A contre sens

 

 

LE DROIT AUX RÊVES

 

Chez vous, personne ne vous empêche de parler, même si vous êtes seul. Bien entendu, à l’extérieur, vous pouvez bavarder avec vos voisins, avec les commerçants et même avec tous les inconnus que vous pouvez croiser. La liberté d’expression fait partie des droits reconnus par la déclaration Universelle des Droits de l’Homme dont nous célébrons cette année le 70ème anniversaire. Chacun, tant dans sa sphère privée que publique, peut s’en prévaloir.

Qu’en est-il du droit à rêver ? Évidemment, vous allez penser que ce droit est dévolu à tout le monde, pour preuve, à votre réveil, vous avez encore le souvenir des rêves qui ont peuplé votre nuit. Nulle autorité ne peut vous empêcher de rêver. Bien au contraire, les rêves, depuis Freud, sont sources d’étude et permettent au psychanalyste une introspection qui lui donnera les clés d’une thérapie. Mais en dehors de chez vous, impossible de rêver ! Si d’aventure vous succomber à la somnolence, on vous rappellera à l’ordre brutalement : « Hé, tu rêves, tu es encore perdu dans les nuages !». Au lycée, l’appréciation redoutée sur le livret scolaire est : « Rêve en classe ». Plus précisément, dans un monde toujours en quête de performance et d’efficacité, tout ce qui est du domaine du rêve est considéré comme une perte de temps inutile et coûteuse. Partout, on prône l’action réaliste, on exige du consistant, du matériel, du palpable, du tangible. 

Pourtant, de nombreux coachings recommandent la rêverie ; ils conseillent de se ménager des temps pour s’extraire de l’environnement immédiat, et laisser vagabonder son esprit. Celui-ci libérerait suffisamment d’espace mental non pollué par des parasites pénibles et inutiles. Si l’on en croit ces considérations, autorisons-nous donc la rêverie, laissons notre matière grise nous entraîner là où elle le souhaite, et observons avec curiosité où cela nous mène…

Fort de ces arguments, nous pouvons exiger que la rêverie soit considérée comme un droit intangible. Qui dit droit, dit possibilité de l’exercer en public et collectivement. Ce droit a été négligé par nos pères qui certes, avaient d’autres chats ronronnant à fouetter. Mais nous qui bénéficions d’avantages bien protégés par la législation et la jurisprudence, il nous faut conquérir ce droit au rêve. C’est un cadeau que nous devons à nos enfants et petits-enfants.

Il appartient aux pouvoirs publics, dans le cadre de la décentralisation, de créer dans chaque hameau, chaque village, chaque quartier, des parcs de rêve ! On pourrait les appeler les « rêvodromes », gratuits et ouverts à tous sans discrimination de sexe, de nationalité ou de religion. Faute de quoi, sous l’effet du libéralisme ambiant, les entreprises privées vont s’emparer des rêves - qui ne seront d’ailleurs que des rêves artificiels - et feront payer très cher leur accès. En conséquence, si nous ne nous battons pas pour que le rêve reste un bien public, nous risquons de construire une société encore plus inégalitaire : le rêve pour les riches et le cauchemar pour les pauvres.

Puisque le rêve a des vertus reconnues, rêver à plusieurs peut décupler ses bienfaits. Ne dit-on pas : « si nous sommes trois, nous sommes quatre fois plus intelligents » ? Qu’attendons-nous pour nous regrouper et rêver ensemble ? Pour cela, il faut que nous nous retrouvions tous en même temps dans un même périmètre. Il revient donc aux autorités d’organiser un temps de rêverie obligatoire, par exemple tous les jeudis de 15 h 30 à 16 h. Tous les squares (s’il fait beau), ou les bâtiments publics : mairies, gymnases, etc… (s’il pleut), seront réservés à la population qui devra venir pour rêver. Des gardiens assermentés observeront les rêveurs et seront autorisés à dresser un procès-verbal à celui qui ne rêve pas. Un point lui sera retiré sur le total des cinq points composant son permis de rêver. S’il y a récidive, le faux-rêveur rendra deux points et en cas d’une troisième défaillance, il perdra tous ses points et devra repasser le permis de rêver.

Ce nouvel examen commencera par une cure de sommeil.

Gérard

15 avril 2018

* * * * * *

OÙ COURENT-ELLES ?

Bonjour Yoan, déjà levé ! Tu as l’air tout drôle, tu as fait de mauvais rêves.

Bonjour Ivan. Oui je suis bouleversé. J’ai vu passer des femmes, c’est étonnant, il faisait à peine jour.

Elles rentraient du turbin.

Non pas du tout Ivan. Elles avaient l’air pressé, elles n’étaient pas d’ici, elles parlaient avec un accent galiléen.

Comment le sais-tu ?

Elles m’ont demandé le chemin pour aller au jardin du Golgotha.

Il n’y a pas de jardin de Golgotha, que je sache.

Si, on l’appelait autrefois Eden c’est près de la plage du Crâne. Je leur ai dit de traverser le Mont des Oliviers, c’est plus court, même si le jardin de Gethsémani est mal famé.

C’est bizarre quand même, Yoan, tu étais bien réveillé ?

Elles portaient des sacs remplis d’aromates, j’ai senti le parfum du nard.et puis elles parlaient d’une pierre qu’il fallait rouler.

Aujourd’hui, il y a des illuminés…. si les femmes s’y mettent.

Ivan, je ne t’ai pas tout dit. Je les ai revues peu de temps après, elles marchaient encore plus vite. Elles montraient un visage étonnant. Elles gesticulaient et criaient presque ; j’ai tout entendu. Elles disaient : « Ils ne vont pas nous croire » « Tu es sûr de toi Marie ? » « Puisque je l’ai vu, il m’a parlé. ». Tu comprends quelque chose, toi

Hum, Golgotha... c’est peut-être le prophète.

Non, les romains l’ont crucifié il y a trois jours, son corps doit être en train d’être dévoré par les corbeaux et les chiens errants.

Attends, je crois savoir que quelqu’un du temple... comment s’appelle-t-il déjà ? Niconnu.  Non, Nicodème, a obtenu de Pilate qu’il soit enterré dans un tombeau précisément dans ce jardin. Alors ?

Alors, les femmes disent qu’il est vivant, qu’elles l’ont vu

Tu parles... des femmes, elles racontent n’importe quoi

Ecoute, tu penseras ce que tu voudras de cette histoire mais c’est tellement énorme que ça doit être vrai.

Gérard
1er avril 2018

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L’OMBRE DE LA PEUR 

Depuis quelque temps, je suis habité par l’effroi. J’hésite à sortir dès que le soleil brille. La lumière me terrorise ; par contre, la nuit noire est ma compagne préférée.

Tout a commencé ce fameux soir : alors que le soleil couchant éclairait l’horizon d’une lueur rouge sang, je me hâtais voulant quitter rapidement ce lieu sinistre et, comme j’étais à découvert, je remarquai que mon ombre s’allongeait me donnant une taille de géant, propre à me faire repérer. Depuis, je crains que mon ombre ne me trahisse. J’ai peur de mon ombre ; je voudrais m’en débarrasser mais hélas où que j’aille, elle me suit partout. Quand elle est derrière moi, je presse le pas, espérant la semer mais en me retournant, je la trouve à mes pieds. Parfois, elle chemine devant moi, alors, m’armant de courage, j’accélère le pas pour la piétiner mais elle semble avoir deviné mes sombres pensées et elle progresse aussi vite que moi, en me narguant. Un jour, j’ai tenté de l’étrangler, je l’ai saisie par le cou et j’ai serré mais chose incompréhensible, c’est moi qui me suis mis à suffoquer, manquant d’air. Un autre jour, comme elle se montrait particulièrement collante, je courus me cacher dans un coin sombre, pas de doute elle avait disparu continuant toute seule, pensé-je, et, lentement, à pas de loup, je repris ma route...elle m’attendait en se chauffant au soleil.

Alors, n’y pouvant plus, je suis allé voir en catimini un homme d’expérience, un homme qui a longtemps vécu à l’ombre, un ombrothérapeute.

- « Si votre ombre vous gêne, vous pourriez la céder : avec le réchauffement climatique, l’ombre est très recherchée surtout en été.

- J’avoue qu’en désespoir de cause, j’ai essayé de la vendre, au marché noir, bien entendu, mais la mondialisation est passée par là, c’est peine perdue : incroyable ! on fait même venir des ombres de Chine car là-bas, il y a beaucoup de zones d’ombre et les ombres chinoises ont, paraît-il, des propriétés étonnantes. Alors que faire ?

- Vous avez peur de votre ombre et pourtant, vous avez l’air d’y tenir ?

- Effectivement, j’y suis très attaché. C’est une ombre naturelle ni adoptée ni importée, j’ai joué avec elle tout petit, elle était fluette comme moi et nous avons grandi ensemble.

 - La solution consiste peut-être à trouver d’où vient votre peur ; il faut donc procéder à une analyse de votre ombre, rechercher en quelque sorte son ADN. On connaît très mal les ombres car on ne voit qu’un seul côté, jamais la partie qui est directement en contact avec le sol ; comme la lune, on ne voit pour ainsi dire, que la face éclairée. Aujourd’hui, l’ombre, comme tout ce qui touche à la personne humaine est étudiée de près : les scientifiques tentent de mettre en lumière ces fameuses forces qui agissent dans l’ombre et ils cherchent à découvrir tout ce qui s’est tramé dans l’ombre. Si vous voulez, on peut soulever un petit coin de votre ombre et le donner à la science.»

Le prélèvement s’est effectué en plein soleil, une légiste-ombrelliste (c’est ainsi qu’on appelle les capteurs d’ombre) et son assistant qui travaille dans son ombre, ont pris l’ombre pour la proie, et après avoir découpé un petit carré, l’ont glissé dans un sac impénétrable aux rayons lumineux.

Je suis retourné voir mon ombrothérapeute.

« L’ombre a parlé. Je vais m’exprimer franchement sans rien laisser dans l’ombre. L’analyse a révélé qu’il y avait une ombre au tableau, c’est même une grande tache. En fait, ce n’est pas votre ombre qui se promène avec vous, enfin ce n’est pas que votre ombre. C’est votre conscience qui déborde : elle est trop chargée ; vous ne voulez plus la voir, sans doute pour des raisons laissées dans l’ombre mais elle s’accroche à vous. Se sentant rejetée, elle est allée se réfugier sous votre ombre et, parce qu’elle est particulièrement noire, elle passe inaperçue.

Prenez conscience que vous n’avez pas peur de votre ombre mais que c’est l’ombre de votre conscience qui vous fait peur. Donc, pour soulager votre conscience, afin qu’elle quitte votre ombre, vous devriez prendre contact avec un psychanalyste ou un confesseur ou encore un avocat… »

Gérard
15 mars 2018

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ASSURER SES ARRIÈRES

Comment assurer ses arrières si l’on veut aller de l’avant ? C’est sur ce sujet qu’ont planché des générations de philosophes et de savants sans pour autant trouver une réponse satisfaisante.

Il faut d’abord trouver, un assureur d’arrières. Pas facile ; on assure en général le futur. Si vous êtes victime d’un incendie, l’assurance peut prendre en charge la réparation des dégâts dès lors que vous avez réglé votre police d’assurance valable généralement pour un an. Mais comment assurer les arrières, c’est-à-dire le passé ? Ce serait facile pourtant. En janvier 2018 par exemple, l’assureur pourrait vous dire : « Je vous assure sur la vie pour la période du 1/1/2017 au 31 décembre 2017. Si d’aventure vous décédiez durant cette année, vos ayants-droits recevront une somme rondelette ». C’est curieux qu’aucune compagnie n’accepte d’assurer ainsi des arrières.

Dès lors, et malgré cette incertitude quant aux arrières, il faut aller de l’avant ! C’est à dire s’engager résolument, foncer tête baissée mais aussi accepter de rencontrer des aléas et de côtoyer des dangers. Cette marche en avant exige une couverture, en effet, qui voudrait aller ainsi à l’aventure sans assurance ? Vous devez donc souscrire une assurance domicile, assurance vie, assurance responsabilité civile, bien entendu assurance véhicule, etc. Muni d’un tel faisceau de protections, vous pouvez vous rendre en tous lieux et faire n’importe quoi, l’assurance vous soutient. Certes, elle est valable pour un temps donné mais quel que soit le contrat signé, l’assureur vous suit pas à pas, en quelque sorte. En particulier, si vous allez (politiquement) à droite visiter un champ de ruines... pas de problème, vous serez remboursé des dégâts occasionnés par les chutes de pierres ; à gauche (c’est pire) même si vous vous perdez car il n’y a plus de repères...pas de soucis, l’assureur vous tient par la main, en l’occurrence un GPS. Et si vous reveniez sur vos pas ? Relisez bien le contrat, en particulier les petites lignes en bas. Il n’est nullement indiqué qu’il vous est interdit de retrouver votre point de départ et même aller en-deçà, à arrière, et l’assurance vous poursuit…CQFD.

En conclusion, on peut très bien assurer ses arrières en allant de l’avant mais à condition de faire demi-tour.

Gérard

1er mars 2017

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ABAT-NUITS

On connaît les abat-jours. Ce sont des volets, des persiennes qui servent à masquer une ouverture, ou à se protéger des rayons du soleil. Parfois, il s’agit d’un dispositif en tissu ou en toile qui sert à diriger la lumière vers une zone particulière. Autrement dit, un abat-jour permet de faire la nuit en plein jour puisque les photons (qui composent la lumière) sont dirigés ailleurs par un obstacle mis devant la lumière.

Si les abat-jours se vendent comme des petits pains, pourquoi n’a-t-on pas inventé des abat-nuits ? C’est curieux que personne n’y ait pensé. A l’instar de l’abat-jour, l’abat-nuit dirigerait la noirceur de la nuit vers une zone précise, laissant ainsi un vide d’obscurité. L’absence de nuit signifierait... le jour, et donc grâce aux abat-nuits on verrait la lumière apparaître dans la nuit.

On imagine immédiatement tout l’intérêt des abats-nuits : plus besoin d’une lampe électrique ou de sortir son portable pour éclairer la pièce. Il suffirait de diriger son abat-nuit dans la direction opposée à celle que l’on veut éclairer. Des économies seraient attendues : fini les réverbères, un abat-nuit les remplacerait sans problème ! Tous les magasins voudraient les faire apparaître à leur devanture, les voitures pourraient être avantageusement équipées d’abat-nuits avec ouverture dirigée permettant un éclairage de la route beaucoup plus large que nos misérables phares, etc.

Pourtant, un problème va surgir. Lecteurs attentifs, vous l’avez deviné ! La noirceur de la nuit, écartée, s’accumulera tout autour de l’abat-nuit pour former un concentré d’obscurité, une sorte de trou noir, un espace invisible. Attirés par la lumière façonnée par l’abat-nuit, nous nous approcherons sans prêter attention à cet océan de noirceur (et pour cause) et nous tomberons dans le piège pour être absorbés par le trou noir. Pour délivrer ces naufragés de la nuit, il suffira de projeter une lumière tout autour de l’abat-nuit.

Ainsi, pour éviter de multiplier les gardiens prêts à intervenir en cas de disparition et d’engloutissement dans un trou noir, le plus simple serait de n’utiliser l’abat-nuit que de jour.

Gérard
15 février 2018

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ABUS DE TROTTOIR

Pour cause de travaux, une grille barrait le trottoir et une pancarte indiquait : « Piétons empruntez l’autre trottoir ». Comme je restais interrogatif devant cet écriteau, passa un agent de la police municipale. Je l’interpellai : « C’est vraiment obligatoire d’emprunter le trottoir d’en face ?» Il me répond : ‘Y’a  intérêt »

- L’emprunt n’est donc pas gratuit, il faut supporter des intérêts

- Oui mais vous pouvez établir un péage.

- Comment ?

- Puisque vous l’avez emprunté, vous disposez du trottoir donc vous pouvez faire payer un droit de passage.

- Je dois rentrer chez moi, je ne peux pas rester devant ce trottoir pour rançonner les passants.

- Payez quelqu’un pour qu’il récolte l’argent, il y a des chômeurs

- Je ne vais pas employer une jeune fille, elle aurait l’impression de faire le trottoir.

- Il y a un SDF à côté, demandez lui de se tenir en face, il récoltera un droit de passage, comme cela il n’aura pas l’impression de faire la manche

Je suis revenu quelque temps après et j’ai vu le SDF que j’avais intronisé contrôleur.

- Alors ?

- Ça marche

- Donnez-moi l’argent récolté et comme convenu, je vous en donne la moitié.

- Attention, quand je dis ça marche, ce sont les passants. Personne ne veut rien donner, eux aussi empruntent le trottoir.

J’ai revu l’agent. Je lui ai fait part de ma déconvenue et surtout je l’ai houspillé pour le mauvais conseil qu’il m’avait donné.

- Pourquoi avoir pris mes paroles pour argent comptant ?

- Ah, il fallait les prendre pour agent contant ? Je ne suis pas content.

- Moi, non plus ! Circulez !

- Je ne vais pas emprunter le trottoir, je vais battre le pavé.

- Alors, je vous donne une amende pour détérioration de la voie publique.

Gérard
1er février 2018

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LE CHARME FAIT DES ÉTINCELLES

 

 

Le ramoneur ne devait passer que dans un mois. Son coup de fil me surprit :

« Bonjour, un client est absent, je suis dans votre quartier puis-je passer tout de suite ? »

«  Je suis là et elle aussi »

Quand il arriva, il pensait me trouver en compagnie : « Je suis là et elle aussi, je parlais de la suie »

 

- D’accord, je vous suis. Je vais voir votre cheminée. Votre conduit est noir, qu’avez-vous donc fumé ? »

 

- Du charme, du bouleau et un peu de hêtre.

 

- Hêtre ou ne pas hêtre, il faut savoir choisir de quel bois on se chauffe. Le mélange encrasse la cheminée et laisse des dépôts très difficiles à enlever.

 

- S’il s’agit de dépôts, c’est un manque de chance. Que voulez-vous, j’ai fait feu de tout bois.

 

- Le hérisson glisse sur le goudron au lieu de gratter la suie, je vais devoir utiliser la débistreuse car votre conduit est enduit de bistres

 

- C’est à dire ?

 

- C’est une croûte compacte qui se condense sur les parois de la cheminée.

 

- Comment expliquez-vous ce phénomène ?

 

C’est le hêtre qui fait du charme au bouleau donc il s’enflamme, il devient incandescent et brûle les étapes, se consume beaucoup trop vite et ses résidus se collent aux parois.

 

Qu’aurait-il fallu mettre dans l’âtre ? Un noyer pour éteindre les ardeurs du bouleau charmé ?

 

Non, il fallait mettre du frêne pour ralentir la combustion et ensuite pour qu’il n‘y ait pas de retour de flammes et pour bien le contenir, ajouter une bûche de chêne.

 


Gérard
15/01/2018

 

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EN 2018, FAITES PROVISION DE TEMPS

Observez le temps qui passe, il se glisse devant vous ni rapidement ni nonchalamment, il s’offre à vous, tout simplement, prenez-le à pleines mains. Il se laisse cueillir comme un fruit mûr pourvu que vous soyez patient. Comme un fleuve tranquille, le temps s’écoule, choisissez-le avec soin. Sur le présentoir du temps, évitez le mauvais, le maussade, le passé - même simple - ou le bon vieux :   ils ont tous fait leur temps ; optez pour le bon, oui, n’hésitez pas à prendre du bon temps, quitte à vous le payer. Si vous avez l’impression de manquer de temps, vous finirez bien par en trouver, cherchez-le, il se tapit souvent devant la télévision, alors emmenez-le avec vous en promenade, dans une salle de sport, chez des amis ou encore devant un livre, etc . Si vous vous ennuyez, et que le temps vous pèse, attention à ne pas devenir belliqueux, agressif car vous aurez envie de le tuer et il deviendrait pour vous, un temps mort.

Ne cherchez pas à gagner du temps, sinon, en un rien de temps, vous serez pressé comme dans un étau entre les deux mâchoires de l’entre-temps, et vous risquerez de trouver le temps long. Si vous avez perdu votre temps, il est inutile d’essayer de le rattraper, il file à une vitesse folle et par le temps qui court, le temps perdu ne se retrouve jamais.

Puisez dans ce vivier mais prenez uniquement ce qui vous est nécessaire, ne faites pas de réserves, vous gaspilleriez votre temps ; demain, vous aurez encore tout loisir de le regarder et de l’emporter. Il est suffisamment vaste et grand pour que tout le monde y trouve son compte et sa part. Restez vigilant car plus d’un voudrait dérober ou occuper votre temps ; utilisez-le à bon escient : si vous désirez le partager ou le donner, c’est votre choix mais ne permettez à personne d’en disposer à l’encontre de votre plein gré.

Ainsi, tout au long de cette année, vous pourrez goûter, déguster et savourer votre temps.

Gérard
1er janvier 2018

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Petit Zachée deviendra grand.

 

 

Zachée était né à Jéricho, c’est paraît-il, la ville la plus basse du monde, à moins trois cent mètres d’altitude ; est-ce pour cette raison qu’il était de petite taille ? Ce fut le drame de sa vie. Son rêve, son idée fixe, son obsession : grandir ! Mais hélas, nul ne peut ajouter une coudée à sa taille.

Enfant, il subissait les moqueries de ses camarades qui le rabaissaient constamment. Ceux-ci l’avaient affublé de plusieurs sobriquets : gringalet, nabot, tom-pouce… c’étaient les moins méchants. Quand il passait devant eux, Zachée essuyait des quolibets, par exemple  : « Mon pauvre, avec tes petites jambes, tu ne pourrais même pas grimper sur un sycomore ». Il avait intégré une chorale, on l’appelait « fa dièse » parce qu’il était près du sol. A l’école, faisait-il une remarque que c’était un nain pertinent. Au fond de lui-même, il se savait poli, désirable, tolérant, stable, qualifiable… mais avec ce foutu handicap, toutes ses qualités disparaissaient avec le mot « nain » qu’on ne manquait pas de mettre au début de ces adjectifs, ce qui donnait : un impoli, un indésirable, etc.

Ces humiliations constantes le poussèrent à ruminer sa vengeance. Comment tordre le cou à tous ces imposteurs, clouer le bec à tous ces brocardeurs, mettre au pas tous ces ricaneurs ? Leur faire payer leurs malveillances, en deniers sonnants et trébuchants.

C’est ainsi qu’il était devenu collecteur d’impôts pour les Romains. Il faisait tant d’efforts pour approvisionner le trésor impérial - et s’enrichir par la même occasion -  que le Ponce Pilate lui-même, sur le rapport du procurateur que Zachée avait soudoyé, le nomma chef des publicains de sa province, tout en déclarant : «Pour la suite, je m’en lave les mains».

Il tenait sa revanche. Il était monté en grade et pouvait par sa fonction, écraser tout le monde et gravir l’échelle sociale ; par l’abondance de ses richesses qu’il comptait bien amplifier, il était parvenu au pinacle de la réussite. Une plaisanterie circulait : « Il vaut mieux tomber sur des bandits que sur Zachée car les bandits te laisseront au moins sur la paille mais Zachée la vendra ». Il aurait cédé très volontiers son âme au diable pour 30 deniers mais le diable a refusé. Satan, tout prince des ténèbres qu’il soit, n’en est pas moins lucide, pensait qu’il était inutile de dépenser une fortune pour une âme qui de toute façon viendrait spontanément le rejoindre dans peu temps. A ceux qui l’avaient traité de minus et le suppliaient de diminuer leurs impôts, Zachée les toisait du regard, haussait les épaules, élevait le ton. : « Tu di-minus, eh bien, tu auras un allongum redressare fiscalius. ».  A l’un qui avait réglé 50 barriques d’huile, il en exigea 100 et un autre dû fournir 100 sacs de blé  au lieu des 80 imposés.

Mais que c’est-il passé ? Depuis quelques jours, on ne le reconnaît plus. On l’a vu descendre dans la demeure de plusieurs assujettis et l’on a appris qu’il leur a restitué quatre fois le montant de leurs contributions. Oui, Zachée s’est penché sur l’humanité miséreuse, il s’est courbé jusqu’à s’incliner devant ce pauvre mendiant, assis au bord du chemin, aveugle de surcroît, celui qu’on appelle Bartimée, on est presque certain qu’il lui a glissé dans la main beaucoup de  pièces d’argent.

Mais qui donc a dit à cet homme petit, qu’il était grand ?

 

Gérard

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