la noirceur de la nuit vers une zone précise, laissant ainsi un vide d’obscurité. L’absence de nuit signifierait... le jour, et donc grâce aux abat-nuits on verrait la lumière apparaître dans la nuit.

On imagine immédiatement tout l’intérêt des abats-nuits : plus besoin d’une lampe électrique ou de sortir son portable pour éclairer la pièce. Il suffirait de diriger son abat-nuit dans la direction opposée à celle que l’on veut éclairer. Des économies seraient attendues : fini les réverbères, un abat-nuit les remplacerait sans problème ! Tous les magasins voudraient les faire apparaître à leur devanture, les voitures pourraient être avantageusement équipées d’abat-nuits avec ouverture dirigée permettant un éclairage de la route beaucoup plus large que nos misérables phares, etc.

Pourtant, un problème va surgir. Lecteurs attentifs, vous l’avez deviné ! La noirceur de la nuit, écartée, s’accumulera tout autour de l’abat-nuit pour former un concentré d’obscurité, une sorte de trou noir, un espace invisible. Attirés par la lumière façonnée par l’abat-nuit, nous nous approcherons sans prêter attention à cet océan de noirceur (et pour cause) et nous tomberons dans le piège pour être absorbés par le trou noir. Pour délivrer ces naufragés de la nuit, il suffira de projeter une lumière tout autour de l’abat-nuit.

Ainsi, pour éviter de multiplier les gardiens prêts à intervenir en cas de disparition et d’engloutissement dans un trou noir, le plus simple serait de n’utiliser l’abat-nuit que de jour.

Gérard
15 février 2018

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ABUS DE TROTTOIR

Pour cause de travaux, une grille barrait le trottoir et une pancarte indiquait : « Piétons empruntez l’autre trottoir ». Comme je restais interrogatif devant cet écriteau, passa un agent de la police municipale. Je l’interpellai : « C’est vraiment obligatoire d’emprunter le trottoir d’en face ?» Il me répond : ‘Y’a  intérêt »

- L’emprunt n’est donc pas gratuit, il faut supporter des intérêts

- Oui mais vous pouvez établir un péage.

- Comment ?

- Puisque vous l’avez emprunté, vous disposez du trottoir donc vous pouvez faire payer un droit de passage.

- Je dois rentrer chez moi, je ne peux pas rester devant ce trottoir pour rançonner les passants.

- Payez quelqu’un pour qu’il récolte l’argent, il y a des chômeurs

- Je ne vais pas employer une jeune fille, elle aurait l’impression de faire le trottoir.

- Il y a un SDF à côté, demandez lui de se tenir en face, il récoltera un droit de passage, comme cela il n’aura pas l’impression de faire la manche

Je suis revenu quelque temps après et j’ai vu le SDF que j’avais intronisé contrôleur.

- Alors ?

- Ça marche

- Donnez-moi l’argent récolté et comme convenu, je vous en donne la moitié.

- Attention, quand je dis ça marche, ce sont les passants. Personne ne veut rien donner, eux aussi empruntent le trottoir.

J’ai revu l’agent. Je lui ai fait part de ma déconvenue et surtout je l’ai houspillé pour le mauvais conseil qu’il m’avait donné.

- Pourquoi avoir pris mes paroles pour argent comptant ?

- Ah, il fallait les prendre pour agent contant ? Je ne suis pas content.

- Moi, non plus ! Circulez !

- Je ne vais pas emprunter le trottoir, je vais battre le pavé.

- Alors, je vous donne une amende pour détérioration de la voie publique.

Gérard
1er février 2018

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LE CHARME FAIT DES ÉTINCELLES

 

 

Le ramoneur ne devait passer que dans un mois. Son coup de fil me surprit :

« Bonjour, un client est absent, je suis dans votre quartier puis-je passer tout de suite ? »

«  Je suis là et elle aussi »

Quand il arriva, il pensait me trouver en compagnie : « Je suis là et elle aussi, je parlais de la suie »

 

- D’accord, je vous suis. Je vais voir votre cheminée. Votre conduit est noir, qu’avez-vous donc fumé ? »

 

- Du charme, du bouleau et un peu de hêtre.

 

- Hêtre ou ne pas hêtre, il faut savoir choisir de quel bois on se chauffe. Le mélange encrasse la cheminée et laisse des dépôts très difficiles à enlever.

 

- S’il s’agit de dépôts, c’est un manque de chance. Que voulez-vous, j’ai fait feu de tout bois.

 

- Le hérisson glisse sur le goudron au lieu de gratter la suie, je vais devoir utiliser la débistreuse car votre conduit est enduit de bistres

 

- C’est à dire ?

 

- C’est une croûte compacte qui se condense sur les parois de la cheminée.

 

- Comment expliquez-vous ce phénomène ?

 

C’est le hêtre qui fait du charme au bouleau donc il s’enflamme, il devient incandescent et brûle les étapes, se consume beaucoup trop vite et ses résidus se collent aux parois.

 

Qu’aurait-il fallu mettre dans l’âtre ? Un noyer pour éteindre les ardeurs du bouleau charmé ?

 

Non, il fallait mettre du frêne pour ralentir la combustion et ensuite pour qu’il n‘y ait pas de retour de flammes et pour bien le contenir, ajouter une bûche de chêne.

 


Gérard
15/01/2018

 

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EN 2018, FAITES PROVISION DE TEMPS

Observez le temps qui passe, il se glisse devant vous ni rapidement ni nonchalamment, il s’offre à vous, tout simplement, prenez-le à pleines mains. Il se laisse cueillir comme un fruit mûr pourvu que vous soyez patient. Comme un fleuve tranquille, le temps s’écoule, choisissez-le avec soin. Sur le présentoir du temps, évitez le mauvais, le maussade, le passé - même simple - ou le bon vieux :   ils ont tous fait leur temps ; optez pour le bon, oui, n’hésitez pas à prendre du bon temps, quitte à vous le payer. Si vous avez l’impression de manquer de temps, vous finirez bien par en trouver, cherchez-le, il se tapit souvent devant la télévision, alors emmenez-le avec vous en promenade, dans une salle de sport, chez des amis ou encore devant un livre, etc . Si vous vous ennuyez, et que le temps vous pèse, attention à ne pas devenir belliqueux, agressif car vous aurez envie de le tuer et il deviendrait pour vous, un temps mort.

Ne cherchez pas à gagner du temps, sinon, en un rien de temps, vous serez pressé comme dans un étau entre les deux mâchoires de l’entre-temps, et vous risquerez de trouver le temps long. Si vous avez perdu votre temps, il est inutile d’essayer de le rattraper, il file à une vitesse folle et par le temps qui court, le temps perdu ne se retrouve jamais.

Puisez dans ce vivier mais prenez uniquement ce qui vous est nécessaire, ne faites pas de réserves, vous gaspilleriez votre temps ; demain, vous aurez encore tout loisir de le regarder et de l’emporter. Il est suffisamment vaste et grand pour que tout le monde y trouve son compte et sa part. Restez vigilant car plus d’un voudrait dérober ou occuper votre temps ; utilisez-le à bon escient : si vous désirez le partager ou le donner, c’est votre choix mais ne permettez à personne d’en disposer à l’encontre de votre plein gré.

Ainsi, tout au long de cette année, vous pourrez goûter, déguster et savourer votre temps.

Gérard
1er janvier 2018

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Petit Zachée deviendra grand.

 

 

Zachée était né à Jéricho, c’est paraît-il, la ville la plus basse du monde, à moins trois cent mètres d’altitude ; est-ce pour cette raison qu’il était de petite taille ? Ce fut le drame de sa vie. Son rêve, son idée fixe, son obsession : grandir ! Mais hélas, nul ne peut ajouter une coudée à sa taille.

Enfant, il subissait les moqueries de ses camarades qui le rabaissaient constamment. Ceux-ci l’avaient affublé de plusieurs sobriquets : gringalet, nabot, tom-pouce… c’étaient les moins méchants. Quand il passait devant eux, Zachée essuyait des quolibets, par exemple  : « Mon pauvre, avec tes petites jambes, tu ne pourrais même pas grimper sur un sycomore ». Il avait intégré une chorale, on l’appelait « fa dièse » parce qu’il était près du sol. A l’école, faisait-il une remarque que c’était un nain pertinent. Au fond de lui-même, il se savait poli, désirable, tolérant, stable, qualifiable… mais avec ce foutu handicap, toutes ses qualités disparaissaient avec le mot « nain » qu’on ne manquait pas de mettre au début de ces adjectifs, ce qui donnait : un impoli, un indésirable, etc.

Ces humiliations constantes le poussèrent à ruminer sa vengeance. Comment tordre le cou à tous ces imposteurs, clouer le bec à tous ces brocardeurs, mettre au pas tous ces ricaneurs ? Leur faire payer leurs malveillances, en deniers sonnants et trébuchants.

C’est ainsi qu’il était devenu collecteur d’impôts pour les Romains. Il faisait tant d’efforts pour approvisionner le trésor impérial - et s’enrichir par la même occasion -  que le Ponce Pilate lui-même, sur le rapport du procurateur que Zachée avait soudoyé, le nomma chef des publicains de sa province, tout en déclarant : «Pour la suite, je m’en lave les mains».

Il tenait sa revanche. Il était monté en grade et pouvait par sa fonction, écraser tout le monde et gravir l’échelle sociale ; par l’abondance de ses richesses qu’il comptait bien amplifier, il était parvenu au pinacle de la réussite. Une plaisanterie circulait : « Il vaut mieux tomber sur des bandits que sur Zachée car les bandits te laisseront au moins sur la paille mais Zachée la vendra ». Il aurait cédé très volontiers son âme au diable pour 30 deniers mais le diable a refusé. Satan, tout prince des ténèbres qu’il soit, n’en est pas moins lucide, pensait qu’il était inutile de dépenser une fortune pour une âme qui de toute façon viendrait spontanément le rejoindre dans peu temps. A ceux qui l’avaient traité de minus et le suppliaient de diminuer leurs impôts, Zachée les toisait du regard, haussait les épaules, élevait le ton. : « Tu di-minus, eh bien, tu auras un allongum redressare fiscalius. ».  A l’un qui avait réglé 50 barriques d’huile, il en exigea 100 et un autre dû fournir 100 sacs de blé  au lieu des 80 imposés.

Mais que c’est-il passé ? Depuis quelques jours, on ne le reconnaît plus. On l’a vu descendre dans la demeure de plusieurs assujettis et l’on a appris qu’il leur a restitué quatre fois le montant de leurs contributions. Oui, Zachée s’est penché sur l’humanité miséreuse, il s’est courbé jusqu’à s’incliner devant ce pauvre mendiant, assis au bord du chemin, aveugle de surcroît, celui qu’on appelle Bartimée, on est presque certain qu’il lui a glissé dans la main beaucoup de  pièces d’argent.

Mais qui donc a dit à cet homme petit, qu’il était grand ?

 

Gérard

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